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Chronique du temps qui passe. Le temps des forteresses !

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Saurons-nous rendre, à ceux qui viennent après nous, une France libre de ses angoisses et de ses peurs ?

Il fut un temps où la France savait bâtir des forteresses pour défendre ses frontières et assurer à ses habitants la sécurité de leurs jours, la tranquillité de leurs nuits et la sérénité de leurs foyers. Aujourd’hui elle s’inquiète et si le grand bâtisseur de ses forts, Sébastien le Prestre, Marquis de Vauban, revenait parmi nous, il ne verrait de sa « ceinture de fer» qu’un amas de belles ruines et de souvenirs glorieux uniquement pour ceux qui croient encore à son antique grandeur !

Et pourtant ces ruines ont une âme ; une âme si grande et si belle qu’aucune guerre sensible et matérielle ne saurait les détruire dans le cœur de ce peuple qui a tant aimé et tant haï à la fois ses rois et ses présidents et tant idolâtré et brûlé ses dieux, ses temples et ses églises !

J’ose imaginer encore, que si le Marquis de Vauban revenait en terre de France, il reconstruirait de nouveaux forts pour sauver « le plus joli troupeau qu’il est possible d’imaginer », faits d’honnêtes gens prêts à mourir comme d’Artagnan dans leur village où ils ont vu le jour ; il reconstruirait une nouvelle ceinture de fer pour sauver la France de tous les maux qui l’assaillent et la ravagent, sans pitié pour les orphelins, les veuves et les innocents.

Il reconstruirait un fort pour le paysan, pour arrêter ceux qui pénètrent son pays pour brûler sa moisson au lieu de travailler à la faire fructifier ; il reconstruirait un fort pour l’homme religieux pour qu’il contemple librement sans se faire assassiner en pleine prière ; il reconstruirait un fort pour ses penseurs et ses artistes, pour qu’ils raisonnent et créent sans peur d’être censurés ou mutilés dans l’exercice de leur intelligence ou l’épanouissement de leur imagination ; il reconstruirait un fort pour ses hommes politiques, pour qu’ils gouvernent sans angoisse pour le bien commun et non les intérêts des maîtres de la matière première, qui les asservit et les plonge dans l’illusion de posséder le monde !

En recevant avec joie et honneur le prix qui porte le nom de Sébastien le Prestre de Vauban, un prix que l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale décerne chaque année sous l’autorité du Premier Ministre, je pensais au blason de la famille de « ce bon français », comme l’appelait Louis XIV, « d’azur au chevron d’or surmonté d’un croissant d’argent et accompagné de trois trèfles du second », et j’imaginais que ce croissant-là pouvait affronter, avec la mesure de son génie, tous les croissants noirs démesurés de la haine et de la terreur.

Et en regardant tous ceux qui m’entouraient, je voyais autour de moi des généraux qui ont fait la guerre d’Algérie, d’Indochine comme Le Général de Lesquen et en mémoire, Erulin et de Borde ; l’amiral Alain Oudot de Dainville qui a commandé la Royale ; l’amiral Dupont qui, dans nos sous-marins, a assuré la légitimité et la crédibilité de la dissuasion nucléaire ; le Général de Courrèges qui préside l’Ihedn avec son équipe d’officiers de la réserve citoyenne comme Catherine Orphelin, Xavier Pacreau, Sabine Carion, Alban Maggiar, le colonel Gilles Pernet et le Général Cahuet. Et aussi cet étonnant couple-artiste Eric et Tania Heidsieck qui a tant joué à deux et à quatre mains et chanté notre terrible Marseillaise !

Des générations qui se retrouvent dans ce bureau, où une balle, datant des fureurs de la Commune, reste coincée dans un miroir qui reflète encore les rêves terribles de l’histoire de France !

© Antoine Assaf
© Antoine Assaf

Saurions-nous aujourd’hui, à l’instar de Vauban, dresser les nouveaux sièges de résistance pour que cette nation, la première après l’éclatement de Charlemagne, se relève enfin ? Saurions-nous rendre, à ceux qui viennent après nous, une France libre de ses angoisses et de ses peurs ?

Car il faut bien savoir que seule la tranquillité de l’ordre qui assure le bien commun est une finalité en elle-même : cessons de parler de guerres saintes, de guerres justes ou de guerres légales ; car le mot de Fénelon sonne encore plus vrai quand il disait, sans crainte du Roi Soleil, : « Sire, toutes les guerres sont civiles ! ».

Le Marquis de Vauban, avec sa cicatrice sur la joue gauche,« l’homme cruel » de Saint Simon et le « bon français » de Louis XIV, nous a laissé « une ceinture de fer » faite de pierres qui protège la terre.  Nous devons fortifier une autre ceinture de fer faite de valeurs permanentes qui défendent l’âme et l’esprit d’un peuple.

En effet, les princes de l’Église comme les princes de ce monde savent qu’il y a un temps pour la guerre comme il y a un temps pour la paix ! Ils savent qu’il y a un temps pour tout selon l’antique sagesse !


Lire aussi : Chronique du temps qui passe. Le temps des Papes


Philosophe, écrivain, docteur d'État de la Sorbonne, Antoine Joseph Assaf, ancien otage au Liban, est aussi capitaine de frégate de réserve, ancien auditeur de l'Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), conférencier à l'École navale et à l'École de guerre. Dernier ouvrage paru : L'islam radical, Faut-il avoir peur de l’avenir ? (éditions Eyrolles).  
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