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Ces souffrances induites par la Ciase

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Jean-Étienne Rime - publié le 17/03/25
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Coordinateur de la Fraternité missionnaire des cités, au service des prêtres en mission dans les quartiers difficiles, Jean-Étienne Rime déplore le sort de la très grande majorité des prêtres irréprochables, affectés par le comportement de leurs très rares confrères abuseurs, dont la société a eu vite fait d’étendre l’opprobre sur toute la "profession".

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Inutile de revenir sur les épouvantables souffrances des victimes des clercs, chacun les connaît, tous ont prié et prient pour ceux qui sont marqués à vie par des agissements criminels. Ces traumatismes ont marqué l’histoire de l’Église à tout jamais et tout est fait et sera fait pour que "plus jamais cela". Il faut cependant parler des souffrances induites, celles des prêtres qui, dans leur immense majorité, n’ont commis aucun délit et n’ont même pas eu l’idée d’en commettre tant ils sont fidèles à leurs engagements, aux vœux de leur ordination. Leur conduite de vie est exemplaire. Bien que pécheurs comme tous, ils ont donné leur existence à Dieu, pour les fidèles, pour leurs paroissiens, pour le peuple qui recherche Dieu et s’y tiennent avec foi et énergie malgré les difficultés, les douleurs, les angoisses de la vie quotidienne. Comme tout un chacun, ils ont leurs problèmes et parfois des comportements qui ne plaisent pas à tous, jamais ils n’ont eu la moindre déviance et pourtant, ils sont soupçonnés.

Drame des "a priori"

Voici un exemple qui serait amusant s’il n’était pas consternant de vérité. Un prêtre et un imam organisent une conférence commune sur Averroès : la rencontre connaît un vrai succès. Pratiquants des deux religions sont présents, mais aussi des élus, des enseignants, des étudiants curieux de cette rencontre peu banale de deux hommes de Dieu qui donnent généralement l’image de deux mondes différents. À l’issue de la conférence, l’iman dit au prêtre : "Tu sais, ce n’est pas le fait que nous parlions de façon complémentaire qui a le plus frappé l’assistance. — Ah bon, tu crois ? Alors qu’est-ce qui a frappé l’opinion ? — Le fait que nous soyons deux délinquants… Oui, tout le monde croit que tu es pédophile et tout le monde croit que je suis salafiste."

Drame des a priori, drame d’une opinion qui assimile sans le moindre discernement tout ce qui porte une croix, un col romain ou une soutane. Douleur aussi quand on ne fait pas non plus la différence entre terroristes islamistes et musulmans pratiquants se comportant comme tout citoyen, exerçant une profession, assurant leur rôle de voisins, de jeunes ou de personnes âgées, bref, étant comme tout le monde.

Des clichés, sources de souffrance

Ces clichés à l’égard des musulmans sont une des sources majeures de tensions dans la société. En écoutant, comprenant et rencontrant les voisins qui n’ont pas la même religion que les autres, les assimilations tomberont, la paix et l’entente entre les peuples reviendra. Ces clichés à l’égard des catholiques et des prêtres sont aussi sources majeures de souffrance. Leur image est, quoi qu’on en pense, marquée par la dérive d’une minorité des leurs, les rares mais dramatiques délinquants. Un vicaire témoigne : "Je ne peux même pas passer la main dans la chevelure d’un enfant, l’on me soupçonnerait." Et pourtant, qui ne l’a fait en faisant sourire innocemment une tête blonde ?

La vie quotidienne de ces prêtres est ainsi marquée par des crimes en tous genres, dont ils ne sont pour rien, et dont ils prient pour les victimes comme pour tous les blessés de la vie qu’ils rencontrent, avec une sensibilité et une compassion extrêmes à l’égard de ceux qui souffrent de la méchanceté d’autrui. Cette prière et cette souffrance sont rarement exprimées. D’ailleurs, tous ont envie de regarder devant eux et de positiver, pour favoriser des relations saines entre les jeunes et les adultes, entre les clercs et les laïcs.

Marquons-leur notre confiance

Notre curé, notre vicaire, de nombreux religieux ont tous été marqués à vie par cet épisode épouvantable de la révélation des abus commis depuis 1950 : ils en portent une sorte de responsabilité collective alors qu’ils étaient à cent lieues d’imaginer la portée du rapport de la Ciase et ses conséquences. S’ils sont bien sûr innocents, ils sont bien davantage par leur ministère les promoteurs de la vie de famille, des relations saines et durables, des équilibres à l’image des Évangiles.

Marquons-leur notre confiance, confiance de tous les jours, en les accueillant, en échangeant avec eux sur tous les sujets de la vie familiale, de l’enseignement, du travail et des relations entre générations, confiance aussi dans la confession. Nos prêtres sont des pères, ils ont besoin d’exercer cette paternité à l’égard de leurs paroissiens, de leurs amis, de leur environnement. Donnons-leur la joie de cette paternité qu’ils ont choisie, joie de la vivre en toute confiance.

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