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Le Douanier Rousseau à Orsay : la Loi de la Jungle en peinture

Patrice Schmidt

Maëlys Delvolvé - Publié le 15/04/16

Plongez dans l’univers onirique du principal représentant de l’art naïf… Émerveillement garanti !

Un incroyable souci des détails, une étonnante netteté des contours, une délicieuse naïveté des motifs, d’insouciants détournements de la perspective, une singulière fixité des paysages… Autant de caractéristiques originales qui ont souvent fait du Douanier Rousseau (1844-1910) un peintre « inclassable » dans l’Histoire de l’art. Né à Laval dans une famille d’origine modeste, cet artiste unique en son genre n’a pourtant jamais caché sa filiation avec la tradition, depuis les peintres de la Renaissance italienne auxquels il emprunte le fameux « portrait-paysage », qu’il réactualise avec son ironique Moi-même, portrait-paysage (1889-1890).

Admiré par les plus grands

Le génie sans travail ni connaissance de l’histoire de la peinture ne porte pas de fruit ; Henri Rousseau l’a compris et s’exerce avec acharnement pour développer un style bien à lui. Au tournant du XXe siècle, le Douanier suscite l’admiration de son ami Apollinaire, et de nombreux artistes, dont Picasso, qui acquiert plusieurs de ses toiles pour une bouchée de pain, mais aussi Fernand Léger, le futuriste italien Carlo Carrà, ou encore Kandinsky.  Ceux-ci n’hésitent pas à s’inspirer de ses toiles et à en faire l’un des maîtres de la modernité. Avec l’exposition « Le Douanier Rousseau – L’innocence archaïque », le musée d’Orsay entend replacer l’artiste dans l’histoire de la peinture, sans pour autant nier sa fantastique originalité.

Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau (1844-1910) Promeneurs dans un parc, 1900-1910, Paris, musée de l’Orangerie © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski
Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau (1844-1910) La Guerre, vers 1894 Huile sur toile, Paris, musée d’Orsay © Musée d'Orsay

Une innocence désenchantée ?

À travers un beau parcours thématique, le visiteur est amené à découvrir la vaste production de cet artiste paradoxal. Non sans raison, l’exposition met l’accent sur l’innocence du style du Douanier, dont certaines formes semblent enfantines et nous fascinent par leur douceur. Mais c’est sans compter la dureté et la violence de certaines de ses toiles, prenons, par exemple, l’air profondément mélancolique, parfois cruel et terrifiant, que revêtent ses portraits d’enfants, véritables géants aux mains titanesques et aux mollets disproportionnés.

Le Douanier Rousseau est capable d’enchantement comme de désenchantement : au milieu de ses forêts luxuriantes, de ses paysages fleuris et apaisés où la nature peut abonder sans limite, de tragiques combats d’animaux s’offrent à notre regard, à la fois émerveillé par la beauté du décor, et effrayé par la sauvagerie de la scène. Le peintre sait insérer la violence là où on ne l’attend pas. Son extraordinaire tableau allégorique La Guerre (vers 1894) est la preuve que le Douanier peut utiliser sa manière naïve pour dépeindre des sujets dramatiques.

Patrice Schmidt
Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau, La Guerre, 1894, Paris, musée d’Orsay © Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Le roi de la jungle

Les deux dernières salles de l’exposition méritent à elles seules la visite. Y sont exposées plusieurs jungles magistrales du peintre, qui nous introduit dans un univers tout droit sorti de son imagination débordante. Car, si incroyable que cela puisse paraître, le Douanier n’a jamais quitté la France et se contente des animaux du Jardin des Plantes parisien qui sont sa principale source d’inspiration. Il rejoint en cela son prédécesseur Eugène Delacroix, dont un délicieux petit Combat de fauves est également présenté.

Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau (1844-1910) La charmeuse de serpents, 1907, Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Sur des toiles gigantesques – 6m² pour le fabuleux Lion, ayant faim, se jetant sur l’antilope (1898-1905)!, l’artiste nous offre de véritables visions paradisiaques, comme son merveilleux Rêve, et des vues de jungle où les feuillages foisonnants accueillent serpents et petits singes qui s’y cachent sournoisement. Ces merveilleuses fresques végétales raviront les plus jeunes qui s’amuseront à y déceler les détails les plus surprenants. Une magnifique exposition pour mieux connaître ce grand peintre français du début du XXe siècle, et se régaler devant ses jungles monumentales !

Exposition Le Douanier Rousseau au Musée d'Orsay © Musée d'Orsay

« Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque », au Musée d’Orsay, jusqu’au 17 juillet 2016. Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h ; nocturne le jeudi jusqu’à 21h45. Plein tarif : 12 €, tarif réduit : 9 €. Gratuit pour les moins de 26 ans.

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