Sainte Marie-Madeleine, fêtée par l’Église le 22 juillet, est une femme de l’entourage proche de Jésus, surnommée l’apôtre des apôtres. Son rôle dans l’histoire du christianisme est aussi important que mal compris.
Marie-Madeleine apparaît plusieurs fois dans les Évangiles. Le Christ la délivre de sept démons, et elle le suit ensuite dans ses voyages de prédication. Elle est fidèle jusqu’au pied de la Croix. Le matin de Pâques, alors qu’elle veut embaumer le corps de Jésus, elle est la toute première à le voir ressuscité. Si elle ne fait pas partie des douze apôtres, elle reçoit des pères de l’Église le titre plus prestigieux encore d’apôtre des apôtres et de premier témoin de la Résurrection. Dans la liturgie, le 22 juillet est depuis 2016 une fête et non plus seulement une mémoire.
Figure centrale dans la foi catholique, Marie-Madeleine est aussi l’une des figures sur lesquelles on s’est le plus trompé. Dans l’Église comme à l’extérieur, des évangiles apocryphes au Da Vinci Code, Marie-Madeleine a été victime d’énormes contresens historiques, qui font d’elle une femme aussi illustre qu’incomprise.
La vie de Marie, la Magdaléenne, une femme souffrante et aimante
Marie-Madeleine s’appelle en réalité simplement Marie, comme à peu près le quart des femmes juives de son époque. Les évangéliste, dans ce foisonnement des Marie, les distinguent en précisant leur parenté ou leur origine géographique. “Madeleine” ou plutôt “Magdaléenne”, signifie simplement que cette Marie est originaire de Magdala, un village de pêcheurs au bord du lac de Tibériade, en Galilée.
Marie la Magdaléenne est issue du peuple juif, un peuple élu mais vaincu par une puissance étrangère. Elle apprend sans doute à attendre le Messie, celui qui chassera les Romains et rendra sa gloire au peuple de Dieu. Mais elle attend aussi sa guérison.
Marie-Madeleine, femme libérée… par le Christ
Marie-Madeleine est aisée, voire riche, mais c’est avant tout une femme qui souffre. Elle est tourmentée par sept démons. Les évangélistes (Marc et Luc) restent pudiques sur la nature de ces démons. Péchés ou maladies ? Sept est dans la symbolique juive un symbole de complétude absolue. C’est l’addition de trois, la complétude céleste, et de quatre, la complétude terrestre. Si elle est tourmentée par sept démons, cela peut donc signifier une immense souffrance, qui atteint tout son être, corps et esprit.
Mais un jour, elle rencontre Jésus de Nazareth. Cette rencontre n’est pas racontée dans les évangiles, mais on sait qu’à la fin, Jésus fait sortir d’elle les sept démons. Guérie totalement, Marie ne se montre pas ingrate. Elle donne sa confiance à son Sauveur, et devient une de ses disciples, tout en utilisant sa fortune pour participer au financement de son œuvre de prédication.
La montée à Jérusalem
Les évangiles la mentionnent peu avant les événements de la mort et de la résurrection du Christ. Quand Jésus monte à Jérusalem pour sa dernière Pâques, elle fait partie du voyage. Elle est certainement dans la foule des Galiléens qui acclament l’entrée triomphale du Christ dans la ville sainte avec des rameaux.
Les choses se précipitent dans les jours qui suivent et dans la tourmente, Marie-Madeleine va montrer toute la force de son amour et de son courage. Dans cette ville sainte, familière et étrangère à la fois, elle apprend un matin, que son maître a été arrêté dans la nuit et qu’il comparaît devant ses juges, juifs et romains.
Fidèle jusqu’au pied de la croix
Quand tous les disciples fuient, Marie-Madeleine reste. Elle sait qu’en tant que femme, elle risque moins d’être arrêtée que Pierre et les autres hommes. Mais cela n’ôte rien à son courage et à sa fidélité. Elles sont donc trois femmes, trois Marie, au pied de la croix, à assister Jésus pendant les trois heures qu’il y passe à agoniser : la mère de Dieu, sa soeur Marie, femme de Cléophas, et Marie la Madeleine.
Marie-Madeleine assiste aux paroles du Christ en croix, et c’est sans doute elle qui les racontera par la suite aux apôtres et aux évangélistes, sauf à Jean qui est présent également.
