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Profanations en série en Seine-et-Marne ?

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Ce dimanche, trois édifices religieux ont été retrouvés endommagés, mais tous ne montrent pas de marques de dégradations volontaires.

Week-end noir pour le patrimoine religieux. Hier, dimanche 10 janvier, ce ne sont pas moins de trois édifices qui ont été sérieusement endommagés : en premier lieu l’église Saint-Louis de Fontainebleau qui a subi un incendie vraisemblablement d’origine criminelle et a été profanée. Au même moment, à seulement 8 km de là, c’est l’église de Veneux-les-Sablons qui a pris feu, alors que dans la forêt de Fontainebleau, à mi-chemin entre les deux localités, la croix de Guise, un crucifix d’environ 3 m de haut, a été retrouvée renversée.

Rien qu’à Fontainebleau le bilan est désolant : l’autel du XVIe siècle ainsi que le retable du XVe siècle sont carbonisés, une statue de la Vierge datant du XIVe siècle a, elle, disparu. Tout ce mobilier inestimable provenait du château de Fontainebleau et faisait l’objet d’un classement au patrimoine historique. Maxime Cumunel, porte-parole de l’Observatoire du patrimoine religieux estime « à plusieurs dizaines de milliers d’euros » les dégâts relatifs au mobilier et à la disparition de certains objets. « La plupart se trouvaient là depuis plusieurs siècles, c’est très difficile à remplacer, quand bien même on en rachète d’autres, ces objets portent une valeur affective indéniable », regrette-t-il.

Dans l’édifice, les pompiers ont détecté trois foyers à partir desquels le feu s’est propagé : « Un dans le chœur de l’église, un autre près de l’autel et un dernier au niveau d’un second autel », a déclaré M. Velletoux, le maire de la ville, aux journalistes du Figaro. À chacun de ces endroits, « des amas de chaises et de tapis ont été formés », a-t-il précisé, ce qui écarterait de fait la piste accidentelle. D’autant plus que s’ajoutent à ces actes de vandalisme d’autres profanations : le tabernacle a été forcé, les hosties consacrées ont été dispersées sur le sol et le ciboire qui les contenait a été dérobé. Même le petit Jésus qui reposait dans la crèche a disparu…

Le maire de Veneux-les Sablons écarte l’hypothèse de la profanation

Les conclusions sont bien loin d’être aussi évidentes pour l’église de Veneux-les Sablons. La toiture a certes été fortement endommagée, mais aucune profanation n’est pour l’heure à déplorer. Le maire de la commune, Michel Bénard, se félicite « qu’aucun mobilier, ni statue d’aucune sorte, n’ait été endommagé », même s’il reconnaît que son église est bien « plus modeste » que ne l’est celle de Fontainebleau. Le maire se veut prudent en ce qui concerne l’église de son village : il s’agirait « plus d’un accident » et reste prudent quant à un éventuel « lien » avec ce qui est survenu à Saint-Louis de Fontainebleau. L’enquête de la police permettra d’y voir plus clair dans les jours qui viennent.

La croix de Guise abattue par la scie ou par le vent ?

Beaucoup d’internautes se sont par ailleurs émus de la croix de Guise, retrouvée renversée dans la forêt de Fontainebleau, évoquant un abattage en règle.

La réalité apparaît toutefois plus complexe : le maire de Veneux-les-Sablons affirme que le monument était particulièrement abîmé par le temps, et qu’il « était très usé à sa base », souligne-t-il. Certaines photos montrent en effet la croix brisée au pied, sans aucune marque de scie, de tronçonneuse ou de hache tandis que le pied semble en effet usé par le temps et l’humidité. Située sur la route de Bourgogne, la croix de Guise existait depuis 1616 et a déjà été abattue par le vent avant d’être reconstruite en 1736. Rien ne permet donc encore de relier ce dommage avec ceux survenus dans les deux communes voisines.

Reste qu’un cas grave, celui de Fontainebleau, apparait comme une atteinte à l’encontre de l’Église et de son patrimoine et n’a pas fait l’objet d’une levée de boucliers comme certains pourraient s’y attendre : « Victor Hugo disait que la propriété appartient à son propriétaire, mais que la beauté appartient à tout le monde. On détruit une partie de la beauté, ce n’est pas un crime contre l’humanité mais ce devrait être condamné avec la plus grand fermeté », observe Maxime Cumunel.

Dans la journée de dimanche, un communiqué ministériel a été diffusé sans que celui-ci ne mentionne jamais le mot « profanation ». « Il est vrai que quand cela concerne un culte dit minoritaire, les officiels sont toujours plus prompts à répondre », estime le porte-parole de l’Observatoire du patrimoine religieux. Le ministre de l’Intérieur est attendu toutefois dans la soirée de lundi sur place, mais Maxime Culmunel redoute que ce déplacement ne soit suivi d’aucun geste fort : « L’année dernière, il y a eu une série de profanations de cimetières chrétiens, mais rien ne s’est décidé par la suite en dépit des questions au gouvernement posées à l’Assemblée ».

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