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Hilaire Belloc et J.F.Kennedy : deux catholiques, deux attitudes en politique

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Hilaire Belloc a été élu au parlement britannique en revendiquant haut et fort sa religion, malgré le fanatisme anti-catholique d’alors. JFK a fait le contraire.

(légende photo : Joseph Hilaire Pierre René Belloc, 1870-1953, catholique, écrivain anglo-français et historien naturalisé sujet britannique tout en conservant sa nationalité française.)

 
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25.11.2013

Dans un ouvrage de référence, Du Pouvoir, Bertrand de Jouvenel fait l’observation suivante :

« On peut, par des institutions sagement combinées, assurer la garantie effective de chaque personne contre le Pouvoir. Mais il n’y a point d’institutions qui permettent de faire concourir chaque personne à l’exercice du Pouvoir, car le Pouvoir est commandement et tous ne peuvent commander. La souveraineté du peuple n'est donc qu'une fiction et c'est une fiction qui ne peut être à la longue que destructrice des libertés individuelles ».

C'est l'une des grandes énigmes de la représentation, qui a été reconnue, à des degrés divers, par tout le monde, de Rousseau à Hobbes à Locke. La “souveraineté populaire”, semblerait-il, doit logiquement cesser d’être « populaire »   sitôt le votant sorti de l’isoloir. On peut avoir un gouvernement “pour” le peuple; on peut en avoir un “du” peuple; mais on ne peut avoir réellement un gouvernement “par ” le  peuple, si on entend par là tout le monde en tous temps.

Malheureusement, au milieu de la mentalité dominante de l'égalitarisme, dans laquelle personne ne veut se prendre pour un citoyen le jour du scrutin et ensuite pour un sujet pendant plusieurs années après, cette vérité est difficile à digérer ;  il n'est pas bon d'assurer à la personne qu'il est simplement «sujet» par sa propre volonté, abstraite.
 
Il s’ensuit alors que la conscience populaire rejette tout simplement cette réalité et préfère maintenir la croyance plus flatteuse en la souveraineté de chacun et de  tous les  citoyens à tout moment. Ils préfèrent la «fiction» de Jouvenel du commandement participatif, qu'il a appelé "laisser la proie pour l'ombre."

Il va sans dire  que ceci met l’homme  politique dans une situation très inconfortable. Il n'est plus l'un des hommes d'Etat de l'ancienne république – il est tout simplement une expression abstraite d'une vague et obscure volonté. Son but et son orientation ont été modifiés, voire inversés et, ce faisant,  un idéal séculaire a été perdu.

L'idéal dont je parle est celui d’un véritable  « leadership ». L'un des écueils de la démocratie est que, si nous ne sommes pas extrêmement vigilants, nous amènerons tous les dirigeants hors de de notre présence. Considérez le fait que nous votons rarement pour des hommes parce que nous croyons qu'ils sont plus sages, plus forts, et généralement plus vertueux que nous; nous votons plutôt  pour des hommes parce que nous croyons qu'ils sont exactement comme nous. Même si nous ne le disons pas de façon explicite, nous en avons la démonstration la première fois que notre homme politique fait quelque chose avec laquelle nous ne sommes pas d’accord. Il est alors accueilli par un « Comment osez-vous ! »

Par conséquent, il est évident que lorsque nous choisissons un candidat pour une fonction ou un poste, nous ne sélectionnons pas un leader – en fait, nous ne considérons pas du tout les traits de caractère, nous sélectionnons simplement un miroir, et l'homme qui peut le mieux remplir la capacité du miroir qui reflète est le vainqueur.

Malheureusement, puisque ceci exige que l’homme politique n’essaie pas seulement de "refléter" mes désirs, mais aussi un millier d'autres, celui qui gagne n'est pas simplement un miroir, mais un "prisme" complexe, essayant de «représenter» mille désirs à la fois. La dernière personne qu'il est en fait autorisé à être, c’est lui-même. Inutile de dire que pas  un homme  authentique, et encore moins un grand chef, – se soumettrait à une telle dégradation. Et pourtant, nous l’exigeons de tous les hommes politiques…

Prenons d'abord le célèbre historien, Hilaire Belloc. En 1906, il brigue un siège au parlement anglais. Son adversaire, sachant que Belloc est un fervent catholique et de sang français, a forgé son slogan «Ne votez pas pour un Français et un catholique ».
 
Belloc, se levant au milieu de son public protestant, a répondu: « Pour ceux qui ne peuvent toujours pas voir le problème, ou qui croient encore que nous votons en fait pour des hommes authentiques, peut-être une comparaison entre deux hommes de différentes nations et à  différents moments suffira. Je ne  les choisis pas pour leur foi, mais pour les types de personnage qu'ils illustrent :
 
« Messieurs, Je suis catholique. Je m’efforce autant que possible d’aller à la messe chaque jour. Ceci [sortant un chapelet de sa poche] est un chapelet. Chaque fois que je peux, je prie à genoux ces grains chaque jour. Si vous me rejetez à cause de ma religion, alors je remercierai Dieu de m'avoir épargné l’indignité  de vous représenter ».

Le public a éclaté en applaudissements, et Belloc a remporté le siège. Il a surmonté les préjugés de son public avec son authenticité virile, et les gens ont décidé qu'ils préféraient avoir un chef au Parlement plutôt qu’un miroir.

Revenons maintenant à John F. Kennedy, catholique lui aussi, qui se trouvait dans une situation identique, parlant devant un public protestant en  pleine campagne présidentielle. Ses paroles, cependant, sont quelque peu différentes:
 
« Je ne suis pas le candidat catholique à la présidence. Je suis le candidat du Parti Démocrate à la présidence, qui s'avère également être catholique. Je ne parle pas au nom de mon église sur les questions d’intérêt public et l'Église ne s’exprime pas en mon nom. … Quelle que soit la question qui me sera présentée dans l’exercice de mes fonctions de président si je suis élu – contrôle des naissances, divorce, censure, jeux d’argent et de hasard, ou tout autre sujet- je prendrai ma décision selon mon jugement, conformément à ce que ma conscience me dicte comme étant de l'intérêt national, sans tenir compte des pressions ou contraintes externes d’ordre religieux ».

Entre ces deux hommes, candidats, nous voyons une différence profonde d’attitude, chez les électeurs aussi. Belloc n’avait pas compromis son honneur pour gagner un vote, et ses électeurs l’ont apprécié pour cela.
Et, d’un autre côté, Kennedy, apparemment a senti qu’il ne pourrait pas gagner du tout sans avoir d’abord  fait un “serment d’inauthenticité”,” comme s’il laissait sa foi sur la pelouse de la Maison Blanche.

Cela devrait nous dire quelque chose sur nos hommes politiques, mais aussi nous dire beaucoup sur nous-mêmes et ce que nous devons attendre de nos soi-disant « leaders ». Nous avons, à strictement parler, forger une race spéciale d’hypocrites. Nous avons systématiquement exclu la possibilité d'avoir un véritable chef gagnant une élection, car un vrai leader ne pourrait jamais se transformer en "prisme" représentatif de la prétention et de l'hypocrisie que la fonction exige maintenant.

Le résultat ? Dans ces mots de C.S. Lewis: « Nous nous moquons de l'honneur et sommes choqués de trouver des traîtres parmi nous. Nous châtrons et demandons aux hongres d’être féconds ».

Traduit par Elisabeth de Lavigne depuis l'édition en langue anglaise de Aleteia.
Texte original publié par Ethika Politka.