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Dans le message pour la paix qui a suivi l’angélus du 30 mars, le Pape a mentionné, sans surprise, l’Ukraine et la Palestine. Mais il est aussi revenu sur le Soudan du Sud, un pays fracturé par la guerre depuis son indépendance en 2011 : "Je renouvelle mon appel sincère à tous les leaders pour qu’ils s’engagent au maximum à baisser les tensions dans le pays. Il faut mettre de côté les divergences, et avec courage et responsabilité, s’asseoir autour d’une table et lancer un dialogue constructif. Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de soulager les souffrances de la population sud-soudanaise bien-aimée et de construire un futur de paix et de stabilité."
Oppositions tribales
Les promesses de l’indépendance n’ont pas été honorées. En conflit régulier avec le Soudan du Nord, dont la population est d’origine arabe et musulmane, le Soudan du Sud espérait connaître la paix après s’être détaché de Khartoum. Les nombreux gisements de pétrole présents dans le sous-sol faisaient miroiter à beaucoup de transformer le pays en Dubaï de l’Afrique de l’Est. Sa situation géographique privilégiée, au nord des Grands Lacs, frontalier du Kenya et de l’Ouganda, pouvait laisser espérer une ère de prospérité. Il n’en fut rien. Dès 2011, le pays fut ravagé par les guerres claniques et ethniques, plongeant la population dans la pauvreté et la violence.
François s’est personnellement engagé dans le processus de paix afin de trouver une solution au conflit. En 2019, il avait invité au Vatican les deux protagonistes principaux, Salva Kiir et Riek Machar afin de pouvoir trouver un protocole de paix. Ils firent même une retraite spirituelle au Vatican, qui avait suscité de nombreux espoirs. Peine perdue, sitôt rentrés au pays, les promesses de Rome furent remisées et la guerre repris. En février 2023, François se rendit à Jubla, la capitale du pays, pour une messe devant plus de 100.000 personnes et pour la première visite d’un pape dans le pays. Une visite qui, là aussi, apporta un grand souffle d’espoir et des promesses de paix qui n’aboutirent pas. Le Pape avait notamment appelé la population à déposer les armes et à mettre un terme au cycle de la vengeance et de la haine. Quelques mois plus tard, une guerre civile éclatait au Soudan, sans que cela ait des conséquences pour le sud, mais en renforçant l’impression de spirale inéluctable de la violence dans ces pays de la vallée du Nil. La population civile fuit vers les pays voisins, notamment l’Ouganda, qui accueille près d’un million de réfugiés, ainsi que le Kenya et l’Éthiopie. De quoi déstabiliser des pays qui sont déjà fragilisés et qui ont leurs propres problèmes internes.
Diplomatie en échec
L’échec du Soudan du Sud témoigne des limites de la diplomatie. Les deux dirigeants sont venus à Rome, ils ont reçu le Pape dans leur capitale et ont effectué des promesses de paix, qui se sont toutes révélées sans lendemain. C’est qu’une lecture religieuse du conflit n’est pas ici opérante. De même que l’opposition entre le Soudan du Nord et du Sud n’est pas uniquement une opposition entre musulmans et chrétiens, la guerre qui ronge le Soudan du Sud ne peut se comprendre sans les logiques claniques et tribales qui sont à l’œuvre. La population du pays se rattache aux religions chrétiennes, catholique ou presbytérienne, mais ce sont les liens familiaux, claniques et ethniques qui prennent le dessus. Ce qui rend compliqué également la nomination des évêques et des prêtres, ceux-ci étant mal acceptés par les populations locales s’ils ne sont pas de la même ethnie que leurs ouailles. Ces rivalités claniques sont séculaires et ne peuvent se résoudre en quelques années. Elles traversent de nombreux pays africains, mettant en échec le processus diplomatique.
La tâche du Pape est en effet ardue : il ne s’agit pas tant de trouver une solution de paix entre deux États antagonistes que de soigner des rivalités et des fractures qui lézardent et détruisent la société elle-même. Le Pape peut mettre du baume au cœur et enjoindre les dirigeants à mieux se comporter, ses mots et ses actions sont toutefois limités pour transformer les pratiques et les haines portées par les populations. Mais fidèle à l’année du jubilé de l’espérance, il tente malgré tout de réinitier le dialogue dans un pays fracturé.