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Le mot de la semaine : « primaire »

© Martin BUREAU / POOL / AFP

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Alexis Bétemps - Publié le 14/10/16

Une nouvelle tradition politique française ?

Les primaires comptent désormais parmi les nouveaux moments forts de la vie politique française. Encore nouveau pour l’instant, ce système s’ancrera bientôt si profondément dans les mœurs que l’on ne se souviendra plus exactement de leur origine.

On oubliera l’époque du «candidat naturel», que l’évidence imposait au bon sens, et qu’incarna à la perfection Nicolas Sarkozy après une longue et méticuleuse ascension de 2002 à 2007. On ne se rappellera plus la belle époque des votes « en interne » et de leurs intrigues sanguinaires à rideaux tirés dans les coulisses des bureaux nationaux, comme celles qui virent le triomphe de Ségolène Royal et de ses militants en 2006 au dam de son propre parti.

Les primaires terme directement importé des États-Unis n’ont jamais fait partie de notre tradition politique. Comme tout ce qui est novateur et pimpant (et venu d’outre-atlantique en prime !), elles sont rapidement devenues tendance : il était donc logique que la gauche les inaugure. Se targuant d’être moderne quand la défunte UMP avait encore recours aux poussiéreux modes de désignation naturelle, elle fut bientôt imitée par Les Républicains, plus neufs que jamais et jaloux de ne pas s’être mis à la page.


Lire aussi : « Qui est sorti vainqueur du premier débat de la primaire de la droite ? »


L’idée est louable sur le papier : revenir à la base, au socle primaire de la légitimité politique, en permettant à tous les électeurs de choisir leurs candidats. Dans les faits, ce système engendre une interminable élection à quatre tours où les partis renforcent leur mainmise sur la vie politique. Si encore leurs programmes en sortaient valorisés… Mais c’est bel et bien la personnalité des candidats qui est jetée sous les projecteurs, jusqu’au ralliement de tous derrière le vainqueur. « Tout ça pour ça », soupire-t-on alors.

On pourrait aussi se demander au nom de quoi un non-adhérent aurait, au même titre que l’adhérent de longue date, son mot à dire sur le candidat pour lequel il sera tout à fait libre de voter ou non lors de l’élection présidentielle… S’il y tient, pourquoi ne prend-il pas sa carte et ne paie-t-il pas sa cotisation ? On croyait les partis moribonds, à bout de souffle. Les voilà revigorés pour au moins cinquante ans. On pensait que la vie politique les avait lentement repoussés à sa périphérie ; ils sont parvenus à l’absorber toute entière et à la placer en leur centre.

On avait finalement tort de sous-estimer les bons vieux partis, eux qui avaient déjà eu raison du général de Gaulle qui voulait que la fonction présidentielle les dépasse. Désormais, un président en exercice doit, s’il veut se représenter, se plier à l’exercice des primaires et débattre avec son ancien Premier ministre, son ancien ministre de l’Agriculture, ou même l’ancien chef de cabinet adjoint d’un de ses sous-préfets… Tout est possible pour tous : autant de candidats que d’électeurs potentiels !

Voilà à quoi ressemble la nouvelle ère républicaine moderne. Une ère où la majorité des Français compte parmi les abstentionnistes, mais où chacun peut voter à la primaire. Une ère où le président échappe à tout contrôle parlementaire ainsi qu’à la justice, mais doit obtenir pour être candidat son ticket de la primaire. Une ère politique qui, à bien des égards, a tout d’une ère primaire.

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