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Saint Pierre, pêcheur devenu roc de l’Église

publié le 22/06/26|Cyr Gaignault
Saint Pierre reçoit les clés du Royaume

Source: Shutterstock

Bas-relief

Saint Pierre, fêté par l’Église le 29 juin avec saint Paul, est un pêcheur galiléen devenu le chef des douze apôtres de Jésus, et donc pour les catholiques le premier pape.  

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Simple pêcheur devenu apôtre, celui qui s’appelle d’abord Simon accompagne Jésus pendant toute sa vie publique. Avec le nouveau nom de Pierre, il reçoit du Christ la primauté qui en fait le premier pape. Son parcours est pourtant loin d’être celui d’un héros sans faille. Impulsif, parfois maladroit, capable des plus belles professions de foi comme des plus graves faiblesses, Pierre apparaît dans les Évangiles comme profondément humain. Il est associé à saint Paul comme l’un des deux piliers de l’Église naissante, et tous deux sont fêtés ensemble le 29 juin. 

Comment ce pêcheur de Galilée est-il devenu le premier pape ? Pourquoi le Christ a-t-il choisi pour guider son Église un disciple qui l’a renié au moment décisif ? À travers les bouleversements religieux et politiques du Ier siècle, la vie de saint Pierre raconte la naissance du christianisme dans un monde dominé par Rome. Son histoire montre aussi que Dieu ne choisit pas les plus parfaits, mais ceux qui acceptent de se laisser transformer.

Biographie, 1e partie : comment Simon devient Pierre

Simon, fils de Yonas

Pierre naît probablement à Bethsaïde, sur les rives du lac de Tibériade, à la fin du règne d’Hérode le Grand. Son nom est alors Simon, ou Siméon. Comme son frère André, il exerce le métier de pêcheur. C’est un homme marié, qui est attaché à sa famille, et notamment à sa belle-mère, hélas malade. Comme tous les Juifs, en ce temps d’occupation romaine, Simon et son frère vivent à la fois dans l’espérance du Messie et dans les multiples préoccupations de la vie quotidienne. mment à sa belle-mère, hélas malade. Comme tous les Juifs, en ce temps d’occupation romaine, Simon et son frère vivent à la fois dans l’espérance du Messie et dans les multiples préoccupations de la vie quotidienne. 

Simon appelé par Jésus

C’est dans ce contexte que Simon rencontre Jésus. Il est en train de pêcher avec son frère, quand Jésus s’adresse à eux. 

« Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » (Marc 1)

Et laissant leurs filets, ils le suivirent. Jésus commence alors à attirer les foules de la Galilée. Il prêche dans les synagogues et guérit les malades qu’on lui amène. Simon pense alors à sa belle-mère, et obtient que Jésus vienne la guérir dans sa maison de Capharnaüm. Reconnaissant, Simon fait vite partie des douze que Jésus choisit pour être les plus proches. 

La pêche miraculeuse, annonce de la prédication évangélique

Un jour, après une nuit entière passée à pêcher sans succès, Simon voit Jésus monter dans sa barque pour enseigner la foule. À la fin, Jésus demande à Simon de retourner au large et de jeter de nouveau les filets. Aussitôt jetés, les filets sont remplis à craquer de poissons. Cet épisode annonce la « pêche » abondante d’hommes que sera la prédication de Jésus et de ses apôtres. 

Simon marche sur les eaux, entre témérité et faiblesse

Simon, qui a bénéficié de deux miracles, suit Jésus tout en gardant son activité, et se fait remarquer pour son tempérament enflammé. 

Peu après l’épisode de la multiplication des pains, il est encore sur sa barque avec ses associés, quand il voit venir à lui Jésus, qui marche sur les eaux. Simon, impétueux, s’élance pour rejoindre le Christ. Il se met à marcher sur l’eau à son tour mais, pris d’un doute, s'enfonce. Jésus le secoure alors et lui dit « Homme de peu de foi, pourquoi à tu douté ? » (Matthieu 14)

Le leadership de Simon, leadership de l’enthousiasme

Simon prend un rôle de plus en plus prépondérant dans l’entourage de Jésus. Il s’adresse fréquemment au Seigneur au nom des autres. En plus de ce rôle de porte-parole, ou de délégué, il fait preuve d’une spontanéité touchante. 

