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Benoit XVI avant-dernier pape ? … selon la prophétie de saint Malachie

© Filippo MONTEFORTE / AFP
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Panique sur le web entre cette « prophétie » et l’orage qui a frappé Rome le soir du 11 février, jour de la renonciation du pape

Quel crédit apporter à ce texte connu depuis la fin du XVIe siècle, selon lequel le prochain pape serait celui de la fin des  temps ?

Par Joël Sprung

Il fait fureur sur le web ! Ce que l’on appelle la prophétie de saint Malachie est un texte eschatologique découvert vers 1590, attribué alors à saint Malachie d’Armagh, évêque Irlandais du début du XIIème siècle, contenant une liste de devises pontificales, depuis le pape Célestin II jusqu’au dernier Pape de l’Eglise, et donc la fin du monde. Au regard de cette liste de 112 papes, Benoit XVI serait l’avant-dernier de la liste. Ce qui ferait alors de son successeur le dernier pontife, et annoncerait par conséquent la fin des temps. La dernière devise, censée correspondre au successeur de Benoit XVI, dit ceci :
 
« Dans la dernière persécution de la sainte Eglise romaine siégera Pierre le Romain qui fera paître ses brebis à travers de nombreuses tribulations. Celles-ci terminées, la cité aux sept collines sera détruite, et le Juge redoutable jugera son peuple. »

Cette pseudo prophétie passionne les foules et enrichit les vendeurs de fantasmes à chaque nouveau conclave, à la fois comme un oracle qui permettrait de prévoir qui serait le prochain pontife, et une recette apocalyptique pour se donner des frissons. Pourtant cette prophétie n’est pas reconnue par l’Eglise, et il est acquis pour la plupart des spécialistes qu’il s’agit d’un apocryphe, dont la rédaction serait contemporaine de sa découverte, au XVIème siècle. La fascination qu’elle exerce joue en outre sur l’ambiguïté avec le prophète du même nom, dans l’ancien testament, Malachie, qui prophétisa le ministère de Jean le Baptiste et les temps messianiques (ce dont nous faisons particulièrement lecture dans l’Eglise pour la fête de la présentation de Jésus au Temple). Des apocryphes de ce genre, plus ou moins ésotériques, ne sont pas rares : on trouve ainsi des textes de magie attribués à saint Thomas d’Aquin, par exemple, de manière à pouvoir bénéficier de son autorité.

Ici, il est possible que l’objectif du texte soit politique… comme pour influencer le conclave de 1590, par exemple. Ainsi, la concordance entre les devises du texte et les papes est aisée à trouver jusqu’à ce conclave. En revanche, pour les devises suivantes, les devises pour beaucoup tirées de la Bible (en particulier du Siracide) sont parfaitement interchangeables et n’ont aucune valeur prédictive. Tout au plus peut-on, avec de laborieux efforts d’interprétation, souvent tirés par les cheveux, reconnaitre après coup une concordance entre une devise et le pontife correspondant.

L’attrait pour ce genre de texte, sans réel souci d’en connaitre l’intention le plus souvent, est révélateur d’un rapport à la religion qui relève plus du paganisme et de la superstition que de la foi. Bien sûr, l’Eglise croit au don de prophétie, et enseigne même que par le baptême nous devenons prêtres, prophètes et rois. En somme, par l’accueil de la révélation et l’union à la Parole de Dieu dans les sacrements, nous sommes disposés à recevoir et transmettre des prophéties. Toutefois, comme le dit l’apôtre Paul, les prophéties ont pour but l’édification de l’Eglise. Elles ne visent pas à satisfaire une curiosité quant au futur, qui relèverait plutôt du manque d’espérance. En particulier pour ce qui est de la fin des temps, il importe de se souvenir des paroles de Jésus, dans la parabole des vierges folles et des vierges sages : « veillez donc car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (Mt 25, 13).

C’est dans ce sens que le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous enseigne :

« Dieu peut révéler l’avenir à ses prophètes ou à d’autres saints. Cependant l’attitude chrétienne juste consiste à s’en remettre avec confiance entre les mains de la Providence pour ce qui concerne le futur et à abandonner toute curiosité malsaine à ce propos.» (C.E.C. 2115)

La fin des temps est un mystère et c’est ce mystère qui, bien qu’annoncé par des signes, aiguillonne notre espérance. Cela ne signifie pas qu’aucune prophétie ne peut concerner la fin des temps, au contraire : c’est même précisément le cas du livre de l’Apocalypse selon saint Jean, comme de certains discours de Jésus lui-même. Mais dans le Nouveau Testament, comme d’ailleurs dans les prophéties de l’ancienne Alliance, c’est moins le moment d’un événement futur dont il est question que des signes de cet événement. En outre, ces signes n’ont pas pour objet de nous faire reconnaitre ce moment décisif au seuil de la fin des temps, mais de nous enseigner sur la nature de cet événement annoncé, de le rendre intelligible afin de guider notre conversion.

