Campagne de soutien 2025
Ce contenu est gratuit, comme le sont tous nos articles.
Soutenez-nous par un don déductible de l'impôt sur le revenu et permettez-nous de continuer à toucher des millions de lecteurs.
Elle s’exprime avec fluidité et un débit rapide, comme mue par l’urgence de témoigner, de rendre grâce pour ce Dieu tant cherché et enfin trouvé. De son enfance en banlieue parisienne, Soraya garde un souvenir douloureux : ses parents professent la foi musulmane, qu’ils réduisent à une armada d’interdits et de principes rigoristes. Tout est péché, les tabous abondent. Dans cet environnement qu’elle qualifie de toxique, la jeune femme se sent "paumée", mais en quête d’absolu : "Je croyais à une entité supérieure, mais pas à ce Dieu effrayant."
À 20 ans, elle quitte avec soulagement sa famille pour se rapprocher de Paris. Résidente en foyer, elle décroche un BTS de vente en alternance qui lui permet de s’émanciper, mais, confie-t-elle, "je menais une vie instable pour anesthésier ma peine. Bien qu’aspirant à trouver la paix du cœur, je sortais beaucoup, fumant et buvant plus que de raison."
Comme prisonnière de cette fuite en avant, Soraya pose "de mauvais choix", s’entiche d’un homme dont elle a un fils et s’installe avec lui en Mayenne. Deux ans plus tard, elle le quitte : "J’avais besoin de vérité, explique-t-elle, de beau, de bien, de justice. La vie ne pouvait se réduire à la souffrance." En colère contre un Dieu aux contours flous, elle le cherche dans le New Age, la pensée positive, le jeûne "qui clarifie la pensée."
Une douche d’amour
Qui ne sait que Dieu prend soin de ses brebis perdues ? Soraya Le cherche, Il se manifeste : "J’étais au fond du trou, se souvient-elle d’une voix teintée d’émotion. J’ai hurlé dans ma cuisine 'Viens à mon aide !' et senti immédiatement une chaleur m’envahir de la tête aux pieds, comme si j’étais bercée par un amour infini. Une expérience incroyable !" Puis elle voit défiler très vite des épisodes peu glorieux de sa vie tapis au fond d’elle. Sur le moment, elle pense que Dieu lui désigne les péchés par lesquels elle s’est abîmée et en demande pardon en sanglotant : "Je me suis sentie pardonnée, décrypte-t-elle, mais sans parvenir à me pardonner moi-même. Avec du recul, je crois que Dieu ne voulait pas me donner une leçon mais me faire comprendre qu’Il portait tout ça, Lui."
Sûre d’avoir rencontré Dieu, Soraya désire Le suivre, sans bien savoir quel chemin emprunter. La Providence s’en charge : un ancien collègue de travail devenu pasteur et perdu de vue depuis dix ans la recontacte, échange longuement avec elle et lui offre une Bible. Elle s’y plonge et en sort transformée : "Je suis tombée en amour pour Jésus, un amour dévorant."
Ma conversion a comblé la place vide en mon cœur. Je ne désespère plus de l’humain comme avant, mon regard est pacifié.
En même temps, elle se sent "clairement attaquée", y compris physiquement. Son corps est douloureux et son âme inquiète : méfiante envers les communautés – tant elle s’est sentie asservie dans son enfance –, elle rechigne à se tourner vers une religion donnée. Elle implore le Ciel de l’aider. En vain. Alors, tout en continuant à prier, elle nourrit une vraie rancœur contre Dieu plusieurs mois durant.
Les chemins qu’elle emprunte restent tortueux : elle s’éprend à nouveau d’un homme qui lui donne une fille, en 2013. L’enfant grandit, entourée d’amies catholiques. Soraya connaît leurs mères mais s’étonne encore aujourd’hui "qu’elles ne lui aient jamais parlé de Dieu." C’est par sa fille que ce dernier vient à nouveau la rejoindre : "Je veux être chrétienne" décrète-t-elle un jour. Stupéfaite, Soraya se met en colère : "Mais tu ne sais rien de Dieu !" "Si, rétorque l’enfant de 9 ans. Je l’ai ressenti, j’ai vu des images de Jésus et Marie qui m’ont touchée."
Ton bâton me guide et me rassure
Estomaquée, la quadragénaire prend du recul : "Dans ma vie, j’ai toujours été comme saisie par Dieu. J’ai compris qu’Il passait par l’être le plus proche de moi pour répondre à mes appels aux secours." Dans la foulée, elle reprend sa Bible, demandant à être éclairée. Elle navigue un temps entre culte pentecôtiste et culte catholique avant de choisir ce dernier, "pour la beauté de la liturgie et la place donnée au silence". Un prêtre de la Communauté Saint-Martin, "ouvert et disponible" la prend sous son aile et répond à toutes ses questions. Le temps est mûr pour le baptême ! Pendant 18 mois de catéchuménat, la voilà enfin portée par une communauté dans laquelle elle se sent bien.
En attendant d’être baptisée le 19 avril prochain, Soraya assure avoir trouvé la paix, s’être débarrassée de toutes ses dépendances, se sentir allégée. Même la fibromyalgie dont elle souffrait appartient au passé : "Ma conversion a comblé la place vide en mon cœur. Je ne désespère plus de l’humain comme avant, mon regard est pacifié. Je comprends maintenant que Dieu était bel et bien là, dans ma vie, au moment les plus souffrants." Et d’interpeller les chrétiens : "Certains m’envient mon expérience sensible de Dieu. Mais, s’Il a sorti le grand jeu avec moi, c’est parce que je reviens de loin, d’une enfance fracassée. Vous, pour beaucoup, avez grandi dans des familles aimantes, solides. Vous baignez dans la grâce depuis toujours. Quelle chance inouïe !"