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Guillaumet, le survivant des Andes : « Ce que j’ai fait, jamais aucune bête ne l’aurait fait » (4/6)

Guillaumet à gauche, Challe au centre et Bonnet à droite © Wikimedia Commons
Guillaumet à gauche, Challe au centre et Bonnet à droite © Wikimedia Commons
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Ce que les pionniers de l’Aéropostale ont encore à nous apprendre.

« Ce que j’ai fait, je le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait ». Une vie hors norme, un courage inouï et une fureur de vivre comme on en voit qu’une fois par siècle, voilà de quoi sont fait les héros comme Guillaumet. Quand on est un enfant de l’aéropostale, les neiges des Andes qui engloutissent la carcasse de votre avion chargé de courrier ne sont pas une raison suffisante pour le trépas.

Postérité et portrait littéraire

De ce gaillard qu’était le bon Henri Guillaumet, on ne garde presque aucune trace écrite. Quelques correspondances, des interviews, quelques phrases que la postérité a figées pour enseigner dans les écoles, mais pas d’ouvrages autobiographique. Peut être avait-il trop à vivre pour prendre le temps de l’écrire. Et puis, lorsque votre ami le plus fidèle se nomme Saint-Exupéry, vos exploits seront, il le savait bien, contés avec le talent nécessaire à la narration d’un tel exploit. Le récit de cette épopée, de cette rage de survivre, on le trouve dans Terre des Hommes : une lutte longue et douloureuse dans la tempête, puis la même lutte encore, pour survivre au sol puisque les secours ne le retrouveraient sans doute pas de si tôt dans les intempéries. Et puis le miracle : on le retrouve. Alors que les locaux répétaient comme un proverbe que « les Andes, en hiver, ne rendent point les hommes ». Guillaumet lui, les a défiées. Et c’est Saint-Exupéry qui viendra le chercher :

« Et lorsque, de nouveau, je me glissais entre les murs et les piliers géants des Andes, il me semblait, non plus te rechercher, mais veiller ton corps, en silence, dans une cathédrale de neige. Enfin, au cours du septième jour, tandis que je déjeunais entre deux traversées, dans un restaurant de Mendoza, un homme poussa la porte et cria, oh ! Peu de chose :

–  Guillaumet…vivant !

(…)

Ce fut une belle rencontre, nous pleurions tous, et nous t’écrasions dans nos bras, vivant, ressuscité, auteur de ton propre miracle. C’est alors que tu exprimas, et ce fut ta première phrase intelligible, un admirable orgueil d’homme : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. » Plus tard tu nous racontas l’accident. » dans Terre des Hommes.

Vision de l’existence

Tirer la leçon que l’homme au destin immense nous légua n’est pas bien ardu : l’homme est une bête aux limites encore jamais vraiment découvertes. Entendez bien ici les limites du corps, car en ce qui concerne l’âme, elle ne semble pas en avoir. Plus elles s’étendent, plus celles du corps suivent, par orgueil peut-être, par folie sans doute. Mais la folie du courage est tellement plus belle que la raison du confort : « Dans la neige, dit-il à Saint-Exupéry, on perd tout instinct de conservation. On ne souhaite plus que le sommeil ». Et pourtant. Lorsque son ami le retrouve, ils sont pris en photo. Guillaumet, rompu, gelé, se réchauffe sous l’accolade bienveillante de son biographe, comme un Petit Prince.

S’il n’a pas écris lui-même, s’il n’a pas laissé de correspondances grandioses ou de journal intime en guise de testament, il est devenu héros littéraire en incarnant les mots du vieil Antoine : il est l’homme qui, se dépassant, « contribue à bâtir le monde ». S’il fallait définir, comme nous l’avons fait pour ses collègues dans nos précédents papiers, l’orientation spirituelle de Guillaumet, on dirait simplement qu’il avait foi en l’homme, en son statut de maître de la création. Et pour gagner, nous aussi, cette noblesse qui lui fut imposée par le destin, il nous laisse un bon mot, un conseil de vieil oncle : « Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence. »


Lire aussi le précédent article de la série sur Jean Mermoz, l’archange de l’aventure.


 

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