Le jour où Jésus annonce qu’il faudra manger son corps et boire son sang pour être sauvé, tous les disciples sont choqués par ses paroles. Beaucoup le quittent. Jésus se tourne alors vers ceux qui restent et leur demande s’ils vont partir aussi. Simon répond avec une confiance bouleversante :

« À qui irions-nous Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! » (Jean 1, 68)

Quand Simon le pêcheur devient Pierre, le premier des apôtres

C’est à Césarée de Philippe que le rôle de Simon prend encore en importance. Tel que raconté par Matthieu (chapitre 16) Jésus demande à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon prend la parole et dit : 

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

La réponse de Jésus fonde la primauté de Pierre : 

« Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

En même temps que ce nouveau nom, Pierre reçoit ainsi à titre individuel ce pouvoir qui sera conféré deux chapitres plus tard aux autres apôtres. 

Quand Jésus réprimande son disciple impétueux

Peu de temps après, Pierre, qui parle bien souvent avant de réfléchir, est sèchement rappelé à l’ordre. Jésus annonce sa Passion à venir, et Pierre, spontané (et un brin fanfaron), assure qu’il ne laissera pas faire ça. Jésus lui décoche alors un « Passe derrière moi, Satan », qui est resté fameux en latin : Vade retro Satana. Le Christ signifie avec force que sa passion et sa résurrection font partie du plan de salut, et qu’aller contre, c’est faire l'œuvre de Satan.

Peut-être que ce rappel cinglant est fait aussi pour permettre à Pierre de ne pas trop prendre la grosse tête… Pierre, comblé par Jésus, reste tout de même profondément humain. Devant l’action extraordinaire de la grâce, il garde des réactions extrêmement pragmatiques, au point que le décalage peut faire sourire. 

La Transfiguration, quand Pierre veut planter des tentes au sommet du Thabor 

Pierre fait plusieurs fois partie de ceux que Jésus prend en petit nombre. Un jour, il fait partie des trois apôtres invités sur le mont Thabor. Jésus est alors élevé de terre et transfiguré, et Moïse et Élie apparaissent à ses côtés. Pierre et ses compagnons se jettent face contre terre, en signe de respect. Quand Élie et Moïse vont partir, Pierre, que la contemplation n’empêche pas de garder un esprit très terre à terre, propose :

« Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Luc 9, 33 

Ce pragmatisme révèle aussi avec quel enthousiasme Pierre veut se laisser enseigner. 

Le dernier repas du Christ

Lors du dernier repas du Christ, Pierre est parmi ceux à qui le Christ entreprend de laver les pieds. Pierre refuse, ne comprenant pas pourquoi le maître doit laver les pieds de ses disciples. Quand Jésus le lui explique, Pierre veut soudain se faire laver tout le corps ! Jésus doit alors tempérer l’enthousiasme de son disciple.

De la bouche de Jésus, Pierre entend ensuite, de nouveau, l’annonce de la passion et de la mort de Jésus. Pierre a compris qu’il ne fallait pas aller contre, mais tient tout de même à annoncer qu’il n’abandonnera jamais Jésus. Celui-ci lui répond alors qu’avant que le coq ne chante deux fois, Pierre l’aura renié trois fois. 

La nuit la plus sombre

Pierre, sans doute estomaqué par cette prophétie, suit tout de même le Christ au jardin des Oliviers. Prévoyant et toujours aussi pragmatique, il a pris le temps d’acheter des épées pour défendre son maître. Il est conscient que celui-ci a des ennemis mortels et puissants à Jérusalem. Au jardin, Jésus se met à prier, mais lui, comme ses frères, succombe au sommeil. Plusieurs fois, Jésus vient le réveiller, et lui dire de veiller et prier, ne sachant ni le jour ni l’heure. 

