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La Démocratie-chrétienne a-t-elle encore un avenir ?

Paul Malo / Aleteia

sen commun

Charles Vaugirard - Cahiers Libres - Publié le 14/07/14

Et si la Démocratie-chrétienne n’était qu’une belle idée appartenant au passé ? La question est délicate et elle nous questionne sur le mode d’action des chrétiens en politique.

La Démocratie-chrétienne n’est pas la seule famille concernée : le Gaullisme est aussi touché, et dans son cas, la question se pose depuis la mort du Général. Il est difficile d’envisager l’avenir de la Démocratie-chrétienne, tout au moins en France. Dans d’autres Etats elle existe, elle est même au pouvoir. Mais ces autres mouvements démocrates-chrétiens ont une autre histoire et leurs pays connaissent des contextes sociologiques différents.

Actuellement, un seul parti se revendique de la Démocratie-chrétienne : le Parti chrétien-démocrate, fondé par Christine Boutin. Il s’agit d’un parti pesant très peu, avec une visibilité moyenne.
La Démocratie-chrétienne a pourtant beaucoup d’héritiers à travers les mouvements qui se sont formés sur les ruines du MRP. Les centristes du Centre des démocrates sociaux, puis de Force démocrate, de l’UDF, du Modem et de l’UDI sont pour beaucoup des «post-démocrates-chrétiens» qui ont gardé l’essentiel du MRP. L’Europe, la décentralisation, l’action sociale sans l’étatisme sont des idées que nous retrouvons chez des hommes comme François Bayrou, Robert Rochefort, Sylvie Goulard, Nicole Fontaine ou Jean-Christophe Fromentin. Certains d’entre eux sont clairement dans la suite de la Démocratie-chrétienne sauf qu’ils souhaitent laïciser leur démarche en supprimant la référence chrétienne. François Bayrou, pourtant catholique pratiquant et engagé, est de ceux là. Faut-il le regretter ? Non, parce que le contexte a changé.

La France connaît malheureusement une période de déchristianisation, et donner une étiquette confessionnelle à un parti revient à prendre le risque que seuls des catholiques pratiquants ne votent pour lui… ce qui n’est même pas garanti, loin de là. La Démocratie-chrétienne ne peut donc plus exister en tant qu’étiquette. Mais cela signifie-t-il qu’elle est morte et enterrée ? Non, parce qu’elle garde sa pertinence.

Le message démocrate-chrétien est plus que jamais d’actualité. Notre époque est de plus en plus celle de la «post-démocratie» où les décisions sont prises loin des peuples, dans un contexte de mondialisation. Se revendiquer démocrate n’est pas un anachronisme : nous avons besoin d’une démocratie revitalisée.

Et pas n’importe quelle démocratie, pas un démocratisme où tout serait possible si 50% + 1 des Français est d’accord. Notre démocratie a besoin de repères, et ces repères sont des principes humanistes solides, stables. La Démocratie-chrétienne conçoit la démocratie reposant sur un socle de valeurs issues de la foi chrétienne, d’où son nom.
Mais comment donner des principes chrétiens à notre démocratie ? Cela peut sembler impossible dans un contexte aussi déchristianisé et dans un Etat laïc.

La mission est difficile mais pas impossible car ces principes peuvent être reconnus par tous. La Démocratie-chrétienne ne repose pas sur une religion d’état ni sur un Etat confessionnel. La Démocratie-chrétienne est avant tout une adhésion populaire à des principes faisant appel à notre bon sens, le sens commun. Ainsi, le personnalisme, pilier de la pensée démocrate-chrétienne, est parfaitement aconfessionnel et des non-chrétiens ont été parmi ses promoteurs.

L’avenir de la Démocratie-chrétienne dans une société déchristianisée passera donc par une promotion de ses principes en renonçant à son étiquette confessionnelle. Du moins, en ce qui concerne l’action purement politique.

Aujourd’hui, la Démocratie-chrétienne a des héritiers, qu’ils soient à l’UDI, à l’UMP ou au PCD. Mais il y a aussi des mouvements organisés par des chrétiens, qui reprennent le flambeau de la Démocratie-chrétienne. Ces mouvements ne sont pas démocrates-chrétiens mais il y a parmi eux certaines personnes qui sont issues de cette famille. Nous pouvons citer Sens commun qui oeuvre au sein de l’UMP et qui rassemble notamment des gens de la Manif pour tous. Sens commun entend mettre en oeuvre une action politique au sein des partis dans le but d’un renouvellement idéologique. Il n’est pas un parti à proprement parler et donc cette méthode d’action est originale.

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