Société

Mgr Pontier : La Manif pour Tous est « une heureuse surprise »

En France, quels enseignements les évêques ont-ils tiré de la Manif pour tous ? Ce mouvement a-t-il changé la pastorale de la familles dans l’Hexagone ? La réponse de Mgr Pontier.

lmpt - manif oct 2014

Paul Malo / Aleteia

Vendredi matin, les participants du Synode extraordinaire sur la famille ont eu quartier libre. Un temps dédié au repos pour laisser quelques heures supplémentaires aux rédacteurs de la relatio définitive et conclusive, qui doivent proposer une synthèse des dix documents présentés par les différents cercles mineurs. Certes, le synode porte sur les défis pour la pastorale de la famille. Mais, pour Mgr Georges Pontier, il ne faut pas oublier que de nombreuses familles vont bien. Le président de la conférence épiscopale de France, qui vivait sa première expérience synodale, s’est confié à Radio Vatican non seulement sur sa perception personnelle du synode et de ses débats (lire ici l’entretien complet de Radio Vatican), mais aussi sur les enseignements à tirer des manifestations familiales en France.
 
Des jeunes générations défendant des valeurs
Avant tout, "c’est une heureuse surprise, estime Mgr Pontier, de voir des jeunes générations s’engager pour défendre des valeurs auxquelles ils croient, qui sont importantes pour eux, qui pour beaucoup de manifestants – mais pas tous – viennent de leur foi chrétienne et qui veulent intervenir dans le débat législatif, ayant conscience que les lois promulguées par un État, qui doit gérer la pluralité de ses membres, ont un caractère symbolique qui ensuite modifie les perceptions des réalités ou des analyses. C’est important de se manifester au moment de l’élaboration de lois."

Comment accompagner et former ?
Mais le deuxième point à retenir de toutes ces manifestations, selon le président de la conférence épiscopale de France, c’est un vrai besoin de formation : "Comment accompagner, comment former, comment donner des moyens de réflexion et se former à ceux qui parmi eux, sont des chrétiens afin qu’ils puissent être accompagnés dans cette démarche politique, au bon sens du mot ? Pour nous, il y a quelque chose à chercher dans la transmission de l’enseignement social de l’Église et dans la réflexion de l’engagement politique du chrétien. Il faut aider ces générations à pouvoir reprendre, à pouvoir relire cela ensemble et à pouvoir être formé dans cette dynamique-là."

Sortir du rapport de force
Troisième élément clé pour Mgr Pontier : comment débattre au sein d’une communauté chrétienne, d’une Église ? "Nous nous sommes rendus compte à travers ces manifestations que ce n’était pas facile d’organiser un vrai débat. Il faut surtout une telle préparation au désir du débat qu’on y n’arrive pas toujours. Souvent, débattre, c’est emmener l’autre à mon point de vue. Tant que l’on en reste à cette étape, il est assez difficile d’organiser le débat. La deuxième étape, qui consiste à se dire que tout n’est pas faux dans celui qui pense différemment de moi est une étape nécessaire pour qu’on puisse arriver à un débat. Sinon, on en reste à la confrontation, on reste dans l’opposition, dans le rapport de force. Si l’on n’arrive pas en Église à déplacer la notion de rapport de force, de ceux qui sont les plus nombreux, on ne peut pas arriver au débat. Pour nous, en Église, ce n’est pas le nombre de ceux qui pensent quelque chose qui fait que c’est devenu vrai. Mais c’est un argumentant et en débattant entre nous que nous pouvons nous aider à faire des pas mutuels, parce qu’aucun courant ne possède l’exactitude de la vérité dans ces domaines de la vie ordinaire. Et je crois que c’est cela qui nous a été enseigné, révélé. Essayons de voir comment nous pouvons soutenir et organiser le suivi et la formation, en particulier de ces jeunes générations."