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Spiritualité

Faut-il être en colère contre les morts ?

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Père Robert McTeigue, SJ - Publié le 11/03/16

L'authentique espérance chrétienne est un remède au faux réconfort et au vrai chagrin.

– Il est mieux là où il est.

– Oui, mais moi je veux qu’il soit ici, avec moi qui ai besoin de lui !

S’il existait un cours intitulé « Les choses à ne pas dire à une personne en deuil », l’expression « Il est mieux là où il est » serait sûrement au programme. On dit parfois à un parent qui a perdu son enfant des choses tellement énormes que je préfère ne pas les mentionner. Je me dis que Dante aurait dû ajouter un chapitre à son Purgatoire pour tous ceux qui voudraient bien faire mais qui font du mal tant ils sont maladroits dans leurs tentatives pour consoler ceux qui pleurent un être cher. Que nous soyons en colère contre ceux qui nous consolent maladroitement n’a rien de surprenant. Et être en colère contre la personne disparue non plus.

Aux obsèques de mon père, j’étais assis à côté de ma mère, confrontée au veuvage après 53 ans de mariage. Elle ne cessait de répéter : « Je n’arrive pas à y croire ». Grâce à Dieu, j’ai eu la présence d’esprit de ne rien dire. Une de mes tantes, veuve elle aussi, s’est alors approchée et lui a dit : « Sue, tu es en colère contre lui ? ». Ma mère a levé la tête en acquiesçant : « Oui, je le suis ! ». « Alors, pourquoi ne pas le lui dire ? », a répondu ma tante.

Lorsque deux cœurs sont intimement imbriqués toute séparation est une violence

Ma mère s’est alors levée prestement et avec une agilité que je ne lui connaissais plus depuis des années et s’est approchée du cercueil pour signifier vertement son mécontentement à mon père : il était mort, et en plus, il avait mal choisi son moment ! Sa colère ne m’a pas étonnée. Lorsque deux cœurs sont intimement imbriqués depuis des années, toute séparation – surtout la mort, fut-elle naturelle comme chez mon père – est une violence, un déchirement de cette symbiose. Il faudrait être dérangé pour ne pas se sentir choqué, indigné et furieux contre ce mort qui nous cause tant de chagrin en mourant.

Personne ne s’étonne qu’une personne endeuillée soit en colère contre Dieu. « Seigneur, comment as-Tu pu prendre le fils, le mari, l’épouse, etc. que j’aimais ? ». C’est une question récurrente pour les philosophes et les théologiens : « Comment un Dieu de bonté peut-Il permettre la mort injuste/précoce de telle ou telle personne ? ».

La mort nous sépare de ceux que nous aimons ; nous les pleurons et nous pleurons aussi sur notre sort. Le cœur brisé et les yeux rougis, nous regardons le temps qui nous reste, nous pensons à tous ces projets que nous avions ensemble et qui nous sont désormais si cruellement inaccessibles. Nous pouvons alors éprouver de la compassion pour nous-même, car nous prenons conscience que la séparation d’avec un être cher nous appauvrit.

Mais comme nous sommes chrétiens, nous pouvons trouver, dans la foi, l’espérance de retrouver un jour ceux qui nous ont précédés dans la mort. Comme le dit saint Paul, l’espoir « ne déçoit point puisque l’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné » (Romains 5, 5).

Peut-être ces mots de saint Ignace de Loyola pourront-ils nous aider dans le deuil et la consolation :

Si nous avions notre patrie et notre paix véritable dans notre séjour ici-bas, ce serait grande perte lorsque les personnes ou les choses qui nous ont donné tant de bonheur sont reprises.
Mais comme nous sommes des pèlerins sur cette Terre, avec notre cité durable dans le Royaume des Cieux ne voyons pas une grande perte quand ceux que nous aimons s’en vont un peu avant nous, car nous les suivrons bientôt là où le Christ notre Seigneur nous attend dans Sa bénédiction.
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