Aller au contenu principal

Saint François d’Assise, chevalier du Christ

Publié le 16/08/26|Cyr Gaignault
SAINT-FRANCOIS-D-ASSISE.jpg

Source: Dima Moroz I Shutterstock

Fresque de saint François d'Assise par Cimabue dans la Basilique Saint François à Assise.

Saint François d’Assise (1182-1226), fêté par l’Église le 4 octobre, est un religieux italien fondateur de l’ordre des frères mineurs, aussi appelés franciscains.

Partager sur :

Le 4 octobre, on fête un homme étrange : ni prêtre, ni religieux, et pourtant pas vraiment laïc. Qui est vraiment saint François d’Assise, choisi par le pape François pour inspirer son pontificat ? Un homme un peu fou qui parle aux oiseaux ? Un fondateur d’ordre et un serviteur zélé de la papauté ? Ou bien un révolutionnaire incompris, récupéré par l’Église ? Très vite après sa mort, les biographies pullulent. L’enjeu est en effet énorme pour l’ordre et pour l’Église, car deux courants se disputent l’héritage spirituel et doivent répondre à ces questions : qu’a-t-il réellement fait et dit ? Jusqu’où faut-il vraiment le suivre ? L’hagiographie officielle doit coexister avec les fioretti officieux. Et tous ces textes enjolivés composent avec le temps une image un peu trop lisse, qui prête le flanc à la critique historique iconoclaste du XIXe siècle. 

L’historiographie contemporaine permet de dépasser les caricatures, aidant à distinguer en François un homme obéissant mais non servile, dérangeant mais non révolutionnaire, original et pourtant inscrit dans son époque. Le message de François, c’est avant tout de suivre le Christ dans la plus grande simplicité, en prenant les Évangiles au pied de la lettre : pauvreté radicale, et obéissance absolue. 

François lui-même décrit le serviteur de Dieu qu’il s’efforce d’être comme un « jongleur » (c’est-à-dire un artiste ambulant) « qui doit élever les cœurs des hommes et les émouvoir de la joie spirituelle ». La clé de lecture pour comprendre François se trouve certainement là, dans la mentalité chevaleresque et courtoise de ce début de XIIIe siècle. Car le jeune homme fêtard et le saint de la pauvreté ne sont que les deux facettes d’une même personne, pleine de courage et de générosité, ignorant les ratiocinations pour embrasser la simplicité, méprisant les richesses pour épouser la pauvreté, un véritable chevalier qui a décidé de faire de l'imitation de Jésus-Christ le combat de sa vie. 

François avant saint François, de riche marchand à pauvre chevalier errant

Le petit Giovanni di Bernardone, futur saint François d’Assise 

En 1182, dame Pica de Bourlémont, épouse de Pietro Bernardone, riche marchand de draps, donne naissance à un petit garçon. Cet enfant est baptisé Giovanni, en l’honneur de l’apôtre saint Jean. 

Ce n’est qu’après un voyage d’affaires en Champagne que Pietro surnomme son fils Francesco, le « Français ». Comme souvent, c’est le surnom qui va rester et passer à la postérité. 

François, l’enfant terrible du « Peuple gras »

François appartient à une catégorie sociale en plein essor dans l’Italie communale : le popolo grasso, le peuple gras. Cette frange de la bourgeoisie très fortunée affiche insolemment son opulence et fait concurrence à l’aristocratie. 

Dès sa jeunesse, François témoigne d’une distance vis-à-vis des valeurs mercantiles. Meneur d’une bande de jeunes fêtards. Comme il a l’habitude de payer généreusement pour les autres, il est entouré de compagnons plus opportunistes que fidèles. Cette libéralité relève d’une mentalité plus aristocratique que bourgeoise. 

Le rêve de chevalerie

Pétri de romans courtois, François veut d’ailleurs devenir chevalier. D’après André Vauchez, c’est ce même élan chevaleresque qui conduira François au long de sa vie : après les aventures guerrières, il s’élancera vers les aventures de la pauvreté radicale avec la foi et le courage d’un Lancelot ou d’un Galaad. 

À l’occasion d’une guerre entre Assise et Pérouse, le jeune François se fait offrir un coûteux équipement par son père et part au combat. Il a alors une vingtaine d’années. À la bataille de Collestrada en 1202, la fortune des armes tourne mal pour Assise et il est capturé. Dépouillé de ses armes, il découvre l’insalubrité et la misère du cachot, et tombe malade. Son père paie une rançon et il rentre piteusement à Assise.

Les étapes clés d’un chemin de conversion

Pas complètement échaudé par sa première tentative, François tente une nouvelle fois de se lancer dans l’aventure militaire. Il aimerait se mettre au service d’un condottiere, un seigneur de guerre, mais une maladie le force finalement à abandonner ce projet. Il entre alors dans une période de vague-à-l'âme au cours de laquelle il comprend progressivement que le combat qui vaut vraiment la peine, c’est le service du Christ. Quant à la belle dame qu’en bon héros courtois il doit servir, c’est Dame Pauvreté : une pauvreté volontaire, extrême, et évangélique. 

