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Un prêtre au chevet des migrants en Grèce témoigne

©Ayhan Mehmet/Anadolu Agency/Getty Images)
IDOMENI, GREECE - MAY 18: Refugees wait behind wire fence as they try to continue their daily life at Idomeni refugee camp in Greece on May 18, 2016. (Photo by Ayhan Mehmet/Anadolu Agency/Getty Images)
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Aleteia a recontré le père Maurice Joyeux, directeur du Service jésuite des réfugiés en mer Égée.

Le père Maurice Joyeux agit en première ligne depuis le début de la crise des réfugiés qui frappe le pays. Ce missionnaire aguerri aux cas d’urgence multiplie les interventions sur tous les fronts, notamment sur l’île de Lesbos, après avoir passé plusieurs années en Inde et en Afrique, notamment dans les camps de réfugiés au Rwanda et au Tchad. Depuis 2008, il s’est installé à Athènes.

Aleteia : Vous avez lancé un cri d’alarme en septembre dernier (paru dans Le Point) au sujet de la crise des migrants et de la situation « inhumanitaire » de leur condition de vie, et avez notamment attiré l’attention sur le business organisé autour de cette tragédie. Comment expliquez-vous l’absence de couloir humanitaire et d’une quelconque protection par les forces européennes ou internationales ?
Père Maurice Joyeux : Je pense qu’une telle vague d’arrivées massives n’était pas prévue par les autorités européennes et encore moins par la Grèce. La porte de la maison (surtout allemande) a été ouverte et la nouvelle annoncée sur tous les réseaux sociaux ou les médias internationaux, mais le chemin pour y parvenir a été laissé aux seuls passeurs qui se sont faits effectivement passer pour des gens « aidant » la masse des réfugiés à atteindre leur objectif. Ils l’ont fait payer cher à ces derniers. Nous avons manqué de clairvoyance et de courage politique pour rapidement protéger les populations en transit, en assurer l’enregistrement policier légitime, les soutenir logistiquement (nourriture, santé, hygiène, eau, abris provisoire…) Aussi, certains pays en ont profité pour rapidement se refermer.

La mise en place des camps semble différente de celles que vous avez vues au Tchad-Soudan ou dans d’autres pays. Peut-on y voir un déclin ou une faiblesse de la responsabilité des dirigeants européens ? Les chiffres fantaisistes des médias concernant les migrants qui partent de Grèce sur des bateaux et ceux qui sont sur place est-il représentatif de ce déni de réalité ?
Les dirigeants européens craignent leurs opinions publiques et cela peut se comprendre. Il nous faut cependant des dirigeants courageux capables comme Angela Merkel d’oser et d’inviter au risque, pour une solidarité effective avec des hommes et des femmes qui fuient la guerre ou toute forme de terrorisme, de violences physiques et morales. La Grèce et l’Europe ne croyaient pas qu’elles auraient à ouvrir des camps comme dans les pays émergents ou les frontières de certains pays africains… Mais la mondialisation accélérée et ses guerres a des effets à l’intérieur de nos propres frontières et territoires dorénavant. Il est urgent que nous accueillions intelligemment et avec grand respect ces gens en détresse, qui se présentent en hôtes respectueux de nos pays pour une immense majorité d’entre eux et qui implorent notre compréhension et notre soutien.

Depuis l’accord passé avec la Turquie qu’avez-vous pu observer, du côté de la police locale et chez les migrants ? Au niveau éthique, puis politique ? Quel est votre avis sur cet accord ?
Je le trouve compliqué et peu respectueux des personnes elles-mêmes. Un marchandage de 72 000 personnes renvoyées en échange de 72 000 autres distribuées depuis la Turquie vers différents pays européens… On en oublie la diversité des histoires et des visages des réfugiés eux-mêmes ! Ce traité est triste pour une part donc. Il comporte malgré tout une dose de courage car il a pris le risque de « négociatier«  avec la Turquie et ses autorités, trop souvent en prise directe sinon aux commandes des réseaux mafieux puissants, les « passeurs », qui ont trafiqué les passages vers la Grèce et l’Europe.

À cette heure, les passages sont arrêtés, mais la menace de leur reprise est bien là, brandie malheureusement par le gouvernement turc. Bref, les réfugiés sont aussi les otages des négociations de haute ou basse politique. Ainsi va notre mondialisation appelant les compromis aux forts relents de compromissions… Mais comment faire, comment résoudre de tels problèmes d’exode, d’exil sous les bombes ?

