Politique

Trois députés français témoigneront de leur soutien à Alep depuis… leur hôtel turc

Accompagnés du "maire" d'Alep-Est, ils ont été logiquement refoulés à la frontière.

Trois députés français témoigneront de leur soutien à Alep depuis… leur hôtel turc

Cécile Duflot, Hervé Mariton et Patrick Mennucci. L’alliance de trois députés LR, EELV et PS a de quoi surprendre. Le casting aussi, car au-delà de la louable manifestation de soutien au peuple syrien d’Alep, il est permis de se demander les réelles motivations qui animent chacun des trois parlementaires. Les conséquences d’une telle entreprise pourraient enfin s’avérer bien plus lourde qu’ils ne l’imaginent sur le moral des Alépins assiégés…

« Alerter sur la situation dans la ville martyre d’Alep »

Alerter sur une situation que les députés ne pourront absolument pas constater. Attendus à Gaziantep dimanche 11 décembre, une ville très durement frappée en août dernier par un attentat suicide (57 morts), ils envisageaient de pénétrer du côté syrien de la frontière, tracée à 60 kilomètres au nord d’Alep avant leur retour mardi. Sans visa, il est pratiquement impossible de passer dans le pays, livré à une guerre totale sur toutes les façades de son territoire. Sa frontière longtemps poreuse au nord entre la Turquie et les zones tenues par l’État islamique est désormais verrouillée. Les accrochages réguliers à l’ouest entre la rébellion et le Hezbollah libanais ou l’armée israélienne plus au sud, ont rendu la zone explosive. La majeure partie du désert à l’ouest est tenu par Daesh et le sud est sévèrement gardé par l’armée jordanienne. Sans surprise, la délégation française a été refoulée vers Gaziantep un peu plus tard dans l’après-midi ce lundi.

Que diable allaient-ils faire…

Après sa défaite surprise au premier tour de la primaire écologiste, la députée de la sixième circonscription de Paris, à la tête du principal mouvement écologiste de France pendant six ans, s’est retrouvée en panne de stratégie et s’était retirée loin de Paris. Difficile d’imaginer qu’elle s’éloignerait à ce point de Paris pour revenir dans le jeu politique.

Hervé Mariton, député de la Drôme et fervent soutien d’Alain Juppé au cours de la primaire de la droite et du centre, paye aujourd’hui d’une traversée du désert son hostilité à la candidature de François Fillon, sorti grand vainqueur du scrutin. Soutien de longue date des chrétiens d’Orient, il donne le change après un choix électoral apparu bien peu catholique aux observateurs (M. Juppé ne s’est pas encombré de morale chrétienne dans l’écriture de son programme en matière de bioéthique ou d’homoparentalité).

Patrick Mennucci, maire sortant du premier secteur de Marseille n’est pas reconduit aux municipales de 2014. Tête de liste socialiste sur l’ensemble de la ville, arrivé en troisième position derrière le FN, une fusion avec les listes du Front de gauche le place 10 points derrière Jean-Claude Gaudin, indéboulonnable. Ancien rapporteur de la Commission d’enquête sur la surveillance des filières et des individus jihadistes (de décembre 2014 à juin 2015), le député de la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône a pu constater que les frontières sont plus hermétiques aux élus du peuple qu’aux fous d’Allah.

« La symbolique est importante »

« L’idée est d’accompagner Brita Hagi Hasan le plus loin possible », glissait-on dans l’entourage de Cécile Duflot. Désireux d’ « affirmer un soutien à la population », les députés sont en effet accompagnés par le « maire » d’Alep-Est, de retour en Syrie après une visite de plusieurs jours en France. « Il est important que la voix de la France s’exprime, a déclaré Hervé Mariton sur France Info. Les moyens des parlementaires sont modestes, mais la symbolique est importante. » Pour Patrick Mennucci, « Il est important de montrer que les Syriens ne sont pas abandonnés. C’est un geste de solidarité. » Un geste de solidarité mais surtout un symbole qu’ils sauront apprécier à sa juste valeur.

Reçu ces derniers jours par la Présidente de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale Élisabeth Guigou ou le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, le président du conseil communal d’Alep-Est n’avait pas d’activité sur les réseaux sociaux avant le 9 septembre dernier. Nominé au concours du meilleur maire du monde 2016 (en 2014, les organisateurs avaient notamment retenu Rogrigo Duterte dont la politique mise en œuvre contre le trafic de drogue a déjà fait des dizaines de morts), il est difficile de reconstituer le parcours du nouveau représentant d’Alep adoubé par les institutions françaises.

« J’ai mis plusieurs jours à obtenir des informations à son sujet. » Boutros Merjaneh, député chrétien indépendant d’Alep contacté ce lundi par Aleteia continue laconiquement : « L’homme n’est pas né à Alep mais dans un village près d’Idlib où il réside. Il a été nommé par ces hommes en armes qui tiennent la partie est de la ville pour les représenter politiquement. Nous nous demandons s’il n’a pas porté les armes lui-même ». Le député appuie sur chaque mot avec gravité : « Il a malheureusement été reçu au plus haut niveau en France et j’insiste pour dire malheureusement ».

Ancien fonctionnaire de la poste alépine, Brita Hagi Hasan ne bénéficie d’aucun mandat de la partie occidentale de la ville, où les institutions n’ont pas failli en cinq ans de guerre. Idlib, en revanche, est la plus grande ville de Syrie tenue par les jihadistes de Fatah al-Sham (ex-front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaeda). Toutes les unités rebelles du pays qui signent une capitulation sous condition avec le régime syrien, évacuent les quartiers qu’ils tenaient avec leurs familles pour rallier Idlib en car, sous la surveillance de l’armée. Ces dernières semaines, plusieurs villes du sud du pays et des alentours de Damas ont été libérées de cette façon (At-Tal, la Ghouta, etc.).

La ville est totalement inaccessible aux reporters étrangers et vidée de ses minorités chrétiennes et chiites (dont les alaouites). Les combattants qui s’y sont repliés de Homs, plus au sud, y auraient instauré un « califat islamique » où la charia s’applique. Nombre de ses habitants (de toutes confessions) sont partis se réfugier sur la côte ouest, dans les ports de Lattaquié et Tartous, sous le contrôle du gouvernement.

Lorsque nous avons joint Boutros Merjaneh, il attendait justement une délégation de députés bulgares à l’aéroport. « Je regrette que vos députés ne soient pas entrés en Syrie par les moyens légaux, en demandant un visa à notre gouvernement, je les aurais accueillis moi-même avec beaucoup de plaisir. J’espère avoir l’occasion un jour de leur présenter des habitants des quartiers est de la ville pour leur raconter comment ils ont vécu avec les rebelles. »


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