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L’ancien enfant-soldat est devenu peintre de croix

© LWF/ C. Kästner

Marinella Bandini - Publié le 19/10/16

"J’ai perdu mon enfance quelque part dans les montagnes du Salvador."

À 4 ans, son frère et sa sœur ont été massacrés sous ses yeux, à 12 ans il s’est retrouvé une arme à la main, enrôlé dans les rangs de la guérilla. À San Salvador, dans les années 1980, avoir une vie d’enfant était impossible. Christian Chavarria Ayala a connu la pauvreté, la faim, la guerre civile, l’exil.

Aujourd’hui il dit: « Ma vie est une bénédiction, je remercie le Seigneur de me l’avoir donnée et pour tout ce que j’ai maintenant ». Christian est un artiste qui peint surtout des croix, en utilisant des couleurs très vives, comme le veut la culture locale. Mais pour lui, ces teintes sont celles que « Dieu utilisa pour peindre notre monde », mais que l’homme a  transformées « en noir ou gris » par ses actions.

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© LWF/ C. Kästner

C’est à lui, un Salvadorien, un ancien enfant-soldat, que l’on a demandé de peindre la grande croix qui accompagnera la célébration œcuménique de l’Église catholique et de la Fédération luthérienne mondiale (LWF), le 31 octobre à Lund, en Suède, pour les 500 ans de la réforme protestante.

« Mon pays est un des lieux les plus dangereux au monde. C’est beau de pouvoir dire que nous faisons aussi de bonnes choses », s’est-il réjoui, heureux de montrer que, dans son pays, beaucoup « croient et espèrent toujours », ont encore la volonté de « lutter pour la justice et la paix ».

L’histoire de Christian

Christian raconte : « J’ai vécu dans un camp de réfugiés pendant huit ans et là je me suis mis à la peinture. J’ai toujours entendu les personnes autour de moi me dire que la vie est une croix à porter tous les jours. La vie a été cruelle, douloureuse. On a tué beaucoup de nos gens. Mais tout cela pouvait être transformé en quelque chose de mieux. La croix que nous portons, nous devons la transformer en symbole d’espérance, de foi, de vie ». Christian n’a pas eu de vie d’enfant : « J’ai perdu mon enfance quelque part dans les montagnes d’El Salvador ».

Il raconte sa fuite, avec sa famille, jusqu’au Honduras, avec les soldats qui tiraient des deux côtés de la frontière. Un vrai massacre ! Mais Christian et sa famille ont eu la vie sauve et pu rejoindre un camp de réfugiés .

De retour au Salvador, sept ans plus tard, le jeune garçon est plein de colère et de soif de vengeance. Comme tant d’autres. Tous ont vu un frère, un parent, un ami, mourir sous leurs yeux. Il est enrôlé dans la guérilla et jeté dans la mêlée sans aucune précaution.

Sa conversion

Et puis un épisode bouleversa sa jeune existence : « Un jour, deux de mes amis meurent sous une bombe. Je hurlais, alors que ma mère et d’autres priaient. J’étais très en colère et lui ai dit : comment pouvez-vous prier un Dieu qui ne nous écoute pas ? Dieu est cruel ! Ma mère m’a dit : ne rejette pas la faute sur Dieu, ce n’est pas lui qui fait ça. Dieu travaille au milieu de nous, mais le diable aussi à travers les hommes. Dans la vie tu traverseras tant de difficultés mais ne rejette jamais la faute sur Dieu, remercie-Le plutôt et sois miséricordieux. Si tu veux Le voir, regarde dans les yeux de tes amis, de tes voisins, c’est là que Dieu est ; mais regarde aussi dans les yeux de tes ennemis et tu verras peut-être Dieu dans tes propres yeux, dans ton cœur ».

Christian n’a que 11 ans. Il arrive dans la capitale après mille péripéties. Il veut trouver du travail et aider sa famille. Mais surtout, explique-t-il, « je voulais étudier et changer mon pays, qu’il sorte de la violence ». Il retrouve l’Église luthérienne qui avait accompagné sa famille durant sa fuite, son exil, et son retour au pays. « Dieu est passé par l’Église luthérienne pour me sauver. Ils m’ont envoyé à l’école. Ils aidaient les personnes indépendamment de leur foi, les voyaient tous comme des enfants de Dieu. Cela m’a plu et j’ai décidé de confirmer ma foi « .

Sa carrière artistique

À 13 ans, Christian commence une autre vie. La peinture le suit partout, au début comme un hobby puis peu à peu se transforme en vrai métier : « Mon art est un don de Dieu, les gens aimaient mes croix (…) », explique-t-il. Mais au Salvador, la guerre civile est toujours là et en 1993, après avoir reçu des menaces de mort, Christian est obligé encore une fois de s’enfuir. Il arrive en Suède. Un pays tellement éloigné de sa culture et de son monde. C’est pourtant en Suède que sa carrière artistique prendra son envol : comme les colombes qu’il dessine sur ses croix.

Un jour, raconte-t-il, il a fait cadeau d’une de ses croix à un pasteur finlandais. Puis d’autres commandes ont suivi, de plus en plus importantes.

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© LWF/ C. Kästner

Deux ans et demi plus tard, Christian rentre au Salvador. Aujourd’hui, il a son atelier au dernier étage de la congrégation luthérienne de la résurrection où, lorsque le travail se fait plus intense, il peut employer d’autres personnes avec lui. Ses œuvres – toutes différentes les unes des autres car, affirme-t-il, « la création de Dieu est infinie » – ont sillonné le monde, arrivant dans les mains de personnes importantes, dans celles du pape François aussi. À travers ses croix, Christian dit aux hommes : « Nous ne sommes pas seuls. Dieu est toujours à nos côtés. Il suffit seulement de regarder, d’écouter, d’ouvrir tout simplement notre cœur à Dieu ».

Avec le Pape en Suède

Sur la base de la croix – réalisée pour la prière commune avec les luthériens, qui sera présidée par le pape François, par l’évêque Munib A. Younan, président de la LWF et le révérend Martin Junge, secrétaire général de la LWF – sont représentées les mains de Dieu serrant le monde contre Lui. De là part la vigne, dont les sarments constituent le peuple de Dieu. La vigne est ensuite reliée à un font baptismal, dans lequel l’homme renaît. Plus haut, on arrive au festin de Dieu « auquel tout le monde est invité, souligne l’artiste, « qu’importe d’où vient la personne ou de quelle religion elle est, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, parce que nous sommes tous des enfants de Dieu ».

Article traduit et adapté par Isabelle Cousturié. 

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