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Paul Florensky, le Léonard de Vinci russe

Public Domain
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A la fois scientifique, poète, peintre, et grand théologien russe, le prêtre orthodoxe, exécuté dans un goulag, avait réexaminé les théories d’Einstein et de Picasso.

15/03/2014

Jusqu’en 1991, c’était un pur inconnu dans cet Europe plongée dans un rationalisme qui niait de façon paranoïaque la compatibilité entre la foi et la science, en dépit des nombreuses découvertes faites par des croyants. Mais cette année-là, les archives du KGB furent ouvertes pour révéler la vie et l’œuvre de Paul (Pavel) Florensky, exécuté en 1937 après avoir passé plusieurs années dans un goulag. Scientifique, écrivain, peintre, poète, ordonné prêtre orthodoxe en 1911, un an après s’être marié, son œuvre apparait parmi les plus grands textes de tous les temps et il est même comparé à Léonard de Vinci. 

Né en Azerbaïdjan en 1882, il part pour Moscou à 18 ans et obtient quatre ans après un diplôme en mathématique et physique, et reçoit plusieurs offres de travail qu’il décline pour se tourner vers des études ecclésiastiques.
Lors de ses études à l’université de Moscou, il publia « Le pilier et le fondement de la Vérité », texte qui fût très apprécié par les plus grands mathématiciens, tels que Egorov et Luzin, allant jusqu’à dire que cette œuvre leur avait rendu l’envie de vivre. La Princeton University Press l’a d’ailleurs publié en 2004.

Picasso, Einstein et la géométrie
Après s’être marié en 1910, il fut ordonné prêtre orthodoxe en 1911. L’on doit à Florenskij la notion de perspective inversée en art. Le cubisme de Picasso le mena également à réexaminer les présupposés scientifiques de la perspective géométrique. A l’aide de son savoir encyclopédique en l’histoire de l’art et de ses recherches sur ces matières, il démontra que la perspective monofocale,  héritée de la Renaissance, était une « expression symbolique » élaborée de façon totalement artificielle. En 1924, il publia des monographies  sur le diélectrique et l’art russe antique. Il fut ainsi l’auteur du texte fondamental pour étudier l’ingénierie électrique, utilisé pendant plus de 30 ans.

« La géométrie imaginaire » est le titre d’une de ses recherches scientifiques les plus importantes, dans laquelle il propose une interprétation géométrique de la théorie de la relativité d’Einstein.

Au début des années trente, il développa un appareil capable de photographier les rayons infrarouges et ultraviolets au-delà du spectre visible. Lors de son expulsion en Sibérie, son esprit agité l’a amené à étudier les glaciers éternels et leur cristallisation (il a ainsi conçu un appareil photo spécial pour son microscope, devenant un des pionniers de la microphotographie). Il inventa également un liquide antigel.

Théologien, philosophe, mystique et polyglotte…
Florensky développa d’autres aspects de son talent créatif en tant que prêtre orthodoxe. Il fut très touché par la religion chrétienne de Léon Tolstoï, ce qui le conduisit à la Faculté de Théologie, où il se dédia pendant des années à des études de philosophie ainsi qu’à des recherches sur la Bible, l’histoire de la philosophie, la mystique, la logique mathématique, la religion juive…  Il fonda la Fraternité Chrétienne de lutte, ce qui lui coûta plusieurs arrestations bien qu’il abandonna le militantisme en 1907. Il fut diplômé de théologie en 1908 et la même année, il occupa la chaire d’Histoire de la Philosophie.

Il acquit une réputation considérable dans le monde universitaire moscovite grâce à cette discipline. Lorsque la Révolution Russe éclata en 1917, il se dédia à l’enseignement de l’art et occupa la chaire de la spatialité de l’œuvre d’art. Grâce à sa discrétion politique, il réussit à cohabiter avec la révolution russe un moment, mais les problèmes arrivèrent rapidement.

Le Léonard de Vinci russe
Même s’il était considéré comme l’un des meilleurs esprits de Russie dans le monde intellectuel (il était connu comme étant le Vinci russe), il fut accusé d’être un contre révolutionnaire monarchiste. A la lecture des actes de son interrogatoire, il semble clairement s’auto-accuser, en inventant un complot absurde avec le Vatican afin d’innocenter les autres prisonniers. Il fut exécuté le 8 décembre 1937, près de Leningrad.

En raison de la “purification” du régime soviétique, qui voulait faire disparaitre ses ennemis, il ne restait même pas le certificat de baptême de Florenskij, volatilisé jusqu’à la moitié des années quatre vingt. Le personnage est resté dans la mémoire de certains de ses disciples et proches, mais aujourd’hui encore son œuvre et sa pensée restent peu connus.

Passionné de tout, il incarna une religiosité ouverte à la beauté de toute réalité. En 1917, il prédit la fin de l’idéologie communiste pour son pays : « Je suis convaincu que le nihilisme, lorsqu’il sera épuisé, montrera sa propre incapacité, tout le monde sera fatigué et la haine s’éveillera. Et alors, après que cette ignominie tombe, les cœurs et les esprits, déjà guéris, se tourneront vers l’idéologie russe, sans regarder derrière, affamés ».

Traduit de l’édition italienne d’Aleteia par Mathilde Dehestru.
 

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