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Mother Angelica et le cardinal Barbarin

le cardinal Barbarin ©JEFF PACHOUD / AFP
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Comment l’histoire de la sœur télévangélisatrice aide à rester serein lorsque l’Église est attaquée dans l'affaire Barbarin.

Maintenant que le bon Dieu a rappelé à lui sa servante Mother Angelica, il vaut la peine de recevoir la leçon qu’elle laisse. Cette petite religieuse en mauvaise santé, qui n’avait rien du charme et du bagout des télévangélistes ni du savoir-faire des grands patrons, a réussi à marier catholicisme et modernité – ou plus exactement contemporanéité. Pas en s’efforçant de reformuler le message de l’Église en des termes acceptables à l’ère de la sécularisation, pas en proposant un christianisme light, compatible avec le relativisme ambiant. Mais en ne lâchant rien, que ce soit sur le dogme, les mœurs ou la liturgie – en un mot, les contenus et le style –, tout en exploitant les nouvelles techniques de communication comme ce qu’elles sont, à savoir des moyens qui ne sauraient conditionner entièrement ce à quoi ils servent.

Mother Angelica à la portée de tous

Son Eternal World Television Network (EWTN), qui utilise aussi la radio, la presse écrite, internet et les réseaux sociaux, est un phénomène culturel – peut-être pas intellectuellement « en pointe » ni propulsé par la nouveauté et le sensationnel, mais avec une audience qui ne peut que faire des jaloux et déconcerter les esprits obtus qui s’imaginent que l’Église doit, au lieu de puiser dans les ressources de sa Tradition, répondre prioritairement aux attentes des élites gênées par certaines au moins des exigences qu’elle transmet et des pages de son passé. Le fait massif est que le public de Mother Angelica, ce sont les petits, les pauvres, les humbles et les simples – pas les gens soi-disant instruits et en quête de confort plus que de réconfort, qui estiment que la foi était viciée jusqu’à Vatican II, voire que le dernier concile n’est pas allé assez loin.

Est-ce à dire que la nouvelle évangélisation rendue nécessaire par ce qu’est devenue feu la chrétienté en Europe occidentale peut se contenter de parier sur le catholicisme populaire ? Entendons : la foi certes incapable d’apologétique, mais qui a besoin du Salut, des sacrements et des prêtres, de l’intercession de Marie et des saints, sans douter de la réalité de la divinité du Christ, de sa naissance virginale et de sa Résurrection, des miracles, des reliques et des apparitions. Il existe chez nous quantité de gens plus compliqués et à priori méfiants, si ce n’est hostiles. C’est pourquoi la recette de Mother Angelica ne peut avoir qu’un impact limité.

L’anticléricalisme au cœur de la société

Car, dans notre « vieux monde » bien plus qu’au « nouveau » – et sous ce rapport-là, on se flatterait ici d’avoir repris de l’avance –, s’est développé ce que l’on a appelé l’anticléricalisme et qui est en fait un antichristianisme assez férocement dogmatique. C’est la conviction idéologique que la disparition de toutes les religions, à commencer par la plus proche est requise pour que s’établissent la paix et la fraternité dans le monde. Cette christianophobie (bien plus minoritaire que le catholicisme) s’est infiltrée dans la culture et son agressivité fait merveille dans les médias. Elle n’a pas les moyens d’attaquer de front – merci à Régis Debray qui a imposé le constat des « faits religieux » ; merci aussi aux islamistes qui prouvent que la religiosité n’est pas près de s’évaporer de bonne grâce. Mais cette animosité s’exerce à travers un anticléricalisme qui se garde même d’afficher cette identité camouflant sa motivation profonde.

Le cardinal Barbarin pris pour cible

C’est ce que l’on voit actuellement avec les campagnes qui prennent pour cible le cardinal Barbarin. A-t-il enfreint la loi en ne dénonçant pas des prêtres coupables d’actes de pédophilie bien avant qu’il n’arrive et auxquels rien de tel n’a été reproché depuis ? Comme tout de même l’enquête judiciaire commence à peine et comme l’archevêque de Lyon a bien dit qu’il entendait ne rien cacher et se fier à la justice de son pays, il s’avère difficile de le condamner alors qu’il n’est pas acquis qu’il y ait seulement lieu de le poursuivre. Alors on pose des questions, on organise des sondages : ne devrait-il pas démissionner tout de suite ?

On devine bien ce qu’il y a derrière. D’abord, le primat des Gaules était dans le collimateur des « modernes », partisans du « mariage pour tous » face auquel il n’a pas mâché ses mots, et il y a là une occasion de le « punir ». Et puis, faute de s’en prendre aux prêtres pédophiles parce qu’il pourrait y avoir prescription, on peut déjà – et il n’est pas besoin pour ça d’être victime d’un curé indigne – démolir l’institution. Donc on accuse sa hiérarchie de dissimulation systématique, et aussi de favoriser la perversion en imposant le célibat ecclésiastique. Comme si l’on ne savait pas que l’Église est, hélas, loin d’avoir le monopole de la pédophilie : 27 cas sanctionnés en 2015 dans l’Éducation nationale, selon la ministre elle-même (et on ne lui a pas demandé de se démettre, pas plus qu’aux chefs d’établissement ou aux recteurs), tandis qu’il est avéré que c’est au sein des familles que nous découvrons la majorité de ces abus révoltants. Il semble que nous avons oublié l’affaire d’Outreau et les erreurs qui y ont été commises (dont la mise en cause d’un voisin de palier, suspect puisque prêtre, et prêtre-ouvrier n’y changeait rien)…

Le catholicisme populaire qui fait le succès de Mother Angelica et qui existe aussi encore en France est magnifiquement insensible à ces coups bas. Il ne viendrait pas à l’idée des fidèles lyonnais que des insinuations distillées de l’extérieur suffisent à disqualifier leur pasteur. Ils savent ce qu’ils doivent à Philippe Barbarin. Il en faudrait bien plus pour les persuader que ce gars-là est l’héritier d’une succession de lâches hypocrites et qu’il tient sa mission d’autres que Dieu lui-même.

Le combat du catholique

Le combat se livre donc sur la place publique – ou ce qui en tient lieu désormais. L’enjeu, ce sont les hésitants, les indifférents, ceux qui savent ou sentent bien que tout n’est pas mauvais dans l’Église. Et c’est là que les croyants qui ont reçu, en plus de la confiance inhérente à la foi, l’esprit critique qu’elle n’inspire pas moins, ont leur mot à dire s’ils ont quelque capacité d’argumentation. Parce qu’il faut quand même bien savoir – et faire savoir – que le catholicisme, ce n’est pas une crédulité aveugle et béate. Parmi les dons de Dieu, il y a celui de la lumière crue de la vérité qu’il projette sur les faiblesses de ses contempteurs aussi bien que de ses adorateurs. Et ne pas l’occulter, c’est en demeurer humblement dépendant et par là reconnaître ses fautes aussi bien que rester serein face aux calomnies – et les dénoncer pour peu qu’à l’instar de Mother Angelica et donc la grâce aidant, on en découvre un moyen ou un lieu.

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