Le mot prophétie désigne étymologiquement ce qui relève d’une « vision de loin » et concerne souvent, il est vrai, le futur, mais pas uniquement. Il y a des prophéties pour le temps présent, et même, aussi curieux que cela paraisse, des prophéties relatives au passé (par exemple, le Livre de la Genèse). En effet, la prophétie concerne l’enseignement de choses cachées, pour l’élévation des hommes vers Dieu et l’édification de toute l’Eglise.

C’est d’ailleurs ce qui rend le don de prophétie si désirable aux hommes de foi :

« Faites tout pour avoir la charité. Recherchez les phénomènes spirituels, surtout le don de prophétie. Celui qui parle en langues ne parle pas pour les hommes, mais pour Dieu ; personne ne saisit, car, sous le coup de l'inspiration, il dit des choses mystérieuses. Mais celui qui a le don de prophète parle pour les hommes : il construit, il réconforte, il encourage. Celui qui parle en langues ne le fait que pour sa construction personnelle, tandis que celui qui prophétise construit l'Église. Je souhaite que vous parliez tous en langues, mais surtout que vous ayez le don de prophétie. Car prophétiser vaut mieux que parler en langues, à moins qu'on n'interprète ce qu'on dit en langues : ainsi, on aide à la construction de l'Église. Eh bien, frères, si j'arrive chez vous pour parler en langues, en quoi vous rendrai-je service si ma parole ne vous apporte ni révélation, ni connaissance de Dieu, ni prophétie, ni enseignement ? » (1 Co 14, 1-6)

Nous le voyons, l’important n’est pas de fasciner ni de satisfaire la curiosité, mais de faire grandir, en particulier dans la connaissance de Dieu et dans la communion au Verbe. Or au contraire de nous laisser enseigner et de vouloir transmettre la Bonne Nouvelle, nous avons souvent tendance à projeter sur un événement futur – ici la fin du monde – notre propre imaginaire (cataclysmes, dévastations, etc…) qui a plus souvent les traits d’une mauvaise nouvelle que d’une bonne, et à nous servir de cette grille de lecture pour interpréter le symbolisme des prophéties… pour, en définitif, en corrompre le sens.

Pour bien remettre à leur juste place ce que l’on prétend être des prédictions de l’histoire à venir, il faut se souvenir que Jésus, comme Jean avant lui, annonçait déjà à ses disciples que la venue du royaume était proche (Mt 3, 2 ; 4, 17 ; 10, 7 ; Mc 1, 15 ; Lc 10, 9 ; 21, 31) et envoya prestement ses apôtres faire de même pour toutes les nations. Certains de ses contemporains témoignaient effectivement de l’attente d’une fin imminente. Ainsi la destruction du Temple, en l’an 70 de notre ère, prophétisée par Jésus, marquait pour nombre des premiers chrétiens le « commencement de la fin ». Ici nous pouvons noter que vingt siècles sont passés depuis, et prendre conscience que ce n'est pas le temps qui importe : l'événement historique qu'est la chute du Temple est bien plus un signe providentiel nous éclairant a posteriori sur le nouveau Temple qui s'est réalisé en Jésus, qu'un point à anticiper dans l'histoire. De même, quand Jésus annonçait la venue proche du royaume à ses disciples, il parait évident que cette proximité était bien plus spirituelle que temporelle : pour eux, comme pour nous aujourd'hui, il était question de réaliser que le gouvernement sur lequel il convient de régler notre volonté est celui de l'inédite liberté donnée par Dieu, réalisée dans la libération du péché et l'intelligence de la foi.

Ainsi, la prophétie de saint Malachie, comme sa réception, n’entre en rien dans les critères d’une véritable prophétie. Et s’il est normal de s’intéresser au nom et aux qualités de celui qui sera le prochain Pape, comme une famille peut légitimement s’enquérir de savoir qui sera son nouveau père d’adoption, c’est dans la confiance et l’espérance que les croyants sont invités à entrer pour ce qui concerne le futur, pour être des prophètes au service de la Parole de Dieu, dans l’ici et maintenant du royaume venant.

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