Soudain, Pierre est réveillé par une agitation inquiétante : le jardin est envahi de soldats envoyés par les grands prêtres, portant torches et bâtons. Quand Pierre comprend que cette troupe est venue arrêter Jésus, il empoigne une épée et saute sur le premier adversaire qui lui passe sous la main. Il frappe à la tête, et tranche l’oreille de Malchus, un serviteur du grand prêtre. Mais il n’a pas le temps de faire plus de dégâts, ou d’être taillé en pièces par ses ennemis, car Jésus lui dit : 

 « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » Jean 18

Alors tous les disciples s’enfuient. Pierre revient ensuite sur ses pas et tente d’approcher. Il se mêle aux serviteurs qui, dans la cour, se réchauffent auprès du feu. La lumière des flammes éclaire alors son visage, et une servante le reconnaît. Elle le désigne à ceux qui sont là. 

« Toi aussi, tu étais avec Jésus, le Galiléen ! » 

Pierre nie connaître Jésus et s’éloigne vers l’extérieur, tandis qu’un coq chante une première fois. Mais la servante ne lâche pas l’affaire. En ouvrant la bouche pour renier, Pierre a été trahi par son accent galiléen. Il répète pourtant son reniement, contre toute évidence. Les autres personnes qui se trouvent là commencent à l’accuser aussi, et Pierre nie une troisième fois. Le coq chante de nouveau et le Seigneur, se retournant, pose son regard sur Pierre. Alors, « Pierre sortit et pleura amèrement ». 

Un coq a-t-il vraiment chanté ? Pour les Romains, le « chant du coq » est l’heure qui marque le début du jour ; il est probable que Pierre n’ait pas entendu un animal mais la trompette d’une garnison. La chute de Pierre coïnciderait donc avec le début d’un nouveau jour. Ce que cela signifie, c’est que le point le plus bas de la déchéance, c’est aussi le moment où un renouveau devient possible. 

L’un des premiers témoins de la Résurrection

Pierre n’assiste pas au supplice de Jésus ; il s’enferme, par crainte, avec les autres disciples. Mais le matin de la Résurrection, il voit arriver Marie de Magdala qui annonce que le tombeau de Jésus est vide. Pierre et Jean courent alors vers le tombeau, remplis d’inquiétude et d’espérance à la fois. C’est Jean, plus jeune, qui arrive le premier. Mais il attend devant pour laisser Pierre entrer le premier, reconnaissant ainsi la primauté de son aîné. 

Pierre retourne avec les autres, et c’est là que Jésus leur apparaît plusieurs fois, avant de les envoyer en Galilée où il les précédera. Une fois rentré dans son pays, quelle initiative prend Pierre ? Planifie-t-il la prédication et l’annonce de la Résurrection ? Organise-t-il la communauté des disciples ? Pas du tout ! Il retourne à ses habitudes : il va à la pêche. 

Pierre se jette à l’eau

Et c’est là, dans son indécrottable routine, alors qu’il travaille nu sur son bateau avec les autres apôtres, que Jésus vient le chercher. Pierre ne reconnaît pas tout de suite cet homme qui marche sur le rivage et qui lui demande s’il a pris du poisson. Fatigué et sans doute agacé d’être bredouille, il avoue qu’il n’a rien pris. Jésus lui dit alors de jeter ses filets, et Pierre, à sa grande surprise, fait une nouvelle pêche miraculeuse. Saint Jean lui dit aussitôt « C’est le Seigneur ! ». 

Alors seulement Pierre comprend. D’ordinaire, on se déshabille pour se mettre à l’eau. Pierre, dans la précipitation, fait l’inverse : il passe son vêtement et se jette à l’eau pour rejoindre le Christ sur la rive à la nage.

Pierre, pardonné, passe de pêcheur à berger

Jésus prend alors Pierre à part et lui demande trois fois « M'aimes-tu ? ». Pierre répond trois fois par l’affirmative. L’évangéliste nous dit qu’il en éprouve de la tristesse, car il comprend que le Christ lui donne l’occasion, par cette triple affirmation, de revenir sur son reniement. Jésus lui rappelle donc sa faiblesse, mais pour lui faire faire l'expérience de la miséricorde de Dieu. 

Jésus donne à Pierre la responsabilité des fidèles : « Pais mes brebis ». En passant de la métaphore du pêcheur à celle du berger, Jésus identifie Pierre à la figure du bon pasteur qu’il se réservait auparavant. Pierre n’aurait pu rêver plus grand honneur. Par ailleurs, il ne s’agit plus seulement de gagner des disciples, mais de les faire vivre ensemble. Pierre va s’y attacher. 

