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Mossoul : L’analyse du plan de bataille

© EMRAH YORULMAZ / ANADOLU AGENCY / AFP

MOSUL, IRAQ - OCTOBER 20: Smoke rises after Peshmerga forces attacked Daesh targets to rescue Naveran village and villages around Mosul during the operation to retake Iraq's Mosul from Daesh, in Mosul, Iraq on October 20, 2016. A much anticipated Mosul offensive to liberate the city from Daesh began midnight of 16th of October. Emrah Yorulmaz / Anadolu Agency

Michel de Remoncourt - Publié le 20/10/16

Quelques clefs pour comprendre l'offensive lancée le 17 octobre pour reprendre Mossoul à l'État islamique.

Il n’est plus question de parler de paix ou de négociation en Syrie et Irak, dans un conflit qui prend les tournures d’une véritable guerre. Frappes, bombardements, défense acharnée et milliers de victimes en perspective, la guerre amène son lot de catastrophes. Rien à voir avec les opérations lancées par les Occidentaux en Irak ou en Afghanistan qui visaient à reprendre et à occuper le terrain face à un ennemi bien inférieur qui se volatilisait au moindre contact. La bataille qui s’annonce risque d’être longue, difficile et coûteuse en vies humaines.

Plan général de l’offensive

Les grandes lignes du plan développé par la coalition — comprendre ici fortement guidée par les Américains est relativement simple : dans un premier temps, les forces en présence vont tenter d’encercler Mossoul et ses environs pour éviter la fuite des jihadistes. Une phase de préparation avait vu la base aérienne de Qayyarah renforcée par des unités logistiques et des conseillers américains. Cette zone va continuer à servir de base logistique pour les opérations, grâce à la reconquête de ces infrastructures par les Irakiens en juillet. Mais cette gigantesque manœuvre d’encerclement pourrait être un subterfuge pour forcer l’État islamique (EI) à se retirer de Mossoul sans combattre, chose qu’elle a déjà fait auparavant en abandonnant la ville symbolique de Dabiq.

Dans un second temps, si l’encerclement s’avère une réussite et que les combattants de Daesh se retrouvent bloqués dans la ville, les troupes irakiennes et kurdes vont pouvoir commencer leur progression dans les faubourgs puis dans la ville. À ce moment, il ne s’agira plus de combats comme on peut les voir sur les vidéos, où les tireurs s’affrontent à plusieurs centaines de mètres de distance depuis des postes avec des vues dégagées. Il s’agira d’un combat âpre et rude, où chaque avancée coûtera de nombreuses vies humaines. Le plan américain prévoit que les Irakiens et Kurdes seront dans la banlieue proche de Mossoul pour le 8 novembre, jour de l’élection présidentielle.

Situation ennemie

L’EI, selon des estimation récentes, pourrait posséder entre 4 000 et 8 000 combattants dans la ville et ses alentours — bien que de puissants moyens de surveillance soient en place depuis de longues semaines, il est toujours difficile d’évaluer le nombre de jihadistes dans Mossoul. Ces fantassins sont équipés d’armes de tous calibres dont beaucoup sont des armements américains repris aux Irakiens. On compte quelques blindés qui peuvent fournir un appui feu aux troupes engagées. Ils n’ont en revanche aucune capacité aérienne et une maigre capacité anti-aérienne.

Le point le plus important mais aussi le plus incertain de ce plan pour reprendre Mossoul est la réaction de Daesh face à cet assaut massif.

Hypothèse 1 : les jihadistes se retranchent dans le centre de Mossoul. La ville est pleine de rues étroites, qui rendent impossible l’utilisation des blindés. Le soutien indirect voit son efficacité fortement diminuée (artillerie, aviation). À titre de rappel, le vieux Sun Tzu déconseille absolument de mener une guerre dans une ville sauf impérieuse nécessité. Les canons du combat moderne estiment qu’il faut un ratio de 1 pour 10 pour reprendre une ville. En clair, face à 4 000 djihadistes, il faudrait 40 000 hommes. Les alliés sont à peine 35 000. La bataille risque de durer longtemps.

Hypothèse 2 : les jihadistes sont pragmatiques. Lorsqu’ils attaquaient des villes kurdes, ils mettaient à leur tête des chefs issus des territoires kurdes. Lorsque les Américains ont commencé leurs frappes, ils ont décentralisé leur commandement et ont fui les zones de frappes. Ils pourraient chercher à retarder l’avancée irakienne par des poches de résistances lourdement armées. Chaque retraite d’une zone ou d’un quartier ferait l’objet d’un piège massif et systématique, ainsi que de contre-attaques éclairs à coup d’attentats suicides (suicide bombers). Une telle défense en profondeur va rapidement s’avérer coûteuse en hommes et en temps. Daesh pourrait ainsi chercher à saper le moral des troupes adverses.

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