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Refutatio. Daesh : Non, l’Église n’est pas passive

© Tony Rezk
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Droit de réponse à la provocation de Jean-Sébastien Hongre intitulée "Daech : l'insoutenable passivité de l’Église".

Une tribune provocante, grinçante, parfois cruelle de Jean-Sébastien Hongre intitulée « Daech : l’insoutenable passivité de l’Église« , publiée sur Causeur.fr, déstabilise les chrétiens qui constatent amers, l’impuissance de l’Église à neutraliser le mal qui décime ses enfants. La colère est légitime face au drame terrible que vivent les chrétiens d’Orient comme le cri du désespoir face à l’inaction de l’Occident. La situation est angoissante mais cette tribune dresse un acte d’accusation injuste pour l’Église catholique.

Par Théophane Le Méné, Jean-Baptiste Noé, Patrice de Plunkett, Guillaume de Prémare et Jean-Marie Salamito

« Face aux persécutions, l’Église ne fait rien (…) tétanisée. Le Pape enjoint ses fidèles à prier. (…) Où est la rage de sauver les siens ? », déplore l’auteur de la lettre.

De quelle rage le Pape devrait il écumer ? Celle de l’empereur mesurant le terrain perdu par ses légions ? Celle du stratège mis en échec par une armée plus habile ? L’auteur reproche à l’Église catholique de ne pas être un pouvoir politico-militaire qui enverrait ses « divisions » combattre Daesh. Il lui reproche aussi sa confiance dans la prière, ce qui revient à reprocher à une religion d’être religieuse. Deux réalités amalgamées comme s’il s’agissait d’une seule et même problématique.

Les États disposent de moyens dont ne dispose pas l’Église, et les États occidentaux ne sont pas le « bras armé » de l’Église catholique, loin s’en faut. Ce que l’on a appelé la Chrétienté – comme espace historiquement et géographiquement identifiable de nations portant une civilisation chrétienne – n’existe plus. L’Église n’est plus en mesure de demander à des princes chrétiens de lever une armée.

Le Saint-Siège ne dispose pas d’effectifs militaires pour intervenir sur le terrain. Son action est uniquement diplomatique et se limite à la bonne volonté des autres États. On peut le regretter mais l’Église n’a pas vocation à se substituer aux pouvoirs temporels au risque de renoncer à sa mission universelle qui est la condition même de son existence.

La réciprocité fonde les relations entre les États et la loi du talion en est le prix. Le don et l’abandon constituent le fondement du christianisme. L’Église se place donc dans un registre fondamentalement différent. Je puis essayer d’être humble, de m’abaisser, mais je n’ai pas le droit moral d’exiger de mon frère qu’il s’abaisse. Je puis accepter chrétiennement ma souffrance individuelle, mais je dois lutter contre la souffrance de mes frères, parce que cette lutte sera une expression et un témoignage de l’amour divin. En revanche, pour soutenir le frère qui souffre, les armes du chrétiens sont essentiellement spirituelles : la foi, la prière, l’espérance.

« La neutralité politique et l’injonction humanitaire auraient jusqu’à présent tenu lieu de posture à l’Église », croit savoir Jean-Sébastien Hongre, est-ce vrai ?

Ceux qui ne croient pas au Christ voudraient que l’Église prêche la guerre sainte ? À nous, catholiques croyants de leur expliquer ce qu’est vraiment l’Église. Face à l’inquiétante montée en puissance de Daesh, nous devons regretter la passivité des États mais saluer la prudence du Vatican qui, se gardant bien de faire des déclarations péremptoires, a sans doute évité des carnages supplémentaires.

Le Conseil pour le dialogue interreligieux, présidé par le cardinal Jean-Louis Tauran, a publié une déclaration très vive, en août 2014, demandant aux chefs religieux musulmans de sortir de l’ambigüité en condamnant les exactions commises par les islamistes.

Le pape François s’est opposé à l’intervention militaire programmée en septembre 2013, téléphonant même directement au président russe Vladimir Poutine. Dans l’avion qui le ramenait de son voyage pastoral en Corée, le Pape s’est exprimé publiquement en faveur d’une intervention juste contre « une agression injuste ». Sur ce dossier, le Saint-Siège défend une vision multipolaire, ce qui le rapproche de la vision de la Russie ou de l’Iran.

Enfin, le Saint-Siège a appelé, par la voix de son observateur à l’ONU, Mgr Tomasi, à la constitution d’une coalition incluant des États musulmans, pour ne pas perpétuer l’assimilation du christianisme à l’Occident avec ses conséquences gravissime pour nos frères d’Orient perçus à tort comme des « agents de l’étranger ». Mais le Saint-Siège n’a pas été entendu.