Acheter des aromates : un acte de piété et de foi en la résurrection
Marie-Madeleine passe le sabbat dans le deuil. Elle pense au Christ, qu’elle a été obligée de laisser dans le tombeau sans avoir le temps de l’embaumer. Elle, qui a foi en la résurrection des morts, veut à tout prix préserver le corps de son maître.
Elle dort sans doute peu, voire pas du tout. Le lendemain du sabbat, elle est devant la boutique d’aromates dès l’ouverture. Avec elle Marie, femme de Cléophas et mère de Jacques, et Salomé, femme de Zébédée. Toutes trois vont rester dans la Tradition comme les myrrhophores, les porteuses de myrrhe, en souvenir de leur pieuse dévotion envers le corps de Jésus crucifié.
Quand elles marchent vers le jardin de Joseph d'Arimathie, elles se demandent qui leur roulera la pierre qui ferme le tombeau. Les soldats postés par les grands prêtres risquent de ne pas être très coopératifs. Surtout que la pierre a certainement été scellée pour éviter tout enlèvement du corps par les disciples. Et pourtant, les myrrhophores n’abandonnent pas, confiantes en la Providence, et sûres de leur devoir.
Au tombeau
La surprise est grande quand elles arrivent devant le tombeau, où la pierre est roulée. Loin d’être soulagées cependant, elles s’inquiètent. Qu’est-il arrivé au corps ?
Les soldats ne sont plus là. L’évangéliste Marc raconte ainsi ce qui se passe alors :
En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de frayeur. Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »
D’après Marc, elles s’enfuient alors et ne disent rien à personne. Mais Jean nous raconte que Marie-Madeleine, de son côté, vient prévenir Pierre et lui-même que le tombeau est vide. Elle n’ose répéter tout ce que le jeune homme dans le tombeau a dit. Elle affirme simplement :
« On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
Pierre et Jean, bouleversés, partent alors en courant. Elle les suit de loin. Elle n’a pas la forme physique des deux pêcheurs, et sa robe la gêne. Quand elle arrive, elle se retrouve seule dans le jardin, devant le tombeau. Elle laisse alors libre cours à ses émotions et pleure.
La première à qui le Christ apparaît
Saint Jean raconte ainsi ce qui se passe alors au chapitre 20 de son évangile :
Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? »
Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. » Ayant dit cela, elle se retourne ; elle aperçoit Jésus qui se tient là, mais elle ne sait pas que c’est Jésus.
Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »
Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit.
« Ne me touche pas ! »
Le « Ne me retiens pas » prononcé par le Christ fut longtemps traduit « Ne me touche pas ». Ce Noli me Tangere est un motif iconographique fréquent. On a supposé que le Christ aurait alors posé son doigt sur le front de Marie-Madeleine, pour l’arrêter.
D’autres épisodes-clés où la sainte apparaît dans les évangiles sont représentés : au pied de la croix, assistant à la mise au tombeau, portant le flacon d’aromates pour l’ensevelissement, ou pleurant devant le tombeau. Un thème insuffisamment traité en peinture serait peut-être le moment où elle annonce aux apôtres la Résurrection. À l’inverse, d’autres thèmes lui sont attribués à tort, comme les attitudes de pécheresse pénitente.
L’apôtre des apôtres
C’est la dernière fois que Marie-Madeleine est citée dans la Bible, et non la moindre. Témoigner de la Résurrection du Christ, c’est être apôtre. Marie-Madeleine est chargée par Jésus lui-même de témoigner de sa Résurrection aux douze qui sont appelés apôtres par excellence. Le bénédictin saint Raban Maur l’appelle donc « l’apôtre (envoyée) aux apôtres » (Apostola ad apostolos), au VIIIe siècle, et saint Thomas d’Aquin dit plus simplement « apôtre des apôtres » (Apostola apostolorum). C’est cette expression qui sera officiellement retenue en 2016 par le pape François.
Un personnage propre à faire fantasmer
Marie-Madeleine est une figure fascinante, même en dehors du christianisme. Disciple fidèle, femme guérie, témoin privilégié de la Résurrection, à la fois contemplative et missionnaire, sa proximité avec Jésus et son passé sulfureux présumé forment un terreau fertile pour les fantasmes. Après la Marie-Madeleine historique, émerge une Marie-Madeleine littéraire, et le motif artistique est souvent confondu avec la réalité.