Biographie, 2e partie : Pierre à la tête de l’Église

Pierre à Jérusalem

Les Actes des Apôtres racontent la suite. Après l’Ascension, Pierre prend l'initiative de compléter le groupe des Douze en faisant élire Matthias à la place de Judas. L'Église commence déjà à s'organiser autour de celui que Jésus a choisi.

Quelques jours plus tard survient l'événement fondateur de la Pentecôte. Alors que les disciples sont réunis, l'Esprit Saint descend sur eux sous la forme de langues de feu. Transformé par cette grâce, Pierre sort et s'adresse à la foule rassemblée à Jérusalem pour la fête juive de Chavouot. Celui qui avait eu peur d’affirmer sa foi devant une servante prend alors la parole devant la foule, pour annoncer la mort et la résurrection du Christ. Transformé par la Grâce, il touche les cœurs, et les Actes nous rapportent que chacun l’entend parler dans sa langue d’origine. Ils viennent pourtant de provinces éloignées, et les Actes nous disent que chacun entend Pierre parler dans sa langue : 

Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu.

 Ce discours marque le début de la prédication chrétienne, et trois mille personnes demandent le baptême ce jour-là.

Les Miracles 

Cette première conversion de masse donne naissance à une communauté chrétienne dynamique. Les fidèles se réunissent pour la prière, l'enseignement des apôtres et le partage des biens. Pierre apparaît comme la figure centrale de cette Église naissante. 

Les Apôtres, comme annoncé par Jésus, reçoivent le don de faire des miracles. Aux portes du Temple, Pierre et Jean guérissent un infirme. La nouvelle se répand rapidement dans toute la ville. D'autres guérisons suivent, aidant à la diffusion du message évangélique.

Les disciples de Jésus face à la répression

Les grands prêtres et les sadducéens voient d'un mauvais œil ces disciples qui proclament la résurrection des morts et attirent les foules. Pierre est alors arrêté, interrogé puis emprisonné. On lui ordonne de cesser de parler au nom de Jésus. Sa réponse courageuse est sans appel : 

« Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. » Actes, 5, 9

Pierre, enchaîné, reçoit en pleine nuit la visite d’un ange qui fait tomber ses chaînes et le conduit sain et sauf dans la rue. 

Les persécutions se multiplient. Étienne, l'un des premiers diacres, est lapidé et devient le premier chrétien à mourir en martyr. De nombreux fidèles fuient Jérusalem. Cette dispersion favorise la diffusion de l'Évangile dans toute la Judée et les régions alentour. Les chrétiens se multiplient, ce qui pose à Pierre et aux apôtres de nouveaux défis. 

L'Église face à son premier grand défi

À mesure que le christianisme se répand, Pierre doit affronter une question qui menace l’unité de l’Église naissante. Jésus était le Messie d’Israël, et ses premiers disciples sont tous juifs. Faut-il donc devenir juif pour devenir chrétien ? Les convertis venus du paganisme doivent-ils observer toute la Loi de Moïse, notamment la circoncision et les règles alimentaires ?

La question touche à l’identité profonde de la nouvelle foi. Si le christianisme demeure une simple branche du judaïsme, son expansion risque de rester limitée. Mais s’il s’ouvre pleinement aux nations païennes, il devient une religion universelle.

Pierre et le centurion Corneille 

Pierre est directement confronté à ce problème lorsqu’il rencontre le centurion romain Corneille. Selon les Actes des Apôtres, Pierre a alors une vision : il voit des animaux de toutes sortes, y compris ceux qui sont interdits à la consommation pour les juifs. Une voix l’invite à manger, et comme il refuse, lui dit : 

« Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas impur. » Actes 10

Pierre finit par comprendre que par cette image alimentaire, Dieu l’invite à ne plus distinguer les juifs et les païens. Il accepte alors de rencontrer Corneille et sa famille, et les baptise sans leur imposer les prescriptions rituelles juives. 

Cette décision marque une étape décisive dans l’histoire du christianisme. Cependant, tous les disciples ne partagent pas son avis. 

