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De Mossoul à Sarcelles, le long chemin vers la délivrance d’une famille irakienne

© AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Displaced Iraqis from the Yazidi community cross the Iraqi-Syrian border along the Fishkhabur bridge over the Tigris River at the Fishkhabur crossing, in northern Iraq, on August 11, 2014. At least 20,000 civilians, most of whom are from the Yazidi community, who had been besieged by jihadists on a mountain in northern Iraq have safely escaped to Syria and been escorted by Kurdish forces back into Iraq, officials said. The breakthrough coincided with US air raids on Islamic State fighters in the Sinjar area of northwestern Iraq on August 9, and Kurdish forces from Iraq, Syria and Turkey working together to break the siege of Mount Sinjar and rescue the displaced. AFP PHOTO/AHMAD AL-RUBAYE

Sylvain Dorient - Publié le 09/10/15

Aleteia a rencontré des réfugiés chrétiens irakiens fuyant l’État islamique et parvenue à s'installer en France.

Les pluies de cette fin de septembre maussade ne douchent pas leur enthousiasme. Arrivés il y a un mois à Sarcelles (Val-d’Oise), Salar Mikhaeel, 38 ans, Feryal Dankha, son épouse de 29 ans, et leurs deux filles, insistent avant tout pour exprimer leur gratitude envers ceux qui leur ont permis de se réfugier en France : « Le comité de soutien aux chrétiens d’Irak, la paroisse Saint-Thomas, François Pupponi, le maire de Sarcelles… Chacun d’entre eux à fait ce qu’il a pu pour nous sortir d’Irak ».

Pas de retour envisageable à court terme

Ce sont des Irakiens chaldéens, et ils parlent entre eux l’une des variantes de l’araméen, la langue même que parlait Jésus. Ils connaissent aussi l’arabe. Désormais, il leur faut apprendre le français. « Pour nos filles qui ont 2 ans et demi et 9 mois, cela sera facile ! Pour nous, il va falloir nous y mettre… » Salar Mikhaeel travaillait dans la marbrerie à Mossoul, il cherche à présent un poste en France dans le bâtiment, et n’imagine pas de retour en Irak. « Nous avons été bien accueillis par le gouvernement français, assure-t-il. Ici, nous sommes bien. » Lorsque nous demandons s’il n’est pas trop dur d’atterrir dans un pays aussi différents de l’Irak que la France, de se séparer d’une partie de sa famille, de débarquer dans la grande banlieue parisienne, il coupe court : « Ici, nous sommes en paix ».

Mossoul sous Saddam

Ils ont connu la paix en Irak, avant 2003, sous Saddam Hussein. Non pas que la vie y ait été rose, mais il n’y avait pas de différence visible entre chrétiens et musulmans. « Les opposants politiques avaient des problèmes, résume-t-il sobrement, mais nous vivions en paix avec nos voisins, nous avions des amis de toutes les communautés. » Tout se complique avec l’intervention américaine qui amène son cortège d’attentats, de tensions, puis les lettres de menaces, adressées directement aux membres des familles chrétiennes. Salar et Feryal, qui n’étaient pas encore mariés à cette époque, prennent tous les deux la décision de quitter Mossoul pour se rendre dans la petite ville de Qaraqosh, située à 32 km de Mossoul et à large majorité chrétienne.

« Nous te défendrons »

Salar a pris la décision de déménager en 2005, plusieurs de ses voisins lui disaient : « Ne pars pas, nous te protègerons », mais les menaces sur sa famille le décident. Jusqu’en 2014, Feryal et lui et vivent à Qaraqosh, à large majorité chrétienne, où ils se marient et achètent une maison. Salar continue à se rendre à Mossoul tous les jours pour travailler. Il n’a aucun problème avec ses collègues musulmans jusqu’à l’arrivée de l’État islamique (Daesh).

Il explique : « Sous Daesh, il ne peut plus y avoir de minorité. Ils ne veulent rien d’autre que des musulmans qui acceptent leur idéologie fanatique. Peut-être que des voisins auraient voulu me protéger, mais d’autres m’auraient dénoncé ». Tous les habitants de Qaraqosh suivent avec angoisse l’émergence éclair de Daesh. Ils sont avertis de la prise de Mossoul par des amis restés sur place, puis on leur téléphone à 2 h du matin pour leur dire que la ville de Qaraqosh est devenue la nouvelle cible des djihadistes.

Comme le dernier jour sur Terre

Il s’ensuit des scènes apocalyptiques. Les 50 000 habitants de la ville fuient en pleine nuit, pour se rendre à Erbil, dans le Kurdistan irakien. Le plein des voitures était fait, au cas où, et les véhicules partent tous en même temps, créant des embouteillages monstrueux. Les époux se souviennent : « C’était un désordre indescriptible, les voitures étaient surchargées, les enfants pleuraient… En temps normal, il faut une heure pour faire ce trajet, il nous en a fallu neuf ! ».

« Nous avons quitté notre civilisation »

À partir de là chacun a tenté de rejoindre un pays sûr. Les deux époux ont des frères et sœurs en Amérique, en Allemagne, en Finlande… Ils viennent tous les deux de familles nombreuses et soudées, dispersées par la guerre, et sont conscients que leurs traditions millénaires sont menacées par cet exode. Mais il n’y avait pas d’autre solution, assurent-ils. Les djihadistes prétendent parfois protéger les chrétiens, mais c’est une parole qui n’a pas de valeur, ils sont à la merci de la moindre saute d’humeur des nouveaux maîtres de l’Irak.

« Les Occidentaux ne comprennent pas les islamistes. Pour ces extrémistes, la vie des mécréants n’a aucune valeur. On peut faire d’eux ce que l’on veut ! Ceux qui prétendent nous garder sous leur protection, avec un statut de dhimmi, peuvent bien nous faire toutes les promesses du monde, le moindre imam peut les faire changer d’avis en leur expliquant qu’un serment envers un mécréant peut être rompu. »Mais grâce à Dieu, nous sommes en France maintenant ! »

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