Une postérité riche et confuse : entre légende dorée, mythes, contresens et réhabilitations
Une identité clarifiée récemment par le Vatican
En 1969, le pape saint Paul VI a demandé à ce que Marie-Madeleine soit retenue comme ce qu’elle est, la disciple à qui Jésus est apparu en premier, et le pape François a officialisé son titre d’apôtre des apôtres.
Alors qu’elles étaient confondues, Marie de Béthanie et Marie de Magdala ont été distinguées. Marie de Béthanie est maintenant fêtée avec sainte Marthe et saint Lazare (sa sœur et son frère) le 29 juillet. Et le missel a supprimé du 22 juillet, jour de la sainte Marie-Madeleine, toutes les références à Béthanie et à la femme pécheresse de Luc 7.
Les confusions, d'autant plus ancrées qu'elles sont anciennes, avaient été traduites dans la liturgie.
Peut-on en savoir plus sur Marie-Madeleine grâce aux textes apocryphes ?
On trouve dans les évangiles apocryphes des éléments sur sainte Marie-Madeleine qui modifient son rôle, souvent en les exagérant. Ces textes, plus tardifs et moins fiables que les évangiles canoniques, sont de nature et d’intentions diverses.
Certains sont de nature littéraire, et relativement innocents. Ils répondent à des questions de la curiosité populaire par des détails biographiques, parfois exacts, souvent inventés. D’autres, plus ésotériques, proposent un enseignement gnostique contradictoire avec les textes canoniques. Loin d’être ignorés, ils ont eu une influence considérable dans la piété et la culture populaires, dans l’hagiographie et dans l’iconographie.
Marie-Madeleine a-t-elle été l’épouse de Jésus ? A-t-elle eu accès à un enseignement caché ?
L’Évangile de Philippe est le texte apocryphe à l’origine de l’expression “épouse du Christ” pour qualifier sainte Marie-Madeleine. Dans le texte, cela ne signifie qu’épouse spirituelle. Mais l’expression, sortie de son contexte et prise au pied de la lettre, a fait du chemin dans la culture populaire.
L’Évangile de Marie est encore moins fiable : c’est un texte gnostique, qui prétend que Marie-Madeleine avait accès à des enseignements privés du Christ. Elle n’aurait à son tour transmis cette vérité cachée qu’à un petit nombre. L’auteur fait ainsi miroiter des prétendus enseignements gnostiques qu’il ne révèle qu’à ses initiés.
Marie-Madeleine est-elle Marie de Béthanie, sœur de Marthe et Lazare ?
Marie-Madeleine est-elle Marie de Béthanie, sœur de Marthe et Lazare ? Pendant des siècles, une tradition occidentale a identifié Marie de Magdala à plusieurs figures féminines des Évangiles : Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare, la pécheresse qui répand du parfum sur Jésus, voire l’ensemble des femmes pécheresses repenties mentionnées dans le Nouveau Testament. C’est de cette fusion qu’est née l’image d’une Marie-Madeleine prostituée, courtisane ou femme adultère.
La recherche historique moderne tend aussi à distinguer ces différentes femmes, car les évangélistes ne les identifient jamais explicitement les unes aux autres. Cette confusion s’est largement imposée en Occident sous l’influence des sermons du pape saint Grégoire le Grand (VIe siècle), qui associait Marie de Magdala, Marie de Béthanie et la femme pécheresse de l’Évangile de Luc.
Cette interprétation ne fit toutefois jamais l’unanimité : dès le XIIe siècle, saint Bernard de Clairvaux distinguait déjà ces personnages. En Orient, Marie-Madeleine n’a même jamais été considérée comme une ancienne pécheresse et demeure clairement distincte de Marie de Béthanie. Peut-être les chrétiens orientaux étaient-ils davantage au fait de la distance géographique entre Magdala, en Galilée, et Béthanie, en Judée.
Qui est la femme qui verse du parfum sur Jésus ?
Dans son homélie, Grégoire le Grand rapproche les quatre scènes où Jésus est oint par des femmes. Or les quatre évangélistes ne les racontent pas de la même manière sauf Marc et Matthieu.
- Chez Jean, la femme qui verse le parfum est Marie de Béthanie, elle le fait sur les pieds de Jésus et la scène se passe chez elle.
- Marc et Matthieu situent un épisode semblable à Béthanie également, mais chez Simon le Lépreux. Une femme verse du parfum sur la tête de Jésus. Comme Jean, ils relient cette onction à la mort prochaine du Christ et à sa résurrection.
