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La politique en crise ?

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© Assemblée nationale
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L’alternative droite-gauche s’épuise. Donc, ça bouge… Raison de plus pour ne pas mépriser la politique !

Ce qui se passe ces temps-ci en Espagne devrait nous intéresser. Deux élections n’ont pas permis de donner au pays un gouvernement, et il est douteux qu’une troisième y parvienne. Les deux grands partis correspondent aux deux pôles habituels en politique occidentale depuis des lustres : la « droite » conservatrice du Parti populaire, et la « gauche » du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Mais aucun des deux ne peut obtenir la confiance du Parlement, pour deux raisons :

D’une part, ils ont l’un et l’autre tellement déçu que de nouveaux partis les empêchent d’obtenir une majorité : Podemos, plus « à gauche » que le PSOE, et, au centre (en quelque sorte), le « libéral » Ciudadanos – sans parler des séparatismes catalan, basque, galicien…
D’autre part, leur antagonisme historique fait qu’ils n’arrivent pas à s’entendre pour former une « grande coalition », comme c’est le cas en Allemagne, où les sociaux-démocrates (centre gauche) ont accepté d’être les partenaires des chrétiens-démocrates (centre droit).

Mais, même chez nos raisonnables voisins germaniques, le jeu pourrait être compliqué par l’apparition d’un parti d’extrême droite (ou « populiste »), Alternative für Deutschland (AfD), sans compter les verts et une gauche « dure » (die Linke). Le paysage est également confus en Italie depuis la chute de la démocratie chrétienne en 1994, en Grèce à cause de la crise financière, en Belgique et aux Pays-Bas où les partis se multiplient. Au Royaume-Uni, le Brexit a divisé et affaibli les conservateurs au pouvoir, mais aussi relancé l’indépendantisme écossais, et les travaillistes ont un leader (Jeremy Corbin) soutenu par les militants, mais pas par l’électorat traditionnel du parti, etc.

Les primaires : pas la panacée, mais pas à bouder

La France risque fort de ne pas faire exception et de se retrouver au printemps 2017 dans une situation analogue. Il y a belle lurette que le Front national est venu perturber le duel classique entre la « droite » et la « gauche ». Sommes-nous donc condamnés aux blocages à l’espagnole ou aux coalitions instables et impuissantes de la IVe République ? Nous sommes évidemment tentés de faire confiance aux institutions de la Ve République, qui poussent fortement à une bipolarisation.

Le modèle à cet égard est les États-Unis d’Amérique, où aucun troisième grand parti ne semble en mesure de perturber le face-à-face entre démocrates et républicains. Mais l’imitation n’est pas un gage de réussite. Afin de hiérarchiser les priorités affichées par les divers candidats et jauger les personnalités, les Américains ont recours aux primaires. Or le résultat de cette année est loin d’être convaincant : la nette majorité qui se dégage (et où se retrouvent les catholiques) rassemble celles et ceux qui trouvent peu appétissante l’alternative entre Hillary Clinton et Donald Trump.

Est-ce donc en soupirant, voire en haussant les épaules qu’il convient d’accueillir chez nous la saison des primaires ? Non ! Parce qu’il n’y aura pas de meilleure ni même peut-être d’autre occasion de nous exprimer plus librement qu’en choisissant entre un nombre toujours plus restreint (jusqu’à ce qu’il n’en reste que deux au second tour des présidentielles) d’options dont aucune ne nous paraîtra pleinement satisfaisante ni entièrement fiable. Si l’on a un message à faire passer, des vœux à exprimer, c’est le moment !

Dignité du politique

On objectera peut-être qu’il ne vaut pas la peine de s’intéresser à tout ça et que le résultat, quel qu’il soit, ne changera pas grand-chose. Nous sortons d’un siècle où la « droite » (celle de Maurras, du moins) et la « gauche » (celle qui croyait que « la » révolution ou, à défaut, une victoire électorale résoudrait tous les problèmes) étaient d’accord pour brailler : « Politique d’abord ! ». Si la dichotomie droite/gauche paraît enfin dépassée aujourd’hui, le champ du politique qu’elle a longtemps structuré en trompe l’œil ne s’évanouit pas pour autant avec elle.

La politique, ce n’est pas simplement la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir. Ce n’est pas non plus l’utopique réalisation d’un idéal, ni l’adhésion inconditionnelle à un homme (ou une femme) présumé(e) providentiel(le). Ce ne peut pas être, inversement, la quête cynique du moindre mal et encore moins la passivité désabusée. Car c’est, pour la vie sociale et donc pour chacun à sa place, une chance offerte de n’être pas qu’un pion manipulé sur un échiquier.

Il suffit pour cela d’adopter les règles qui sont celles du logos : le discours, l’écoute critique qui permet de répondre et une rationalité partagée qui requiert à la fois l’argumentation et l’acceptation des modes de décision sur lesquels on s’est mis d’accord – autrement dit, tout ce qui distingue une civilisation (ou un état de droit avec des lois) d’une foire d’empoigne entre clans où la violence et la guerre tiennent lieu de dialogue. Et le verbe ne fait pas que soumettre à la logique d’une grammaire, car il a des ressources que l’on peut dire poétiques : ce n’est pas seulement l’action qui fait les « grands » politiques, c’est aussi  la parole, qui mobilise l’imagination et le cœur au service du bien commun.

Christianisme et politique

Pour un chrétien, la répudiation du politique peut se justifier par l’exigence d’une certaine pureté qui n’admet ni concessions ni compromis, ainsi que par l’enseignement (confortée par l’expérience) que tout ici-bas est précaire, si ce n’est vanité. Mais si, effectivement, le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde, le Christ vient dans l’histoire. Et c’est dès à présent que chacun, là où il se trouve, est appelé à faire sa volonté, qui n’est pas que l’homme dans son aveuglement fasse son malheur, mais qu’il vive, et non pas (sauf vocation particulière) seul à l’abri dans son coin, mais solidairement avec tous ses frères et sœurs. Cette foi disqualifie également l’illusion que tout se joue en politique et le mépris pour les combats souvent sordides qui s’y livrent, les alternatives frustrantes qui s’y imposent et les choix douteux qui s’y opèrent sous la pression de rapports de forces plutôt que de la raison. Allons plus loin : s’abstenir de participer ne garantit pas de rester propre, car c’est manquer à la charité que d’esquiver les contingences sans lesquelles elle n’est qu’un vain mot.

Alors que la vieille polarisation gauche-droite s’épuise, que le triomphe universel de la sécularisation devient utopique et que les cartes sont rebattues, il y a beaucoup à dire et à faire – beaucoup de risques à prendre aussi.