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Vogue 100 : un siècle de mode

Lucile Mathieu - Publié le 28/05/16

Plein feu sur la superbe exposition photo célébrant les 100 ans du VOGUE UK.

On ne présente plus Vogue. Partout dans le monde, le magazine est la référence en termes de mode. Au Royaume Uni, l’institution fête ses 100 ans d’existence en 2016. Un anniversaire célébré en grande pompe par une exposition phénomène de plus de 280 clichés. Après s’être achevée dimanche dernier à la National Portrait Gallery de Londres, elle ouvrira ses portes pour les retardataires dans le Nord l’Angleterre à la Manchester Art Gallery le 24 juin prochain. Compte-rendu d’une rétrospective photographique au summum du glamour.

Les visages de la mode depuis les années 90

Karlie Kloss, Cara Delavigne, Dakota Johnson, Kate Moss… Dès l’entrée, l’expérience est d’emblée immersive : les plus belles têtes de la sphère fashion British s’affichent joyeusement sur trois écrans géants. Une entrée en matière colorée, irrévérencieuse et résolument séduisante… du pur ADN Vogue UK. Cette exposition, le curateur Robin Muir l’a voulue non conventionnelle. Antéchronologique, elle retrace dix décennies de photographie en commençant par aujourd’hui.

Au centre des deux premières salles (années 2010, 2000 et 90’s) avec l’incontournable beauté de Kate Moss.

Si Vogue UK a un visage, c’est forcément le sien. Icône de mode, elle a tout incarné pour le magazine. On découvre “Under – Exposure”, l’une des toutes premières séries où elle y paraît, en juin 1993, sous l’objectif de Corinne Day. La photographe a su saisir l’émouvante fragilité de son corps frêle à peine sorti de l’adolescence. Déjà, elle dégage cette aura si spécifique dont elle nimbera les années 90. Près de 20 ans plus tard, on la découvre furieusement “empowered” en déesse sculpturale, vêtue d’un corset jaune, auréolée de rouge et baignée dans une lumière bleue. Représentée telle une super héroïne, elle est la star d’une série mode consacrée aux Jeux Olympiques de 2012.

model riding yak on marsh, wears Giles Deacon goat hair jacket, Isabel Marant goat fur jacket worn as headpiece, Emma Roach goat hair trousers, fur boots, heavy blush, fashion shoot and travel diary in Mongolia
Tim Walker
Kirsi Pyrhönen photographiée en Mongolie par Tim Walker, 2011 ©Tim Walker

L’univers des photographes sur papier glacé

Ces trois salles sont aussi l’occasion de redécouvrir le travail de photographes contemporains aux univers iconiques tels que Nick Knight, Patrick Demarchelier, Steven Meisel, Mario Testino ou Tim Walker. Du premier, on retient une image en particulier : une fabuleuse robe rose John Galliano, tourbillonnant dans un halo de pigments vibrants. Du dernier, un univers féérique étrangement inquiétant. Pour le magazine, le photographe crée des séries merveilleuses dans des décors fleuris, où les accessoires sont démesurés et les éléments de décor enchanteurs. Ici, on découvre Helena Bonham Carter dans une cage de verre géante posée au milieu d’un champ de fleurs. Là, dans une série à l’humour décalé dont seuls les Britanniques ont le secret, une mannequin vêtue d’un imposant manteau semble le pantomime de la bête qu’elle chevauche.

On y découvre des salles marquées par les portraits naturels de la duchesse de Cambridge, et forcément par la couverture la plus célèbre des années 90 : en noir blanc, les grandes modèles de l’époque (Naomi Campbell, Cindy Crawford, Linda Evangelista, Christy Turlington…) saisies par l’objectif de Peter Lindbergh. Déjà subjugué, on passe avec délectation aux années 80 et 70. Là, se dresse un univers bien différent.

Claudia Schiffer à Paris photographiée par Herb Ritts, 1989 © Herb Ritts Foundation/Trunk Archive

Les années 80 : « Tourbillon de couleurs, de volants et d’épaulettes »

Pour palier la morosité ambiante de l’Angleterre des années 80, marquée par le « règne » de Margaret Thatcher, Vogue UK a voulu insuffler dans ses pages une bonne dose d’extravagance. Et les créateurs de la décennie se prêtent volontiers à ce jeu. Tourbillon de couleurs, de volants et d’épaulettes : on découvre les créations de Christian Lacroix mises en scène dans un décor Parisien. On admire Claudia Schiffer incarnant une néo Brigitte Bardot. On se retrouve fasciné par le profil si particulier de John Galliano. Surtout, on reste sans voix devant l’une des premières couvertures de Naomi Campbell, capturée au milieu d’un désert en veste à sequins Chanel. La magie continue d’opérer alors que l’on passe aux années 70. L’esthétique Punk, Vogue l’a capturée dans ses pages. Les icônes de la décennie aussi, à commencer par David Bowie. L’ambiance se fait plus kitsch que celles des salles que l’on vient de traverser. Un peu plus loin, notre regard se penche sur une série réalisée pour célébrer le nouvel an, où un couple enlacé sur fond de coucher de soleil incarne à la perfection la société de consommation. Et il est déjà temps de passer à la seconde partie de l’exposition, celle des années 60 à 1916.

