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Cardinal Barbarin : « Avec les juifs, nous ne formons qu’une seule alliance »

© Corinne SIMON / CIRIC
28 août 2015: Cardinal Philippe BARBARIN, archevêque de Lyon. 1700 personnes se sont réunies aux Assises chrétiennes de l'Ecologie sur le thème " Changeons de climat " à Saint-Etienne (42), France.
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Le primat des Gaules était avec le grand rabbin de France l’invité spécial de la session judéo-chrétienne de Paray-le-Monial.

Aleteia : Éminence, pour quelles raisons avez-vous souhaité intervenir lors de cette session « Découvrir le judaïsme, les chrétiens à l’écoute » à Paray-le-Monial ?
Cardinal Philippe Barbarin : 
D’abord parce que Mgr Benoît Rivière m’y a invité. Cette session a un caractère exceptionnel et très joyeux. Les groupes d’amitié judéo-chrétienne s’attristent de voir qu’ils ne touchent pas beaucoup de jeunes et tout d’un coup surgit l’idée de proposer la découverte du judaïsme aux « 25-35 ans » qui viennent habituellement à cette session organisée par l’Emmanuel. Et tout le monde dit oui, un bonheur !

Du coup, les organisateurs ont pensé qu’un dialogue public entre le grand rabbin Haïm Korsia et moi-même sur la miséricorde serait une bonne porte d’entrée dans la session. Comment refuser ? Nous nous connaissons bien tous les deux, et ce n’est pas la première fois que nous donnons une conférence commune, ouverte au dialogue avec l’auditoire. Les gens disent qu’ils sentent entre nous une complicité. C’est certainement vrai ; pour ma part, je préfère parler d’estime mutuelle, d’amitié fraternelle où l’humour a sa place. Je suis touché de voir qu’il connaît le christianisme et s’y intéresse vraiment. Il connaît bien le Nouveau Testament et moi, comme souvent avec les rabbins, je suis fasciné par sa connaissance incroyable de la Torah et du Talmud ; l’écouter m’enrichit et m’enseigne.

Que peut apporter concrètement le judaïsme dans la vie d’un chrétien ?
Lorsque je me rends à la synagogue ou que je discute avec des juifs, j’ai l’impression d’être comme en visite chez mes grands-parents. Enfant, je leur demandais de me raconter des épisodes de la vie de mon père ou de ma mère… qui n’avaient jamais fait de bêtises bien sûr ! Ces périodes que je n’avais pas connues avaient été fondatrices dans la vie de ceux à qui je devais tant… Cela m’intéressait beaucoup. Le pays, le peuple, la famille où Jésus a grandi, la maison où Il a prié, le temple où Il est venu en pèlerinage – Lui qui est mon Maître et mon Seigneur –, tout son enracinement est pour nous quelque chose de majeur, car nous voudrions tellement le connaître mieux pour L’imiter et Le suivre de près. Comme je suis son disciple, j’ai tout intérêt à voir et à comprendre comment Il prie ! Et d’une certaine manière, lorsque je me rends à la synagogue et que je prie avec les juifs, je me sens proche de la façon dont Lui, jésus, a prié. C’est tout de même très important…

À cet égard, mon plus beau souvenir est celui du Yom Kippour 2008. J’étais au synode à Rome et je ne pouvais donc pas aller comme chaque année à la grande synagogue de Lyon. Et, lorsque le grand rabbin de Rome m’a accueilli, il m’a dit que leur liturgie était très ancienne directement issue de celle des Juifs qui s’étaient installés à Rome avant l’ère chrétienne. Par ailleurs, je n’ai aucune difficulté à faire entrer dans mes homélies, enseignements ou catéchèses des commentaires sur la Torah, les Prophètes, les Psaumes, que j’ai reçus des rabbins.

Comment expliquer cette peur du dialogue avec les autres religions chez beaucoup de catholiques ? Que leur répondre ?
Vous avez prononcé le mot essentiel : la peur. Celui qui a peur, c’est qu’il n’est pas assez enraciné dans sa foi, il n’est pas sûr que Jésus soit le seul Sauveur. Il n’y a aucune crainte à avoir ! Au baptême du Jourdain et à la Transfiguration, nous avons entendu la voix du Père venir sur Jésus : « En Lui, j’ai mis tout mon amour ». Et saint Paul écrit : « Au nom de Jésus, tout genou fléchira dans les cieux, sur la terre et sous la terre… ». En partant de ce principe et en se centrant sur Jésus, il n’y a aucune peur à avoir. Tout ce qui nous aide à mieux comprendre la Personne et l’enseignement de Jésus, notamment par son enracinement dans le judaïsme n’est pas un danger, au contraire !

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