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La passion d’Augustine : celle de la musique !

Pierre Crepo

Père Denis Dupont-Fauville - Publié le 05/05/16

C'est l'histoire d'un couvent au Québec dans les années 60 qui a une particularité, celui d'être une véritable école de musique, le tout dirigé par Mère Augustine.

Voici un film qui conjugue bien des atouts. D’abord une belle histoire, celle d’un pensionnat québécois de jeunes filles, au milieu des années 60, tout entier organisé autour de l’épanouissement musical de ses élèves et qui va se trouver en butte à l’hostilité de la congrégation qui le gère dans un contexte de reprise en main de l’enseignement par le gouvernement laïc. Ensuite d’excellentes actrices, chaque sœur incarnant un type humain différent de façon fort savoureuse et les élèves elles-mêmes fournissant une palette à la fois variée et vraisemblable –avec une mention spéciale pour Lysandre Ménard– interprète (au double sens du terme) de la jeune Alice, élève prodige à la fois actrice et musicienne. Enfin une équipe technique qui nous gratifie de magnifiques images tant de la nature québécoise que des intérieurs de l’établissement.

Manque de profondeur

Avec tout cela, les harmoniques humaines et religieuses, culturelles et vocationnelles, personnelles et communautaires auraient pu (dû ?) se nouer en un ensemble d’une grande richesse. Le résultat, au contraire, se révèle d’une extrême platitude cinématographique : les tourments vocationnels sont ramenés au passage d’une forme à l’autre d’émancipation féminine, la tension musicale ne dépasse pas l’illustration fleur bleue à la manière des Choristes, la course des saisons aboutit à une série de cartes postales et les affrontements humains à des séquences de téléfilms. Les personnages font preuve d’un manque de densité qui confine à la transparence, ce que souligne bien involontairement l’absence totale d’inventivité et de profondeur de la mise en scène.

Une époque en ligne de mire

Demeure la chronique fascinante, tant par l’histoire racontée que par son mode narratif, de la révolution tranquille par laquelle le Québec s’émancipa de la « grande noirceur », époque où l’Église structurait la société avec un tel souci d’efficacité qu’elle en perdait de vue le sens de sa mission. Car c’est bien le plus étonnant pour un regard européen : le mélange de richesse et d’esprit gestionnaire de l’institution ecclésiale, exempt de toute préoccupation mystique ou de tout dialogue de foi, où la recherche de la dignité rime avec la sortie du « cheap labour » et où les affrontements entre personnes procèdent de solidarités de groupes si structurées que les drames et la mort ne sont plus que des épisodes anecdotiques. Une telle quête d’excellence, tant dans l’école décrite que dans le marketing du tournage, se situe paradoxalement à mille lieues des tourments adolescents qui auraient pu fournir un cœur au film. En ce sens, la pluie de récompenses québécoises que ce film a reçues ne fait sans doute que refléter la nostalgie envers une époque où même les imperfections avaient un sens.

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