Une coalition mondiale pourrait probablement vaincre l’État islamique, sans doute. Mais les minorités religieuses du Moyen-Orient demeurent les otages d’intérêts contradictoires, victimes de la complexité de la situation géopolitique régionale. Victimes de la Turquie et des États du Golfe, de la rébellion kurde et des États wahhabites, de l’Otan et de la Syrie, de l’Iran et de la Russie.

L’Église peut-elle peser à ce point sur la géopolitique mondiale ? Malheureusement non. Peut-elle offrir son aide aux populations souffrantes ? Heureusement oui. Et l’auteur de la tribune ne peut reprocher à l’Église de ne pas faire des choses dont il ignore qu’elle les fait déjà.

Benoît XVI, en voyage au Liban en 2012, parlait du « miel amer de l’émigration ». L’Église lance un appel perpétuel aux populations à rester dans leur pays d’origine, pour y perpétuer héroïquement la présence chrétienne et assurer la reconstruction des pays. Un appel relayé par les patriarches locaux. Grâce à son réseau d’aide humanitaire et aux relais des Caritas, l’Église intervient directement dans la création de camps de réfugiés, d’hôpitaux, d’écoles. Les initiatives personnelles de catholiques sont innombrables pour aider les civils à survivre chez eux.

« L’Église ne se révoltera pas. Elle est à bout de souffle tandis qu’une énergie conquérante anime sa concurrente, plus jeune de six cents ans. » L’Église serait-elle sur le point de disparaître ?

Lu entre les lignes le texte de Jean-Sébastien Hongre laisse transparaître envers le christianisme une incompréhension et une aversion. Si l’auteur ne critique pas tel ou tel comportement dans l’Église, mais tire à boulets rouge contre l’Église en soi, c’est parce qu’il ne la comprend pas.

Partage-t-il le point de vue de l’écrivain néo-païen qui se suicida dans Notre-Dame de Paris pour montrer son mépris d’un christianisme censé avoir « pollué l’Occident depuis deux mille ans » ? C’est possible, voire probable.

Parle-t-il de l’Église catholique en « athée pieux », selon l’expression de Mgr Daucourt, estimant que le catholicisme devrait être l’islam de l’Occident ? Un croyant n’a pas le droit de tomber dans cette erreur. L’Église catholique n’est pas le temple de l’Occident : elle est le vecteur mondial de l’évangélisation. Agir comme le Christ est son devoir et sa seule raison d’être.

Le christianisme, toutes confessions confondues, est la première religion mondiale, celle qui progresse le plus dans le monde entier, celle qui restera encore longtemps la première religion mondiale : son dynamisme ne peut échapper qu’à l’ignorance et à la myopie intellectuelle.

L’islamisme obscurantiste et sanguinaire est exactement le contraire d’une renaissance de l’islam : il est le sursaut pathologique de gens que la modernité et la sécularisation menacent. Le centre de gravité de l’islam a quitté le monde arabe pour l’Asie. Le plus grand pays musulman du monde est l’Indonésie, et – signe de sécularisation relevé par Emmanuel Todd – le nombre de naissances y diminue.

« Pétrie de bons sentiments, l’Europe se sacrifie et l’Église prie, comment pourrait-il en être autrement quand on a perdu sa fierté ? »

« Ma fierté c’est la croix », disait saint Paul aux Galates. Dès lors, comment nous attendre à recevoir un meilleur sort que celui d’un maître qui fut mis à mort ? « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. »

Théophane Le Méné est consultant, journaliste et éditorialiste à Causeur, Valeurs Actuelles, Le Figaro.

Jean-Baptiste Noé est historien, blogueur, auteur de Pie XII face aux nazis (Le Laurier, 2011) et de Géopolitique du Vatican (PUF, 2015) et collabore à la revue Conflits.

Patrice de Plunkett est journaliste, blogueur, auteur de Cathos, écolos : mêmes combats ? Les catholiques face aux enjeux de l’écologie (Les Altercathos, 2015) et Face à l’idole Argent – la révolution du pape François (à paraître chez DDB en novembre 2015)

Guillaume de Prémare est Délégué général d’Ichtus et l’auteur de Résistance au meilleur des mondes (Pierre-Guillaume de Roux, 2015).

Jean-Marie Salamito est historien, professeur d’histoire du christianisme antique à l’université Paris-Sorbonne, auteur de plusieurs ouvrages sur l’Église primitive.

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