On a annoncé une baisse de 90% du nombre de migrants arrivés en Grèce entre mars et avril. Que signifie réellement ce chiffre ?
C’est vrai et il est toujours exact aujourd’hui. Cela prouve le lien direct entre le gouvernement turc qui a négocié avec les filières puissantes de passeurs qui se payaient jusqu’à 2 000 ou 2 500 euros par passager pour leur faire traverser la mer Égée sur ces bateaux gonflables mortels. Il a suffi que le gouvernement turc décide pour que tout s’arrête ! Intéressant, non ? Mais n’oublions pas que la Turquie « accueille » plus de 2 millions de Syriens réfugiés sur son sol ! Notre propre disponibilité à l’accueil de réfugiés en Europe paraît bien faible en comparaison…

En tant que jésuite, quel est votre rapport aux migrants, et comment vivez-vous cette situation du point de vue de la foi ?
J’ai beaucoup souffert de voir de si près tant de gens souffrants et maltraités par nous tous. Je me suis senti honteux des passeurs et des racketteurs. J’ai tenté d’aider avec des amis, de freiner une marche folle et ce fut d’abord une expérience très physique. Très fatigante mais combien peu en comparaison de l’épuisement des réfugiés en exode… J’ai laissé monter en moi le cri, la prière, les questions, la compassion, la recherche de vérité en chemin…

Il s’agissait et il s’agit toujours de servir la vie, d’être le témoin de cet esprit de service au cœur des gens en exil. Accueillir cette vie, ces talents, ces différences peut être une opportunité historique, une chance. Cela dépend de nous. Nos valeurs comme on dit ne sont pas en danger, elles sont éprouvées, demandent à être mobilisées, offertes, risquées à leur tour.

Où voyez-vous l’Espérance dans un tel événement ?
L’Espérance est dans le défi de la différence et la conscience des ressemblances. Les réfugiés partagent les mêmes besoins et les mêmes désirs que tous les êtres humains. La promesse de l’autre, cela existe ! La vitalité et la dignité de ces personnes et des familles, la jeunesse des enfants qui arrivent dans nos pays appellent nos consciences au réveil, aiguisent notre attention et notre curiosité, engagent vers un avenir à construire patiemment pour eux.

Dans votre entretien au Point, vous soulignez le grand nombre de réfugiés économiques, issus de la classe moyenne, de personnes de grande valeur. Pensez-vous que cette fuite massive des populations est uniquement causés par Daesh ? Ne serait-elle pas plutôt la conséquence de politiques de défense à deux vitesses, entre celle de l’UE et celle conduite par les États-Unis, qui ne respectent les peuples ni l’une ni l’autre ?
Non je ne pense pas. La guerre tout simplement fait fuir la mort et les risques physiques les plus graves. Les crises que connaît l’islam comme les crises d’ordre économique dont les conflits d’intérêts entre les puissances sont la cause, suscitent ces hémorragies de sang et de population contraintes à la fuite.

Il y a des manipulations et des stratèges manipulateurs qui cherchent à provoquer les déséquilibres hors de leurs frontières comme pour se venger des dominations subies ou des leçons que l’Europe ou l’Occident prétendent donner au monde par ses discours ou ses interventions militaires. Il nous faut veiller et discerner.

Quels sont vos souhaits pour l’avenir de toutes ces personnes qui cherchent à reconstruire leur vie ? Les papiers nécessaires à leur installation en Europe ou les moyens de participer à la reconstruction de leurs pays respectifs ? Qu’avez-vous à dire à la population française et européenne, au sujet de cette crise et de ces peuples ?
Mon souhait c’est la paix. Une paix rapidement retrouvée en Syrie et au Moyen-Orient. Mon souhait c’est davantage d’intelligence et moins de peurs entretenues parmi nous autres Européens qui avons pourtant des ressources culturelles et confessionnelles immenses. Mon souhait c’est de voir ces réfugiés davantage écoutés et accueillis, respectés et aimés.

Certains pourront rentrer chez eux et reconstruire mais d’abord et avant tout aidons les ici et maintenant à faire face, à être fiers d’eux-mêmes et à partager ce qu’ils ont de meilleur avec nous. Puisons à nos propres sources en tant qu’Européens, approfondissons notre espérance et notre foi, nous serons alors davantage ouverts et disponibles pour la rencontre et ses transformations… Le puits de la Samaritaine fut pour Jésus Lui-même un lieu éprouvant de rencontres imprévues mais aussi de joie, et la promesse d’un avenir inouï.

Propos recueillis par Louise Alméras

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