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Rwanda : 20 ans après le génocide, des blessures encore béantes

STEVE TERRILL

Philippe Oswald - Publié le 31/03/14

Expliquer l’impensable ?
Mais l’instruction des dossiers et les condamnations prononcées, si elles mettent en lumière cette terrible réalité de la faillite des élites, n’en donnent pas pour autant une explication satisfaisante. Pourra-t-on d’ailleurs jamais donner une explication rationnelle à l’absurdité d’une frénésie sanguinaire ?
L’histoire, néanmoins, donne des pistes. Le rôle joué par le colonisateur blanc qui avait d’abord jeté son dévolu sur les Tutsis, tenus pour une « race supérieure » au XIXe siècle et durant les trois quarts du XXe siècle, avant d’opérer un rééquilibrage brutal en faveur des Hutus, n’aura certes pas favorisé l’entente harmonieuse entre les deux ethnies. L’Eglise y a sa part de responsabilité au côté des autorités civiles. S’agissant de l’évangélisation, ne serait-on pas allé un peu vite en besogne, en baptisant « à la lance d’incendie » ou en admettant dans les ordres des candidats dont le christianisme n’était qu’un vernis ? Après tout, il a fallu un bon millénaire pour que l’Europe puisse être qualifiée de « chrétienne », les mœurs de ses habitants d’alors n’étant guère éloignées de celles des Rwandais de la fin du XXe siècle, mœurs prêtes d’ailleurs à replonger dans le pire en Europe comme ailleurs, ainsi que l’ont montré les Guerres de religion, la Révolution française ou le nazisme en Allemagne.
Les Tutsis qui ont repris le pouvoir sous la houlette du président Kagame, peinent à pardonner à la France son soutien au précédent régime dominé par les Hutus. Paul Kagame a carrément accusé la France de complicité avec les génocidaires, en particulier à travers l’opération militaro-humanitaire Turquoise qui aurait favorisé la fuite des principaux responsables au Zaïre voisin. Nicolas Sarkozy lui avait donné un début de satisfaction en reconnaissant, en 2010, « de graves erreurs d’appréciation », mais sans pour autant « faire repentance » au nom de la France comme l’au
rait voulu le président rwandais qui le recevait à Kigali. Ce fut néanmoins le premier rabibochage après que le Rwanda avait rompu les relations diplomatiques avec la France en 2006, suite à l’enquête du juge Bruguière concluant à la responsabilité initiale de Paul Kagame en personne et de son entourage dans l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président hutu Juvénal Harabyarimana. Attribué aussitôt aux Tutsis, cet attentat dans lequel périrent tous les passagers et l’équipage français, fut le déclencheur du génocide. L’enquête de la justice française avait provoqué un tollé à Kigali qui avait contre-attaqué en accusant la France de complicité avec les génocidaires, dans un rapport officiel assorti de mandats d’arrêt contre des présumés responsables français dont Alain Juppé en tant que ministre des affaires étrangères.
Le rétablissement des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France, depuis 2010, ne suffit pas à qualifier d’amicaux les rapports entre les deux pays. On l’a bien vu en 2012 avec le refus de Kigali d’accréditer la nouvelle ambassadrice Hélène Le Gall, jugée trop proche d’Alain Juppé (ce qui ne l’a pas empêchée de devenir la « Madame Afrique » de François Hollande…) Reste que Kigali n’a pas intérêt à ne souffler que le froid, la France plus ou moins contrite restant le meilleur interlocuteur -et avocat- du Rwanda au sein de l’Union Européenne.

Une version manichéenne de l’histoire
Toutefois, le gouvernement français actuel aurait fort à faire pour présenter le Rwanda sous un bon jour à l’Union Européenne. Les autorités de Kigali en sont restées à une version manichéenne de l’histoire, et criminalisent en menaçant de la prison à vie ceux qui refusent la représentation unilatérale du génocide de 1994, comme l’a dénoncé récemment Caritas Suisse (communiqué du 31/10/2013).  S’il a réussi à remettre en état les infrastructures du pays et même à lui donner un développement économique remarquable -encore qu’il profite surtout à l’élite-, le régime de Kagame est dictatorial. Nul dans le pays ne saurait impunément remettre en cause l’histoire officielle selon laquelle le Front patriotique rwandais (FPR) aurait mis fin au génocide des Tutsis par les Hutus sans se livrer lui-même à des exactions contre les Hutus. C’est ainsi que l’opposante rwandaise Victoire Ingabire a été condamnée à huit ans de prison en 2012. Hors du pays, le scepticisme de l’ancienne procureure suisse de la Cour internationale pour le Rwanda, Carla del Ponte, lui avait coûté son poste en 2003, sous la pression de Kigali, soutenu par Londres et Washington. Cette opacité entretenue par Kagamé et ses alliés anglo-saxons est le principal obstacle à la cicatrisation des terribles blessures du Rwanda. Seules les organisations caritatives telles que Caritas ou AED osent promouvoir la paix moins par des paroles que par des actes, sans exclure quiconque, Tutsi ou Hutu, des œuvres de charité.  Elles parviennent même à réunir les ennemis mortels d’hier dans des « groupes de réconciliation » en espérant que les rapprochements qui se déroulent au grand jour finiront par pénétrer les consciences et les cœurs pour éteindre le feu qui couve encore sous la cendre.

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genocide rwanda
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