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Soudan du Sud : les atrocités continuent, les institutions s’alarment

© STRINGER / AFP

Mathilde Dehestru - Publié le 16/04/14

Après son indépendance en 2011, le pays est encore loin de trouver un climat de paix.

16/04/2014

C’est la plus jeune nation d’Afrique, indépendante depuis juillet 2011. Le Soudan du Sud a surmonté multiples épreuves pour accéder à son indépendance. Mais désormais, bien qu’une étape est franchie, le tout jeune pays peine à trouver un équilibre et un climat de paix. La situation s’aggrave depuis le début de conflit en décembre 2013, entre les partisans du président Salva Kiir et ceux de l’ancien vice-président Riek Machar, durant lequel, en quelques mois seulement, 900 000 personnes ont du fuir leur habitation à cause des violences qui sévissent dans le pays.

Une situation dramatique qui a engendré de terribles conséquences au sein du pays. Les populations vivent dans la peur et le deuil et subissent les confrontations politiques au sein même de leurs villages. Les besoins humanitaires sont évalués à 1,27 milliards de dollars, comme l’explique Toby Lanzer, chef des opérations humanitaires de l’ONU au Soudan du Sud : « Le conflit, qui a débuté le 15 décembre 2013, a eu des conséquences humanitaires dévastatrices : les vies de millions de millions de citoyens ont été détruites, près de 900 000 personnes ont quitté leur domicile et des milliers d’autres ont été touchées ou blessées par les combats. Nous voulons venir en aide à 3,2 millions de personnes dans les régions du pays les plus affectées par la violence. C’est un coût immense pour la communauté internationale ».

Le bilan des quatre mois de conflit au Soudan du Sud a des allures de bilan macabre. Le nombre de morts n’est pas connu avec certitude, mais les listes de victimes des massacres perpétrés dans le pays ne cessent d’augmenter. Les innombrables victimes viennent des deux camps qui s’affrontent : les Dinka, qui, schématiquement, représentent le groupe ethnique du président Salva Kiir, et les Nuer, qui soutiennent Riek Machar, son rival en politique.

Les responsables religieux tirent également la sonnette d’alarme et invitent les parties au conflit à respecter l’accord de cessez-le-feu qu’ils avaient signé le 23 janvier dernier à Addis Abeba. Alors que les combats ont provoqué une crise sans précédent au sein du pays, c’est un appel à l’aide, à l’espoir et à l’amour sur fond de souffrance, que les responsables chrétiens envoient. Ils demandent non seulement la fin des hostilités mais également l’aide des organisations internationales : «  Le peuple a voté pour vivre en paix et en communion d’amour avec tous, comme frères et sœurs du peuple de Dieu » ont-ils expliqué.

Malgré une importante mobilisation des organisations face à l’ampleur du désastre, l’organisation non gouvernementale Médecins sans frontières a cependant fait part de son inquiétude dans un communiqué le 9 avril dernier. L’organisation déplore la situation des populations, notamment dans le camp de Tomping à Djouba, la capitale du jeune pays. Elle dénonce également l’  « indifférence » potentiellement « fatale » de la direction des Nations unies au Soudan du Sud. Lors d’une interview au Monde le 10 avril dernier, Carolina Lopez, coordinatrice d’urgence de MSF à Djouba a déploré la situation : « Il y a actuellement 21 000 personnes dans le camp de déplacés de l’ONU de Tomping. Elles ont fui les combats et vivent dans des conditions inacceptables. Elles sont établies sur un site inondable, dans une promiscuité dramatique, exposées aux maladies. Depuis plusieurs mois, nous demandons à la Minuss de prendre des mesures afin que l’on puisse déplacer ces personnes vers des zones qui ne soient pas inondables. Mais ces nombreuses réunions n’ont eu aucun effet. Les équipes de MSF vivent au jour le jour dans ce camp auprès des déplacés. Nous sommes donc également responsables de leur sort. Ne pas dénoncer cette situation reviendrait à s’en rendre complice ».

Une atmosphère de crainte s’est alors mêlée à la colère des populations depuis quelques semaines. Deng Garang Deng,  chef de la zone de Malore, peine à ne pas perdre espoir en déclarant récemment : « Nous ne pouvons pas avoir de réconciliation avec Riek Machar car ils ont tué notre peuple, massacré nos femmes et nos vieillards. Donc c’est impossible de se réconcilier ». Les paysages désertiques, conséquences de la crainte qui embaume le pays, ne sont alors que le reflet de la nouvelle nation qu’est le Soudan du Sud, un jeune pays qui a encore beaucoup de chemin à faire…

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Afriqueguerresoudan du sud
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