La crise entre Pierre et Paul

Certains chrétiens issus du pharisaïsme estiment que les convertis païens doivent observer intégralement la Loi de Moïse. À l’inverse, Saint Paul, quoique ancien pharisien, est le plus ardent défenseur d’un christianisme universel, affranchi de la Loi. Pierre et Paul sont donc d’accord sur le fond.

Malgré un épisode de tension, les deux hommes restent unis dans la même foi et poursuivent une mission complémentaire. Pierre garantit l’unité de l’Église ; Paul en porte le message jusqu’aux extrémités du monde romain. 

À Antioche, Pierre partage d'abord la table des convertis d'origine païenne. Mais lorsqu’arrivent certains chrétiens juifs venus de Jérusalem, il prend ses distances afin d'éviter le scandale. Paul, outré, reproche publiquement à Pierre cette reculade. Mais malgré cette tension, racontée par Paul dans sa lettre aux Galates, les deux hommes restent unis dans la même foi et poursuivent une mission complémentaire. Pierre garantit l’unité de l’Église ; Paul en porte le message jusqu’aux extrémités du monde romain. 

Le concile de Jérusalem : quand l’Église s’ouvre officiellement à tous

Vers l’an 49, les apôtres et les anciens se réunissent à Jérusalem pour résoudre la controverse. Ce rassemblement constitue le premier grand concile de l’histoire de l’Église. Pierre y joue un rôle essentiel. Prenant la parole devant l’assemblée, il rappelle que Dieu a accordé l’Esprit Saint aux Juifs et aux païens, et qu’il ne faut pas imposer à ces derniers un fardeau que les Juifs eux-mêmes ont du mal à porter. Jacques, évêque de Jérusalem, reprend cette orientation, et l’assemblée décide de ne pas exiger la circoncision des nouveaux convertis.

Cette décision favorise l’action missionnaire de Paul, l’infatigable apôtre des nations. L’Église affirme que le salut est offert à tous les peuples, et le christianisme cesse alors d’être perçu comme une affaire propre à Israël. Cette décision historique ouvre la voie à l’évangélisation du monde entier.

Pierre à Rome : Simon contre Simon

Le séjour de Pierre à Rome est raconté dans un texte non canonique, les Actes de Pierre. Le récit est donc semi-légendaire. 

On retrouve Simon le Magicien, qui avait demandé à Pierre, dans les Actes des Apôtres, de lui vendre le don de faire des miracles. D’après les Actes de Pierre, Simon utilise ses pouvoirs magiques pour s’élever dans les airs, mais Pierre lui ordonne au nom de Dieu de redescendre, provoquant sa chute et sa mort. 

L’épisode est étonnant, et certainement apocryphe. Il témoigne du point auquel les chrétiens antiques étaient déjà friands de manifestations spectaculaires. Pierre a en réalité plutôt conquis les cœurs des Romains par son courage, sa charité et la fougue de ses prédications, et non en assassinant un magicien. 

« Quo vadis, domine ? » 

En 64, l'empereur Néron ordonne la première persécution romaine d’ampleur contre les Chrétiens. Pierre quitte alors Rome, mais sur le chemin, il croise le Christ qui va vers la capitale. Pierre tombe à genoux et stupéfait, ne trouve rien d’autre à dire que : 

« Où vas-tu, Seigneur ? ». 

Le Christ lui répond : « Je vais à Rome me faire tuer à ta place ». Pierre comprend qu’il doit retourner affronter la persécution et soutenir les chrétiens de Rome. Ce passage, resté célèbre, a inspiré de nombreuses œuvres d’art. Une église est bâtie sur le lieu présumé de cette rencontre. 

Le martyre du prince des Apôtres

De retour à Rome, Pierre est arrêté. Quand il apprend qu’on va le crucifier, il proteste, ne se jugeant pas digne de mourir comme son Seigneur. Loin de demander un supplice plus doux, il demande alors qu’on le crucifie la tête en bas. S’il a parfois fait preuve de faiblesse, Pierre montre par sa mort quel courage on trouve au contact de Jésus. 

Postérité

Le premier pape

Le tombeau de saint Pierre devient rapidement un lieu de pèlerinage pour les chrétiens de Rome. La tradition catholique voit en lui le premier évêque de Rome et le premier pape (le mot pape sera inventé plus tard). Ses successeurs à Rome continueront à exercer ce ministère d'unité entre les diocèses, et la capitale de l’empire devient ainsi également celle de l’Église. 

