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Le tableau mystère, épisode 4. Saurez-vous reconnaître son sujet ?

Nicolas Bertin (1690 – 1710), Suzanne et les vieillards, 1699, huile sur panneau, 39 × 33 cm, © Rijksmuseum, Amsterdam

© Rijksmuseum, Amsterdam

Nicolas Bertin (1690 – 1710), Suzanne et les vieillards, 1699, huile sur panneau, 39 × 33 cm,

Marie Fournier - publié le 12/12/15

Aleteia continue de tester vos connaissances iconographiques. Pouvez-vous identifier la scène représentée ? À quelle époque le tableau a-t-il été peint ?

Après la découverte de différentes représentations de la Résurrection de Lazare la semaine dernière, nous changeons totalement de registre avec l’étude de ce tableau qui met en exergue la détresse d’une jeune femme fort dénudée aux mains de vieillards entreprenants. Or, qui est cette femme effarouchée ?

Vers plus d’intimité dans la peinture religieuse

Dès le XVIIIe siècle, ce tableau est situé dans une collection privée à La Haye avec son pendant Joseph et la femme de Putiphar (les deux tableaux sont aujourd’hui conservés au Rijksmuseum d’Amsterdam). Ils sont la création d’un peintre français, membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture à partir de 1703, nommé Nicolas Bertin (1667-1736). Ce sont des œuvres de jeunesse datables de 1699[1] en raison de leur petit format, sans véritable profondeur, et des figures peu nombreuses qui ne sont pas sans rappeler encore l’influence du maître de l’artiste, Bon Boullogne (1649-1717). L’intérêt de Bertin pour l’effet théâtral est visible à travers la posture de la figure féminine, dont l’expression du visage –implorante – est très accentuée, et des attitudes en mouvement des autres figures. Nicolas Bertin a le soucis d’adapter sa production au goût de l’époque, notamment la peinture religieuse pour laquelle il fait usage de plus petits formats, destinés aux cabinets d’amateurs pour un usage plus personnel et intime.

La chasteté aux mains de la perversité

Sur un petit panneau de bois, Nicolas Bertin représente une scène illustrant la concupiscence. Au centre, une jeune femme dénudée sort tout juste de son bain, son pied est encore posé au bord d’un bassin. Derrière elle, une fontaine conforte le thème de la baignade et « bouche » en partie l’horizon. En effet, le cadre resserré sur les figures et la végétation épaisse et profuse donnent au spectateur le sentiment que la scène se déroule dans un espace clôt. Au sein de ce jardin fermé, la jeune femme est comme emprisonnée, prise aux pièges par les deux hommes qui l’entourent pressement. Leur vieillesse s’oppose à la jeunesse de la figure féminine, de même que leurs regards insistants et lubriques diffèrent de l’élan de dévotion et de la chasteté apparente de leur victime.

Une scène de l’Ancien Testament

Le livre de Daniel au chapitre 23 raconte la malencontreuse histoire de Suzanne, femme « d’une grande beauté et craignant Dieu » et épouse de Joaquim. À Babylone, deux vieillards faisant office de juges auprès des juifs fréquentaient la maison de ce dernier. Or, sa femme Suzanne, qui se rendait chaque jour au bain dans leur jardin, devint l’objet du désir des deux vieillards qui l’épiaient. Un jour, la jeune femme envoya ses deux servantes chercher de l’huile et des onguents. Les deux hommes âgés en profitèrent, sortirent de leur cachette et se ruèrent sur elle : « Vois, les portes du jardin sont fermées, personne ne nous aperçoit, et nous brûlons d’amour pour toi; consens donc à notre désir et sois à nous. Sinon, nous nous porterons témoins contre toi, et nous dirons qu’un jeune homme était avec toi, et que c’est pour cela que tu as renvoyé les jeunes filles ». Suzanne effarouchée refusa : « Il vaut mieux pour moi tomber entre vos mains sans avoir fait le mal que de pécher en présence du Seigneur » et les vieillards l’accusèrent. C’est alors que Dieu « éveilla l’esprit sain » du jeune prophète Daniel qui prit la défense de l’infortunée Suzanne. Pour prouver son innocence, il confondit les deux hommes en les faisant témoigner séparément. La jeune femme fut innocentée, les vieillards exécutés et « Daniel devint grand devant le peuple, à partir de ce jour et dans la suite des temps ».

La vertu opposée au vice

Suzanne dont le nom signifie « fille des lys » est symbole de beauté et de pureté. Elle oppose sa chasteté et l’innocence de sa nudité à l’impudicité et la concupiscence des deux vieillards. Le peintre a choisi de réaliser ce tableau en pendant d’une représentation de Joseph et la femme de Putiphar, car les deux sujets montrent l’opposition de la vertu au vice. Le récit biblique témoigne aussi de la clairvoyance du prophète Daniel, juif déporté pendant l’Exil à la cour des souverains de Babylone, et critique ceux-là même qui étaient élevés en juges, les vieillards dont la sagesse a failli.

Suzanne et les vieillards est un sujet qui connut un grand succès iconographique : le caractère religieux de la scène pouvant aussi être un prétexte artistique à la représentation d’une femme dénudée. Il peut être illustré selon deux variantes : soit les vieillards sont en train d’épier Suzanne, comme c’est le cas dans le tableau de Van Hanselaere, ou bien comme ici, ils sont déjà sortis de leur cachette et profitant de l’absence des servantes, surprennent la jeune femme. La réaction de Suzanne est alors de cacher sa nudité, notamment dans les œuvres de Jordaens, Clerck ou Chassériau, où elle essaye de tirer les drapés vers elle afin de se dissimuler aux regards des vieillards (et du spectateur confiné au voyeurisme). Il ne faut pas confondre cette iconographie avec d’autres sujets bibliques mettant en scène des jeunes femmes dénudées se baignant, tel Bethsabée au bain ou la toilette d’Esther, ou encore avec des scènes mythologiques figurant la toilette de Vénus.

[1] Selon le spécialiste de l’artiste Thierry Lefrançois, dans son ouvrage consacré à Nicolas Bertin, 1981, p.102

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