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Le père Donald Martin, prêtre de la paroisse Notre-Dame de Lourdes de l'archidiocèse de Mandalay en Birmanie, a été assassiné. Son corps a été retrouvé par ses paroissiens vendredi 14 février, lardé de coups de couteau. Il était âgé de 44 ans et avait été ordonné prêtre il y a sept ans.
Les motivations de ce meurtre d'une grande violence demeurent pour le moment inconnues, rapporte l'agence Fides. Les assassins n'ont pas non plus été identifiés. La conférence des évêques de Birmanie mentionne uniquement "un groupe d'hommes armés". L'enquête pourrait prendre un certain temps dans un contexte de guerre civile où les affrontements entre l'armée birmane et les forces d'opposition font rage et entraînent une intensification sans précédent de la violence. L'armée birmane n'est cependant pas présente dans cette région, selon l'agence Fides. Le territoire est actuellement sous le contrôle des Forces de défense populaire (PDF), dont la direction a été chargée de mener l'enquête. Les milices ont arrêté une dizaine d'hommes, des "justiciers" locaux du village de Kan Gyi Taw, où le père Donald a été tué. Ils ont été remis au tribunal mis en place par les mêmes PDF, dans ce qui est actuellement défini comme des "zones libérées", c'est-à-dire qui ne sont pas sous le contrôle du gouvernement birman.
La région de Saigang où a lieu le meurtre du père Martin fait partie de celles les plus durement touchées par la guerre civile. Il s'agit du premier prêtre catholique tué depuis le début de la guerre civile qui sème le chaos en Birmanie, selon l'agence Fides. En avril 2024, un prêtre avait déjà été blessé par balles alors qu'il célébrait la messe à Mohnyin (État de Kachin). Comme beaucoup de prêtres et d'évêques, le père Donald Martin continuait d'exercer son ministère dans une région soumise au chaos de la guerre civile, continuant d'administrer les sacrements et restant proche de sa communauté paroissiale.
"L'Église catholique de tout le Myanmar pleure cette perte avec l’archevêque Marco Tin Win, les prêtres, les religieux, les fidèles de l’archidiocèse de Mandalay et les parents et proches du père Donald Martin Ye Naing Win", écrit le cardinal Charles Bo, président de la conférence des évêques catholiques de Birmanie. "Que le sang et les sacrifices d’innombrables personnes innocentes, ainsi que ceux du Père Donald Martin Ye Naing Win, servent d’offrande pour mettre fin à la violence qui sévit dans toute la nation. Tirant les leçons de ces expériences déchirantes que nous avons vécues, puissions-nous réveiller l’esprit fraternel et lançons un appel sincère à la fin de la violence."
Plus de 5.000 personnes se sont rassemblées pour les obsèques qui ont eu lieu dans l'église catholique de l'Assomption de Marie, dans le village natal du père Donald Martin, à Pyin Oo Lwin. Très aimé de ses paroissiens, le jeune prêtre était particulièrement investi dans l'éducation des enfants et des jeunes de sa paroisse, et ce en dépit des fermetures d'école pendant le conflit. Lors de son homélie, l'archevêque Marco Tin Win, qui a présidé la messe, a invité les fidèles "à se réveiller car la violence n'apporte que mort et destruction, elle est toujours une défaite", rapporte l'agence Fides, avant de lancer un appel "à tous les groupes armés et acteurs impliqués dans le conflit pour qu'ils déposent les armes et s'engagent sur le chemin de la paix et de la réconciliation".
Opération 1027
Depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021 qui a conduit l’armée birmane au pouvoir, le nord de la Birmanie est en proie à des affrontements violents entre la junte et les Forces de défense du peuple (PDF) qui s’opposent à la dictature militaire et ont organisé un vaste mouvement de désobéissance civile. Cette zone du pays concentre de nombreux villages majoritairement catholiques où se regroupent les rebelles. Fin octobre 2023, plusieurs factions armées de rebelles se sont réunies afin de mener une vaste offensive contre l’armée régulière. Cette opération, intitulée "Opération 1 027", a embrasé la région et fait reculer l'armée birmane, tout en provoquant des déplacements massifs de population (plus de 1.5 millions de personnes). Si les chrétiens sont minoritaires en Birmanie, où ils ne représentent que 6% de la population (dont 3% de catholiques), ils sont localisés principalement au nord du pays où a lieu l’essentiel des combats.