Les papes continuent, en son souvenir, de se transmettre l’anneau du pêcheur qui symbolise leur autorité hérité du premier des apôtres. 

Un saint pour tous les chrétiens

Les orthodoxes, protestants et anglicans reconnaissent en Pierre l'une des figures majeures du christianisme primitif. En quoi consiste cette primauté et si elle a été transmise aux évêques de Rome suivants, c’est là que les avis divergent. 

Conclusion : un modèle de conversion pour tous 

Pierre offre un exemple de sainteté très accessible et très rassurant. Il est enthousiaste, maladroit, parfois lâche, souvent généreux, et assez humble pour se relever après ses échecs. Son tempérament velléitaire ne l’a pas empêché de devenir l'un des plus grands témoins du Christ, en se laissant modeler et affermir par lui. Son histoire rappelle que Jésus n’appelle pas seulement les irréprochables comme saint Jean, ou les héros à la volonté d’acier comme saint Paul. 

Le pêcheur de Galilée n'est pas devenu le roc de l'Église parce qu'il était le plus fort ou le plus brillant. Ce qui fait de Pierre un saint, c’est son amour confiant pour Jésus. Même après avoir trahi, contrairement à Judas, il a osé croire que la miséricorde de Dieu était plus forte que son péché. Vingt siècles plus tard, il reste l’un des saints auxquels il est le plus facile de s’identifier. 

Questions fréquentes

Quand fête-t-on saint Pierre ?

L'Église catholique célèbre saint Pierre le 29 juin, conjointement avec saint Paul. Une autre fête importante, la Chaire de saint Pierre, est célébrée le 22 février.

Quelle est la signification du prénom Pierre ?

Le prénom Pierre vient du grec Petros et signifie « roche » ou « roc ». Historiquement, il traduit le prénom araméen Képhas donné par Jésus à l’apôtre Simon. Ce prénom signifie la mission donnée à Simon-Pierre, d’être symboliquement le rocher sur lequel est construite l’Église. 

De quoi saint Pierre est-il le patron ?

Saint Pierre est le saint patron de plusieurs corporations : 

  • des pêcheurs, en référence à son premier métier
  • des papes, en raison de son second métier
  • des maçons et des tailleurs de pierre, à cause de son nom
  • des serruriers, en souvenir de son séjour en prison et de sa libération miraculeuse
  • des cordonniers et savetiers, en souvenir de cette libération, car l’ange lui dit « Prends tes chaussures… » 

On demande aussi l’intercession de saint Pierre contre les maux de pieds, car son premier miracle fut la guérison d’un boiteux, et contre la fièvre, car Jésus guérit celle de sa belle-mère. 

Pourquoi représente-t-on saint Pierre avec des clés ?

Les clés de saint Pierre rappellent la parole du Christ : « Je te donnerai les clés du Royaume des cieux » (Mt 16,19). Ces clés métaphoriques symbolisent l’autorité apostolique de Pierre sur l’Église et les sacrements, moyens ordinaires de salut. 

Il existe pourtant des clés bien matérielles, reliques à l’authenticité douteuse, présentées comme ayant été données à saint Pierre par le Christ. 

Où se trouvent les reliques de saint Pierre ?

Selon la tradition, confirmée par les recherches archéologiques menées au XXe siècle, le tombeau de saint Pierre se trouve sous la basilique Saint-Pierre de Rome, au Vatican.

Outre les soi-disant clés remises par Jésus à saint Pierre, et les larmes que l’apôtre a versées après son reniement et qui auraient été conservées (!) d’autres reliques existent à travers l’Europe. 

Près de Rome, dans l’église de Quo vadis, on peut observer la trace laissée par les pieds de Jésus sur une dalle lors de son apparition à Pierre. 

Christophe Dickès

L'historien éclaire la vie de saint Pierre en le présentant dans son milieu politique, religieux et économique. Dépeignant l'homme tiraillé entre son engagement aux côtés de Jésus et ses doutes, il explique comment et pourquoi le pouvoir des papes s'élabore ensuite autour du saint tout en examinant les traces archéologiques de son existence et sa place dans l'art chrétien des premiers siècles. ©Electre 2026

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