- Luc, enfin, rapporte une scène semblable dans un autre contexte, chez Simon le pharisien (est-ce le même que le Lépreux ?) sans préciser le lieu, et insiste sur le fait que la femme est une pécheresse. Il met l’accent sur le repentir, le pardon et l’amour. L’onction est faite sur les pieds de Jésus, comme chez Jean.
Le parfum de Marie-Madeleine, à l’origine probable de la confusion
Il est donc possible que les Évangiles rapportent deux voire trois événements distincts. Deux interprétations demeurent possibles : soit Luc rapporte le même événement que les autres évangélistes en mettant l’accent sur des aspects différents, soit il décrit une autre femme restée anonyme. Dans aucun des deux cas, l’identification à Marie-Madeleine ne s'impose. Au contraire, les évangélistes la présentent par ailleurs comme un personnage bien identifié.
Le flacon de parfum est la cause la plus évidente de la confusion de Marie de Magdala avec Marie de Béthanie et la pécheresse au parfum de Luc 7. Le flacon acheté par Marie de Magdala le matin de Pâques pour embaumer Jésus est devenu son attribut iconographique par excellence. D’où la confusion avec les femmes qui parfument Jésus avant la passion.
Blonde ou brune, les cheveux de Marie-Madeleine
Les cheveux de Marie-Madeleine ont joué un rôle comparable dans la diffusion de ces confusions. Dans un second temps, parce qu'on identifiait la sainte à la femme qui essuie les pieds de Jésus avec ses cheveux, les artistes lui attribuèrent une chevelure abondante, souvent blonde, non couverte et déliée. Or, dans l'imaginaire occidental, les cheveux dénoués évoquent souvent la beauté et la sensualité féminines. En érotisant son image, cette iconographie a contribué à ancrer dans les esprits qu’elle était une pécheresse repentie.
Un autre élément qui a pu favoriser la confusion est le motif des pieds du Christ. Marie de Magdala apparaît au pied de la croix, puis aux pieds de Jésus ressuscité lors de la découverte du tombeau vide. Les artistes la représentent souvent près des pieds de Jésus dans les descentes de croix, les mises au tombeau et les Noli me Tangere. C'est notamment le cas chez Fra Angelico.
Les femmes aux pieds de Jésus
Marie de Béthanie alors que Marthe s'affaire au service, demeure assise aux pieds de Jésus pour écouter son enseignement. Vermeer ou Otto van Veen ont illustré cette scène. Plus tard, elle tombe encore à ses pieds lorsque Jésus vient ressusciter Lazare (Jean 11, 32). Enfin, c'est elle qui, selon l'Évangile de Jean, répand le parfum sur les pieds du Christ avant de les essuyer avec ses cheveux (Jean 12, 3). La pécheresse de Luc 7 oint également les pieds de Jésus.
Ainsi, plusieurs femmes des Évangiles se retrouvent associées à la même attitude de proximité, d'écoute, d'adoration ou de supplication aux pieds de Jésus. Cette parenté symbolique a sans doute facilité leur assimilation dans la prédication comme dans l'art.
La confusion entre Marie de Magdala et d’autres femmes n’est pas une simple erreur historique. Il existe aussi une cohérence spirituelle : être « aux pieds de Jésus » est une attitude caractéristique de ces femmes disciples. Cela explique aussi pourquoi l'imaginaire chrétien a si facilement rapproché leurs figures.
Le succès de la (con)fusion des Marie
Au XIXe, le père Lacordaire affirmait encore avec force l’unicité des trois femmes, célébrant « dans l’unité d’une même gloire la pécheresse pleurant aux pieds de Jésus et les essuyant avec ses cheveux, la soeur de Lazare, l’amie fidèle debout à la passion de son bien-aimé, le suivant au tombeau et méritant de voir la première les splendeurs de sa Résurrection. Toute division de cette gloire est chimérique ! ».
La fusion a un intérêt pastoral : présenter aux Chrétiens deux Marie, deux voies de sainteté. Marie de Nazareth, mère de Dieu sans péché, incarne la gloire de ceux qui ne se sont jamais écartés de Dieu. Marie-Madeleine aurait incarné la gloire, non moins illustre, de ceux qui ont vécu dans le péché et se sont convertis. Dans cette perspective, si Marie-Madeleine n’est pas une pécheresse, il importe de continuer à affirmer que la possibilité pour les pécheurs et les prostituées de devenir de grands saints reste vraie !
Marie-Madeleine, victime de la misogynie dans l’Église ?
