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Vatican : Les affiches hostiles au Pape jugées inacceptables et lâches

©Lena Klimkeit / DPA
Posters criticizing pope Francis on a wall in Rome, Italy, 04 February 2017. Below the photograph of the pope is the following caption: 'You've put congregations under supervision, removed priests, decapitated the Maltese and Franciscan orders and ignored cardinals... But where is your compassion?' Francis' main message as pope has been compassion. His reformist policies are meeting resistance within the church. Photo: Lena Klimkeit/dpa
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Le Pape réagit avec "sérénité et détachement".

« Eh François tu as mis sous tutelle des Congrégations, limogé des prêtres, décapité l’Ordre de Malte et les Franciscains de l’Immaculée, tu as ignoré des cardinaux… Mais où est ta miséricorde ? », lit-on sur les affiches hostiles au Pape qui ont créé, samedi matin, la stupeur des romains à leur réveil. Une dizaine d’affiches, anonymes, écrites en dialecte romain, critiquant les dernières réformes du souverain pontife. Au-dessus, la photo du Pape, le visage sombre. Pour certains l’attaque est « précise, brutale, et programmée » et à ne pas sous-estimer. Pour d’autres, ce geste est « laid et inacceptable » et doit être immédiatement condamné. Au Vatican, on affirme que le Saint-Père aurait réagi, comme d’habitude, « avec sérénité et détachement », un peu moins son proche collaborateur, le cardinal Marc Ouellet, préfet de la congrégation pour les évêques, qui y voit la main « du diable » pour « diviser ».

Contre des anonymes sortis de nul part

« Je pense que les personnes dont on fait mention sur ces affiches ne doivent pas être très heureuses d’être utilisées pour attaquer le Pape, pour le critiquer », a commenté le cardinal Ouellet lors de l’émission italienne « Stanze vaticane » (Les chambres du Vatican) diffusée dimanche sur la chaîne Tgcom 24. Il ne serait d’ailleurs pas étonné, a-t-il ajouté, si ces personnes réagissaient pour démentir ce genre de méthode « inadmissible dans la vie de l’Église », celle-ci relevant, selon lui, « plutôt du diable qui cherche à diviser ». Sur le contenu, le haut représentant du Saint-Siège a préféré ne pas s’exprimer et pense que faire de la publicité à « ces personnes anonymes sorties de nul part « n’est pas une bonne idée, et que cela ne peut que nuire également aux communautés mentionnées sur l’affiche, comme l’Ordre de Malte, que le Pape a mis sous tutelle après la démission du grand maître de l’Ordre. À ce propos, le cardinal Ouellet, rapporte le site italien Farodiroma, a rappelé que le « Pape gouverne l’Église » et quand il y a un problème – tension ou crise – « il a le devoir de prendre les mesures nécessaires ». Ses décisions, a-t-il ajouté, « sont le fruit de prières profondes », celles d’un « homme serein ».

Appelé à réagir à l’affront fait au Pape, le cardinal Agostino Vallini, vicaire du Pape pour le diocèse de Rome, a de son côté fait part de « sa tristesse et  désapprobation », la sienne et celle de tous les fidèles de la communauté chrétienne et des habitants de Rome qui, affirme-t-il, « ne se reconnaissent pas dans ces injustes insinuations et renouvellent leurs sentiments d’estime, de respect filial et de gratitude au successeur de Pierre, pour son témoignage évangélique personnel et son travail d’évangélisation et de proximité auprès des hommes, particulièrement des plus pauvres ».

Geste inacceptable et destructeur

Ces affiches hostiles au Pape « doivent être condamnées de manière ferme et nette », a réagi pour sa part le journaliste italien Aldo Maria Valli, spécialiste des affaires vaticanes à l’Avvenire, quotidien italien d’inspiration catholique, et auteur de plusieurs livres sur les papes et les grands événements qui agitent l’Église. Il en fait surtout une question « de style, de règles à respecter ». Particulièrement choquant selon lui, « non pas le ton et le contenu du message » mais « l’absence de signature ». Tout le monde « a le droit d’avoir ses idées et ses convictions et doit pouvoir les exprimer en toute liberté, mais dans la mesure où celles-ci sont respectueuses, ne tombent pas dans l’agression et portent le nom de ceux qu’elles sont censées représenter ». Toute position, quelle qu’elle soit, « dès l’instant où elle s’exprime sous une forme anonyme, se condamne d’elle-même et ne peut – ne doit pas – être prise en compte ». Ne reste alors plus que l’amertume « face à un geste très laid », qui n’a rien de cette « vigueur intellectuelle et morale » qui caractérise ceux qui se battent pour leurs idées.

Dès les premiers siècles, nous le savons, le christianisme a été traversé de disputes acharnées, poursuit le journaliste, dont tout le monde se souviendra des plus récentes : le Concile Vatican II, mais également le récent synode des évêques sur la pastorale familiale, où « les opinions se sont affrontées sans ménagement ». Le Pape lui-même, d’ailleurs, n’encourage-t-il pas « la franchise », rappelle-t-il, par « amour de l’Église et de la vérité » ? Le chrétien doit se sentir libre de dire «  oui » ou « non », mais il est important de savoir qui parle. Et celui qui parle, estime Aldo Maria Valli « doit argumenter, faire connaître à tous ses motivations, pour entrer dans un éventuel débat d’idées ». Non, insiste le journaliste italien, ce genre d’attaque anonyme, « lancée à froid et sans confrontation possible, n’entre pas dans cette liberté et n’est pas digne d’un chrétien, encore moins d’un fils de l’Église ».

La municipalité de Rome, qui reconnaît n’avoir jamais vu jusqu’ici ce genre d’affichage, a décidé de prendre l’affaire au sérieux et a ouvert une enquête pour essayer de découvrir les auteurs de l’affiche.

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