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Le romancier et conteur Michel Tournier n’est plus

© FREDERIC SOULOY / GETTY IMAGES
Michel Tournier
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L’auteur mystique du « Roi des Aulnes » et de « Vendredi ou la vie sauvage » est mort en ermite à 91 ans.

Avec la disparition de l’auteur de Vendredi ou la vie sauvage, un voile de mélancolie vient obscurcir les souvenirs d’enfance de la plupart des petits collégiens que nous fûmes, et cacher à nos yeux derrière un rideau d’écume sombre l’île de Sperenza, où nous avions vécu avec lui, Robinson et Tenn, le chien de Virginie, au fil des pages, il y a des années. Elle nous paraissent un siècle.

Michel Tournier s’est éteint lundi 18 janvier dans l’ancien presbytère de Choisel, au cœur de la vallée de Chevreuse où il avait élu domicile en 1957. Grand prix de l’Académie française en 1967, élu « écrivain de la décennie » par la presse littéraire nationale en 1979, le membre honoraire de l’académie Goncourt est mort près de Paris et loin d’un milieu littéraire qu’il avait fui depuis longtemps.

« Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ?
C’est le père avec son enfant
Il serre le jeune garçon dans ses bras
Il le tient au chaud, il le protège. »

Cette image de cavalcade tirée du poème épique le Roi des Aulnes, de Goethe, cette fuite éperdue devant un destin funeste nourrit l’imaginaire de Tournier et le conduit dans l’écriture de son deuxième roman, Le Roi des Aulnes, paru en 1970, prix Goncourt la même année.

Combien de conversations entre un père et son fils, le roman majeur de Michel Tournier a-t-il suscitées ? Combien a-t-il attisé la curiosité de jeunes élèves, lecteurs noyés dans les brumes d’un ouvrage étrange, mystérieux, humble et magnifique comme son auteur ? Combien les souvenirs s’emmêlent au sujet de ce livre inscrit sur les listes de lecture de 7e ou de CM2 selon que vous êtes né du temps des écoles de filles et de garçons ou du collège mixte. Seules les émotions demeurent : amertume, douleur, passion, de celles qui vous forgent. C’est la marque des grands livres.

Le livre d’un chrétien ?

Abel Tiffauges, le héros, à l’image de l’homme « porte-enfant » gravée en mémoire, elle surgit de ses songes, le domine, le possède. Ce signe, prémonitoire, c’est celui de saint Christophe, le saint patron de son pensionnat, que l’iconographie chrétienne représente avec un enfant sur le dos, l’Enfant Jésus. L’homme qui a inscrit cette histoire dans les manuels de littérature de tous les enfants s’en est allé mais son œuvre lui survivra comme l’ogre Abel sauvera pour toujours le petit Ephraïm.

« Je ne désire que trois choses, assurait Michel Tournier : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’or représente les droits d’auteur, l’encens les bonnes critiques et la myrrhe le passage à la postérité. » Sa vie d’auteur commencée sur le tard (42 ans) a sans doute rendu justice à son talent, peut-être dans la mort sera-t-il amplement comblé des mérites auxquels il aspirait.

Il y a 15 ans, Michel Tournier se voyait dans la tombe surmonté d’un chevalier gisant porté par six enfants, à l’antique. Mystique ? Croyant ? Voyant ? Aimant Lanza del Vasto autant que Gustave Flaubert, le romancier moderne et classique, philosophe et germaniste Michel Tournier était tout cela mais bien plus encore. Parions que cette jeunesse à qui le conteur prolifique a offert tant de beaux livres le portera longtemps contre son cœur, dans ses songes d’îles lointaines et ses rêves d’ogres et de chevaliers.

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