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"Lors d’un week-end entre copines, une amie me consolait en disant que nous allions être très tristes toutes les deux sans nos enfants à nos côtés, mais que cette absence nous ferait aussi du bien. Finalement, elle a passé le week-end à téléphoner à sa fille et n’a fait que parler d’elle, tandis que moi, j’essayais de profiter de notre week-end. À la fin, je me suis demandé si j’aimais assez mes enfants, car je ne ressentais aucune tristesse ni besoin de les appeler sans cesse", confie Jeanne, 35 ans, mère de deux petits garçons. Chaque parent a sa façon d’exprimer son amour à son enfant. Cet amour est essentiel pour son développement et son bien-être. Cependant, la question de savoir si on peut "trop" ou "ne pas assez" aimer son enfant est complexe et mérite une réflexion approfondie.
Un tue-l'amour
Saint Augustin disait : "La mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure." S’il est vrai qu’il est impossible de quantifier l’amour qu’un parent porte à son enfant, Marie Lucas, psychologue clinicienne spécialisée dans les thérapies brèves de l'enfant, précise qu’il est tout à fait possible de voir si on l’aime mal. "Il est question des limites. Quand on dit trop aimer, cela devient un dépassement, un excès, on franchit des limites. Une mère peut ainsi ne pas s’autoriser à vivre autrement qu’une maman", explique la spécialiste. Outre la perte de son identité, cet excès se traduit également par une surprotection de l’enfant, une anxiété accrue pour lui, mais aussi une difficulté à poser son autorité. Le sentiment d’être un mauvais parent pousse également parfois à en faire trop, comme en témoigne Édouard, directeur commercial dans un grand groupe parisien. "Je travaille beaucoup. Le soir, quand je rentre, mes filles dorment. Je ne les vois que le week-end et j’essaye à tout prix de rattraper le temps perdu en les gâtant énormément. C’est ma manière à moi de leur montrer que je les aime."
Si on empêche l’autre de vivre, c’est qu’on l’aime mal.
D’autres, comme Cécile, vont combler le manque de quelque chose qu’ils n’ont pas eu enfant. "Quand j’étais petite, nous ne partions jamais en vacances. Mes parents n’avaient pas beaucoup de moyens et j’enviais des amis qui partaient chaque hiver au ski et l’été à la mer. Aujourd’hui, je veux que ma fille voyage beaucoup. Depuis qu’elle a trois mois, nous partons au moins deux fois par an quelques jours dans un nouveau pays." Chez Anne et Jean, l’amour des enfants passe avant leur couple. "Cela crée parfois quelques tensions dans notre relation. Anne en fait trop, je n’ai pas toujours ma place…", reconnaît Jean. Nathalie, de son côté, souffre encore aujourd’hui de l’amour presque étouffant de sa mère, qui l’a élevée seule. "Ma mère me disait toujours : 'Après tout ce que j’ai sacrifié pour toi, tu pourrais au moins me faire plaisir et venir dîner.' Chaque fois que je voulais décliner une invitation, je finissais par céder parce que je me sentais coupable", confie la quarantenaire. Autant d’exemples qui illustrent comment un amour excessif peut se manifester par des attentes personnelles ou une présence envahissante, potentiellement nuisible au bien-être de l'enfant.
Ajuster son amour
"Apporter de la sécurité, vouloir le bien de l’autre… tout cela suppose un équilibre, prévient Marie Lucas. Si un arbre pousse à côté d’une maison et ne lui laisse pas la place, elle va s’effondrer. Il en est de même avec l’amour : si on empêche l’autre de vivre, c’est qu’on l’aime mal." La spécialiste précise que les dommages causés par l’amour excessif sont nombreux : risque d’un manque d’autonomie, de sécurité intérieure, de confiance et d’estime de soi, problèmes de gestion d’identification et d’expression des émotions, mais également le développement de l’anxiété. "Le jour où l’enfant doit quitter le nid, la séparation risque d’être difficile pour lui comme pour ses parents. L’enfant peut aussi se sentir parfois redevable pour les sacrifices faits par sa mère ou son père, ce qui peut mener à une dépression. Chez d’autres, il y aura une difficulté à avoir une vision juste de l’amour et des limites, ce qui se traduira par l’incapacité à dire non aux autres ou, au contraire, à se montrer très possessif envers les amis et les proches", énumère Marie Lucas.
Pour trouver une juste mesure, la spécialiste conseille de revenir aux fondamentaux de l’amour. "Aimer, c’est vouloir le bien de l’autre, et aimer inconditionnellement l’autre tel qu’il est", précise-t-elle, en invitant les parents à se questionner. "Il faut peut-être réajuster certaines choses en se posant les bonnes questions : Est-ce que mes enfants sont heureux et respectueux ? Ce que je fais, est-ce vraiment pour le bien de mon enfant ou est-ce que je le fais pour moi ?". Il est également important de discuter avec son enfant en lui demandant ce qu’il voudrait voir s’améliorer ou changer, car aimer, c’est aussi, avant tout, être à l’écoute de l’autre.
Huit façons d’aimer en vérité selon la Bible :
