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Mai 1945 : un crime de guerre oublié

Vent d’Est de Robert Enrico

© France Télévision

Philippe Oswald - publié le 30/05/14

La tragédie des prisonniers soviétiques livrés à Staline, certains avec leurs familles, par les Alliés dont la France, refait surface. Elle n’a jamais suscité de repentance.

30/05/2014

(Légende : l’affiche du film Vent d’Est de Robert Enrico – à droite).

C’est un de ces crimes de guerre que les vainqueurs ont  évidemment plus de facilité à masquer que les vaincus. Or celui-ci met en cause les Alliés, dont la France tout juste libérée. Il vient de resurgir grâce à une interview de l’écrivain et historien Manuel Gomez publié par le site Boulevard Voltaire.

Parmi les trois millions de prisonniers de guerre russes (ou plutôt originaires de nombreuses nationalités de l’URSS) « retournés » ou  incorporés de force par les Allemands après leur capture, la France en détenait sur son sol à la Libération 102.481. Ils avaient pour la plupart combattu sous l’uniforme allemand. Fin mai 1945, ils furent livrés à Staline qui les fit tous exécuter…comme les autres.

C’est en effet le 29 juin 1945 que le général de Gaulle, qui avait été exclu des accords de Yalta, signa un accord séparé avec Staline qui stipulait la livraison de tous les Russes détenus en France. Circonstance aggravante, les tortionnaires russes eurent le champ libre sur le territoire français, rapporte Manuel Gomez :  « Aussitôt, le général Dragoun et des officiers du NKVD débarquent à Paris. Tous les Russes prisonniers sont dirigés vers un camp de regroupement plus important, le camp de Beauregard situé à La Celle-Saint-Cloud, où ils se trouvent sous le contrôle du NKVD. Il y règne un régime de terreur et de tortures que la police et la gendarmerie françaises sont tenues d’ignorer sur ordre supérieur de leur hiérarchie. Ces plus de 100.000 internés sont transportés vers Odessa, via Marseille. Ceux qui se révoltent sont abattus sur place. Le ministre de l’Intérieur, Édouard Depreux (SFIO), et celui des Affaires étrangères, Georges Bidault (MRP), ont énergiquement protesté, en 1946, auprès des Russes contre ces assassinats sur le sol français mais ils ont dû s’incliner sur ordre du vice-président du Conseil, Maurice Thorez ».

Ces malheureux faisaient primitivement partie de l’énorme masse de trois millions de soldats et d’habitants capturés sur le sol soviétique par l’armée allemande lors de son offensive  de 1941-1942. « Il ne s’agissait pas uniquement de Russes, explique Manuel Gomez, mais également de Cosaques, Caucasiens, Baltes et Ukrainiens, notamment les dizaines de milliers qui avaient émigré afin de trouver des conditions de vie meilleures que dans leur pays. Nombreux avaient été enrôlés dans la Wehrmacht, surtout ceux qui étaient contre le régime communiste instauré par la révolution d’Octobre. Ils s’étaient regroupés dans l’armée Vlassov afin de poursuivre la lutte. »

L’armée Vlassov, c’est celle de ce jeune général soviétique qui s’était couvert de gloire dans l’Armée rouge avant d’être capturé avec ses soldats par les Allemands devant Léningrad.  La plupart s’engagèrent ensuite dans la Wehrmacht – par antisoviétisme (Vlassov s’estimait trahi par Staline) et sachant que, de toute façon, les soldats soviétiques faits prisonniers étaient traités -eux et leur famille- comme des traîtres par Moscou, autant dire promis à la mort.  Cette armée Vlassov n’a certes pas laissé que de bons souvenirs dans les territoires où elle a combattu, notamment en France. Mais ces soldats n’étaient pas tous des criminels de guerre, loin de là, et ils se battaient pour leur survie, la leur et celle de leurs familles. En outre, c’étaient d’abord des déportés comme des millions d’autres captifs des nazis dans l’Europe conquise. Enfin,  il est bien établi qu’en raison de l’horreur et de la terreur quotidienne de la vie en URSS, la plupart des régions envahies par l’armée allemande se crurent d’abord libérées avant d’être détrompées par la façon dont les nazis traitaient les slaves : en esclaves.

Alexandre Soljenitsyne a raconté la tragédie de l’armée Vlassov dans le troisième tome de L’Archipel du Goulag dans lequel ces soldats et leurs familles trouvent leur place aux côtés des quelque soixante millions de victimes du régime soviétique. Cela lui valut une campagne de calomnie orchestrée par Moscou mais à laquelle nombre de journalistes et de media français, hélas, prirent part, selon un pli remontant précisément à la Libération en raison de la puissance du Parti communiste français à cette époque et de l’aura dont bénéficiait encore l’URSS chez une certaine intelligentsia française dans les année soixante-dix (« L’Archipel du Goulag » a été publié en 1974).

Si les Alliés – les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France – se rendirent complices de ce crime de Staline, un minuscule état européen sauva l’honneur : le Lichtenstein, qui refusa crânement de livrer les Russes et leurs familles qui avaient trouvé refuge dans ses montagnes. Ceux d’entre eux qui choisirent de rentrer parce qu’ils avaient cru aux promesses d’amnistie furent, pour les plus chanceux, assassinés avec leurs familles, femmes et enfants, dès leur arrivée sur le sol soviétique, ou bien destinés à une terrible agonie dans un « goulag » sibérien. C’est l’épisode que raconte le film poignant de Robert Enrico : Vent d’Est. Quant à Vlassov et ses généraux, livrés aux Russes par les Américains au côté desquels ils avaient pourtant combattus in fine pour délivrer Prague, ils furent torturés dans les locaux de la sinistre Loubianka, à Moscou, jugés à huis-clos et condamnés à la pendaison le 1er août 1946.

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