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Les « mangeuses d’âmes » du Burkina-Faso

P. Alexis K. Ouedraogo - Publié le 03/08/16

Plongée dans les coutumes et traditions africaines les plus obscures...

Les valeurs positives des coutumes et des traditions africaines ont leurs zones d’ombre, pour ne pas dire leur revers de médaille on ne peut plus triste. Et pour cause, elles sont faites de pratiques que l’on pourrait qualifier d’un autre âge. Parmi celles-ci, il y a les injustices dont sont victimes les femmes, accusées d’être des « mangeuses d’âmes ». Aussi curieux que cela puisse paraître, une telle accusation portée contre une femme la désigne purement et simplement comme responsable de la mort d’une personne survenue dans le village. Une pratique traditionnelle qui plonge ses racines dans la nuit des temps voulait que l’on désigne l’auteur de la mort d’un défunt. Car, il n’y pas de mort naturelle, toute mort est toujours causée par une tierce personne et il faut, vaille que vaille, trouver puis punir le coupable.

Une tradition qui fait honte à l’Afrique moderne

La tactique pour dénicher le fautif consiste à faire porter le cadavre sur une civière par des jeunes d’un gabarit impressionnant. Ceux-ci seraient conduits par le défunt lui-même jusqu’à la demeure de la personne qui a causé sa perte. Pas de problème jusqu’ici, sauf que, de fait, ce sont vers les femmes que convergent ces processions macabres la plupart du temps. Bien plus rarement vers les hommes. Les défunts ont même une prédilection pour les femmes sans défense : veuves sans protecteurs, vieilles femmes solitaires. Depuis que cette pratique existe, on n’a jamais entendu dire que la mère ou la sœur d’un chef du village aient été traitée de « mangeuses d’âmes ». Le constat est le même partout où la pratique a droit de cité. Il dit tout de cette tradition qui fait honte à l’Afrique moderne.

Le châtiment réservé aux « mangeuses d’âmes » est sans appel : battues à coups de bâtons, elles sont chassées, puis bannies du village, tandis que leurs cases, ainsi que tous les objets qui s’y trouvent, sont entièrement réduits en cendres. Une manière d’effacer leurs traces, sinon leur existence de la mémoire collective du village. Comble du malheur de certaines infortunées, il arrive que des membres de leurs familles prennent parti contre elles, pour laver l’honneur de la famille, et se désolidariser des « mangeuses d’âmes ». Dans leur fuite pour sauver leur vie, elles sont nombreuses à la perdre en pleine brousse, d’épuisement ou des suites des coups et des sévices reçus.

Le rude et long combat de l’Église pour y mettre un terme

L’Église, qui ne saurait rester de marbre face à cette pratique d’un autre âge, au nom des valeurs chrétiennes, s’est lancée, la première, dans un rude et long combat destiné à l’éradiquer complètement. C’est ainsi que des foyers ont été construits pour accueillir les « mangeuses d’âmes ». Est de ceux-là le foyer Sainte-Anne de Tèma-Bokin, construit par les missionnaires d’Afrique dès les premières heures de l’évangélisation de la zone où cette pratique a encore la peau dure. Un autre grand foyer du même type, tout aussi connu, est le centre Relwêndé de Ouagadougou, situé dans le quartier Tanghin de la capitale Burkinabé (Relwêndé signifie en mooré : compter sur Dieu, s’adosser à Dieu).

Les pensionnaires du foyer Sainte-Anne de Tèma-Bokin (localité située non loin de Ouagadougou), racontent toutes la même histoire aux visiteurs : un beau matin, elles ont été sommées de quitter leur village pour avoir « mangé » l’âme d’un tel ou d’une telle. Elles ont eu la vie sauve grâce au catéchiste ou au responsable de la communauté chrétienne qui les ont, au péril de leur vie, conduites au foyer construit à l’intérieur même de la paroisse des Saints-Martyrs-d’Ouganda. Là, elles essaient tant bien que mal de se refaire une vie avec le concours des prêtres, des religieuses et des membres de la communauté chrétienne de Tèma-Bokin.

Retrouver la joie de vivre… et découvrir la foi catholique

Quoi de plus normal qu’elles retrouvent le goût et la joie de vivre auprès des frères et sœurs du Christ dont elles ne tardent pas à partager la foi en se faisant baptiser. Elles vont même jusqu’à pratiquer l’élevage de porcs, à vendre des produits qu’elles ont elles-mêmes fabriqués comme le mil germé (pour préparer et distiller le dolo, bière de mil) pour leur auto-prise en charge. Enfin, des lopins de terre sont mis à leur disposition aux alentours du foyer où elles pratiquent l’agriculture vivrière en période de pluies. Pendant ce temps, les plus âgées passent principalement le temps à filer le coton, claquemurées au fond de leur cellule.

Grâce aux efforts conjugués de l’Église, de l’État et d’autres associations de défense des droits de l’homme, le phénomène tend à disparaitre. La Commission épiscopale Justice et Paix, dans l’ombre, travaille pour le retour au bercail de beaucoup de ces femmes, mais aussi pour la réconciliation entre les protagonistes de ces macabres entreprises. Si certaines réussissent à retourner parmi les leurs, d’autres se voient toujours refuser le retour dans leur village. Ces dernières sont condamnées à vivre leurs derniers jours dans le foyer Sainte-Anne.

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Afriqueburkina fasoÉglise
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