Certains auteurs modernes ont vu dans l'assimilation de Marie-Madeleine à une pécheresse une volonté délibérée d’effacer son rôle d'apôtre des apôtres. Selon cette lecture, cette confusion aurait accompagné, voire favorisé, une moindre reconnaissance de la place des femmes dans l'Église.
Pourtant, une telle interprétation se heurte à un fait essentiel : quel que soit le passé de Marie-Madeleine, les Évangiles lui attribuent unanimement le privilège unique d'être le premier témoin de la Résurrection. Transformer Marie-Madeleine en pécheresse ne supprime pas ce rôle. Au contraire, cela encourage à une meilleure considération des femmes, quel que soit leur passé.
Le statut de pécheresse repentie n’est pas nécessairement dévalorisant. Pour la tradition chrétienne, c'est souvent l'inverse : la grandeur d'un saint réside précisément dans ce que la grâce a accompli en lui. En tout cas, la confusion n’a pas empêché Marie-Madeleine de garder un rôle prépondérant : apôtre des apôtres, sainte patronne de la liturgie, et patronne de l’ordre dominicain. On lui a consacré des milliers d'églises, de tableaux, de sermons et de pèlerinages.
« Le Seigneur l’a faite si grande par la Grâce qu’après la sainte Vierge il n’y a pas de femme que l’on vénère davantage dans le monde et qui ait une plus grande gloire dans le ciel » Humbert de Romans, dominicain du XIIIe siècle
La réputation de pécheresse de cette immense sainte a au contraire participé à rendre sa figure encore plus accessible et sympathique. Elle a pu être un signe d’espérance pour beaucoup de femmes, en rappelant que tout était possible, et qu’on pouvait être sauvé par l’amour.
Sainte Marie-Madeleine a-t-elle vraiment vécu en Provence ?
D’après la légende dorée, Marie-Madeleine a fini sa vie en Provence, dans la grotte de la Sainte-Baume. Lazare, que les grands prêtres voulaient éliminer (Jean 12, 10), aurait été abandonné en pleine mer avec ses deux sœurs dont Marie-Madeleine. La Providence aurait conduit leur embarcation perdue jusqu’en France où elles auraient débarqué, aux Saintes-Maries-de-la-mer.
Marie, femme de Cléophas et Marie-Salomé auraient été du même voyage. Marthe naturellement portée à l’action, se serait alors lancée dans l’évangélisation active de la Gaule, et aurait chassé un monstre, la Tarasque, tandis que Marie, réputée plus contemplative, se serait retirée dans la grotte de la Sainte-Baume pour prier.
À Vézelay, le moine Badilon apporte au IXe siècle des reliques de sainte Marie-Madeleine, acquises en Judée. La légende prend forme progressivement, et on oublie la provenance de ces reliques. On raconte que les restes de la sainte, morte et enterrée en Provence, furent transférés à Vézelay pour les mettre à l’abri des raids des infidèles.
Mais les Bourguignons, en indiquant la Provence comme lieu de débarquement, indiquent aussi le lieu qui va les supplanter. En 1279 , Charles de Salerne, neveu de saint Louis, fait ouvrir des sarcophages paléo-chrétiens à la Sainte-Baume. Les Provençaux en sont sûrs, c’est sainte Marie-Madeleine qu’ils ont retrouvé ; ils n’avaient pas commis la bêtise de s’en séparer !
Sainte Marie-Madeleine est probablement morte en Orient : d’après des écrits byzantins, son corps aurait d’abord été exposé à Éphèse, puis transféré à Constantinople au Xe siècle. Mais la fécondité spirituelle de la sainte est bien réelle en France, particulièrement en Provence et en Bourgogne, et pour un catholique, c’est là finalement le plus important. Il y a cent ans, le frère dominicain en charge de la Sainte-Baume disait :
« Je ne sais pas si sainte Marie-Madeleine est vraiment venue en France au Ier siècle. Mais aujourd’hui, je suis sûr qu’elle est là ! »
Prières
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Questions fréquentes
Que penser de la thèse de Da Vinci Code, de Dan Brown, sur Marie-Madeleine ?
Le roman de Dan Brown, Da Vinci Code est l'une des transcriptions en littérature de cette image falsifiée de Marie-Madeleine. Sa thèse, complotiste, est que l’Église a caché que le Christ s’est marié et a eu une descendance. Le roman est donc paradoxalement plus patriarcal que l’Évangile : Marie-Madeleine n’y est plus qu’épouse et mère, un simple « vase pour le sang royal ». À l’inverse, dans les évangiles, ce sont les vertus et l’héroïsme de Marie-Madeleine qui sont présentés à l’admiration des fidèles.