La révolution vestimentaire des années 60

Les sixties chez Vogue, c’est Jean Shrimpton qui les incarne le mieux, photographiée par son petit ami de l’époque, David Bailey. Ses grands yeux ourlés d’eye liner ont alors pour les anglais la même force d’attraction que Kate Moss vingt ans plus tard. Dans cette salle, on découvre avec délectation les styles phares des années 60 : petit manteaux courts, robes trapèze, bottes hautes, le tout porté par des mannequins à la taille fine et au regard de velours.

Anne Gunning à Jaipur sous l'objectif de Norman Parkinson, 1956 ©Norman Parkinson Ltd/Courtesy Norman Parkinson Archive

Capturer le temps derrière les clichés

Place aux années 50, une époque où la joie et l’authenticité sont de mise. On garde en mémoire une photo sublime de Norman Parkinson. La vie en rose version Jaipur dans toute sa splendeur. Le lourd manteau de mohair couleur « bubble gum » semble parfaitement à sa place dans cet univers chaleureux, où la mannequin Anne Gunning promène son port de tête altier. À l’œil, nous sommes en admiration sur la capacité de Vogue à saisir l’air du temps, et à s’engager plus qu’à seulement offrir du beau. La surprise est de tomber nez à nez devant la série de portraits en noir et blanc de métiers alors voués à disparaître : ramoneurs, balayeurs, artisans en tout genre. Des hommes qui évoquent une autre époque et que le magazine a voulu célébrer, malgré leur éloignement évident avec son univers glamour.

The Second Age of Beauty - Cecil Beaton
"The Second Age of Beauty is Glamour" par Cecil Beaton, 1946 ©The Condé Nast Publications Ltd
The Second Age of Beauty is Glamour © par Cecil Beaton, 1946 ©The Condé Nast Publications Ltd

La Seconde Guerre mondiale chez Vogue

Cette capacité à s’ancrer dans le monde qui l’entoure et à en saisir l’essence même, Vogue UK s’y attèle dans les années 40, en pleine seconde guerre mondiale. La preuve en est avec les pages des reportages de guerre, sous l’objectif de Lee Miller, « war correspondant » pour le magazine. On y découvre une approche artistique et émouvante des paysages anglais dévastés par les bombardements. Sous celui de Cecil Beaton, on y décèle une pointe d’ironie malgré tout : “Fashion is Indestructible” est le titre d’une silhouette de femme en tailleur impeccable devant un immeuble délabré. Des images criantes de sincérité.

Mais les années 40, c’est aussi un sursaut de vie et une envie de continuer à avancer malgré les horreurs passées. Et pour cela Vogue est un lieu idéal : place à nouveau au glamour et à la mode dans toute sa splendeur avec de superbes clichés en couleurs, dont cette photo de Cecil Beaton, datée de 1946, qui célèbre la mode en rouge, “The Second Age Of Beauty Is Glamour”.

Les premières années du magazine

L’exposition s’achève par là où tout commença pour le magazine : les années 30 et les années 20. Une naissance au sortir de la première guerre mondiale, en 1916. L’approche précurseur de Vogue se précise tout le long de l’exposition. Cette modernité et cette capacité à saisir très justement l’air du temps est toujours d’actualité. Cela commence par le fait de reproduire en studio des moments de la vie quotidienne pour le plus grand plaisir des lectrices : on est amusé par un cliché où les modèles posent en maillot de bain dans une fausse piscine. On découvre des visages emblématiques de l’époque. Nancy Cunard, la passionnée d’art africain. Des artistes comme Charlie Chaplin ou Joséphine Baker se prêtent au jeu derrière l’objectif de Vogue. Les premières couvertures sont des formidables illustrations riches en détails. Bref, l’émotion nous déborde.

Une exposition qui nous fait voyager dans le temps derrière ce magazine de mode à l’apparente futilité, une vraie profondeur. Un sens artistique formidable. Un miroir de la société dans laquelle le magazine a évolué au fil des années. Vogue 100 : A Century of Style, sponsorisé par Leon Max a été présenté à la National Portrait Gallery, Londres, du 11 février au 22 mai 2016, et sera au Manchester Art Gallery à partir du 24 juin.

Si vous ne pouvez pas vous déplacer, vous pourrez vous offrir le livre retraçant le centenaire de Vogue, en vente sur le site de la Portrait Gallery.

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