Quand est la fête de Marie-Madeleine ?
Sainte Marie-Madeleine est fêtée le 22 juillet. Depuis 2016, ce n’est plus seulement une mémoire obligatoire mais une fête. Le pape François a voulu ainsi réaffirmer l’importance de cette sainte et de son rôle prépondérant dans l’Église « dans le contexte ecclésial actuel, qui demande de réfléchir plus profondément sur la dignité de la femme, sur la nouvelle évangélisation et sur la grandeur du mystère de la miséricorde divine » Il a aussi rendu officiel le titre d’apôtre des apôtres, qui lui est donné depuis l’Antiquité.
Où se trouvent les reliques de Marie-Madeleine ?
La basilique de Vézelay, dans l’Yonne, détient des reliques de sainte Marie-Madeleine. Elles sont réputées venir de Provence, mais viennent sans doute plutôt directement d’Orient, ce qui en fait probablement les reliques les plus authentiques de la sainte.
La basilique sainte-Marie Madeleine, à la Sainte-Baume dans le Var, conserve des reliques attribuées à sainte Marie-Madeleine. Il s’agit notamment d’un crâne sur le front duquel était encore attaché jusqu’en 1780 un morceau de peau intact. Ce morceau est conservé dans un reliquaire à part depuis. Il serait l’endroit touché par le Christ ressuscité quand il a dit « Ne me touche pas ! ».
Ces reliques sont-elles authentiques ? Il y a cent ans, le frère dominicain en charge de la Sainte-Baume disait qu’il ne savait pas si la sainte était vraiment venue en France au Ier siècle. « Mais aujourd’hui, je suis sûr qu’elle est là ! ». Autrement dit, l’authenticité des reliques n’a que peu d’importance face à l’authenticité de l’amour dont la sainte a fait preuve et que ce sanctuaire transmet aux fidèles.
Que signifie le prénom Marie-Madeleine ?
Le prénom Marie, ou Myriam en hébreu, signifie “aimée” ou “celle qui élève”.
“Madeleine” est une déformation de “Magdaléenne”, et signifie simplement que cette Marie est originaire de Magdala. Magdala signifie “la tour” en hébreu, et c’est un village de pêcheurs au bord du lac de Tibériade, en Galilée.
Magdaléenne a donné d’autres prénoms de la même racine : Maguelonne, Magdeleine, Madelon, Madalen, etc.
Marie-Madeleine était-elle une prostituée ou une pécheresse ?
Selon les Écritures, Marie-Madeleine ne fut ni adultère, ni courtisane, ni prostituée. Pécheresse, elle ne le fut sans doute pas plus que d’autres. Dans la Bible, il est écrit seulement que Jésus a expulsé d’elle sept démons. Péchés, maladies ou possession ? Mystère.
On prête à Marie-Madeleine un lourd passé sexuel à cause d’une confusion entre les différentes femmes citées dans l’Évangile, dont certaines sont des prostituées, des pécheresses, ou des femmes adultères, et avec Marie l’Égyptienne. Tout cela a influencé la tradition iconographique occidentale. Marie-Madeleine devient progressivement un motif artistique érotisé, renforçant dans la culture populaire cette réputation.
De quoi sainte Marie-Madeleine est-elle la patronne ?
Sainte Marie-Madeleine est la patronne de la liturgie et des parfumeurs, en souvenir des aromates achetées pour embaumer le corps du Christ, mais aussi des gantiers, des fabricants de peignes, des coiffeurs, des tanneurs, des tisserands, des jardiniers, des vignerons, des marchands de vin, des pharmaciens, des épiciers et des prostituées (bien qu’elle ne fût pas une prostituée). Enfin, elle est l’une des patronnes de l’Ordre dominicain et la protectrice du département et diocèse du Var, où elle est honorée à la Sainte-Baume.
Pour en savoir plus :
Sainte marie-madeleine
Cardinal Carlo Maria Martini
Salvator | avril 2019
Une réflexion sur la vie de la sainte et ses sentiments, s'attardant sur sa passion et son courage comme facteurs décisifs de sa rédemption et de son expérience auprès de Jésus. ©Electre 2026
prix de vente:
16 €





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