Le service : « François, va et répare mon Église »

Un jour, il entre pour prier dans une petite chapelle en ruine, placée sous le patronage de saint Damien. Il contemple le crucifix et entend alors Jésus lui dire : « François, va et répare ma maison ». François prend cet ordre au pied de la lettre, et entreprend de restaurer San-Damiano. Puis il s’attaque à deux autres chapelles des environs d’Assise : Saint-Pierre et la Portioncule.

La rencontre avec le lépreux : la charité jusqu’au bout

Un jour, François fait une rencontre qui bouleverse son rapport aux exclus. Il croise un lépreux, un homme dont la maladie, très contagieuse, terrorise et dégoûte. Malgré sa répugnance, le jeune homme a alors un élan de charité et de fraternité envers le malade. Il descend de cheval, et embrasse l’homme. 

François se met alors au service des lépreux et des pauvres. Dans son Testament, il écrira plus tard à ce propos :

« Ce qui me paraissait amer est devenu douceur pour l’esprit et pour le corps. Ensuite j’attendis peu et je dis adieu au monde. »

La rupture avec le père et le détachement des biens matériels

Pour financer ses chantiers et le service des pauvres, François vend des marchandises de son père. Quand Pietro Bernardone apprend cela, il entre en conflit ouvert avec son fils. L’affaire est amenée devant l’évêque d’Assise. Là, dans la cathédrale, François se dénude publiquement, rend ses vêtements à son père, signifiant par là qu’il ne veut plus rien lui devoir. Il dit alors ne plus avoir de père que son « Père qui est aux cieux ». Ce geste a une dimension religieuse, mais c’est aussi une rupture spectaculaire avec sa condition.

François invente une nouvelle manière d’être religieux

Vivre « selon la forme du saint Évangile »

François n’est ni un prêtre, ni un religieux, ni même un clerc. Son statut est celui de pénitent. Il a renoncé au monde, mais sans entrer dans les ordres. Cet état de vie n’était pas loin de le faire passer pour un fou, ce qui ne l’empêcha pas d’être rejoint par ses premiers compagnons : Bernard de Quintavalle, Pierre de Catane, Gilles, Philippe, Ange et le prêtre Sylvestre. 

Les frères habitent des cabanes de pierres sèches, et vivent dans une pauvreté extrême. Ils occupent leur vie par la prière, le travail manuel, la mendicité. 

Qui sont ces fous en guenilles qui prônent une interprétation radicale des Écritures ? 

Quoique laïcs, François et ses compagnons prêchent dans les rues un message de conversion et de pénitence. Cela pose un certain nombre de problèmes, car la prédication est normalement une charge de l’évêque, en tant que successeur des apôtres. 

François et ses compagnons, par leur vie, leur apparence et leur démarche, ressemblent fort à des mouvements hérétiques en rupture avec l’Église institutionnelle. François en est conscient et s’attache donc très vite à prouver son obéissance au Pape et au clergé. 

François rencontre le Pape

Il voyage donc à Rome pour obtenir l’agrément du pape Innocent III. Or, peu avant son arrivée, le pape fait un rêve dans lequel il voit la basilique du Latran sur le point de s’effondrer. Un petit homme, qu’il identifiera comme François, soutient l’édifice et l’empêche de s’effondrer. Le pape voit dans ce songe le signe que la petite communauté de François d’Assise est appelée à soutenir l’église dans les graves crises qui l’attendent. 

En 1209, il approuve officiellement la première forme de vie franciscaine. La petite fraternité va alors connaître un développement extrêmement rapide.

Claire d’Assise et les Pauvres Dames

La parole de François touche une jeune fille de la noblesse, Claire. Celle-ci fuit sa famille et François l’accueille à la Portioncule en 1212. Il l’installe à Saint-Damien, où elle fonde avec d’autres femmes la communauté des « Pauvres Dames », futures clarisses. Ces deux ordres partent donc d’une même aspiration à la pauvreté.

François missionnaire en Orient

On est à l’époque de la cinquième croisade. François est resté un chevalier dans l’âme, et il rêve de croisade, à sa manière. Il souhaite aller prêcher l’Évangile aux musulmans. En 1219, il traverse la Méditerranée, et arrive en Égypte alors que les Francs font le siège de Damiette.

Courageusement, il se dirige alors vers les lignes musulmanes. Les soldats égyptiens s’emparent de lui et de son compagnon. Les deux frères sont roués de coups avant d’être amenés au sultan Malik al-Kamil. 

François et Malik-al-Kamil, précurseurs du dialogue interreligieux ?

À la différence de ses soldats, le sultan traite François avec respect. Il l’écoute parler de Dieu amour et Trinité, et de Jésus sauveur du monde. Les deux frères sont finalement reconduits avec honneur vers le camp croisé. 

L’épisode passe à la postérité. L’ordre conservera toujours un traitement de faveur dans la région de la part des autorités musulmanes, ce qui explique entre autres la place immense occupée par les Frères Mineurs en Terre Sainte actuellement. 

François, victime de son succès

Le retour d’Orient, François va retrouver son ordre en proie à une crise. La croissance spectaculaire de la fraternité (des centaines puis des milliers de frères la rejoignent) pose problème. Des tensions apparaissent entre l’idéal primitif de François et les contraintes d’une organisation d’ampleur internationale. 

Au départ, François ne voulait pas fonder un ordre comme les autres. Mais ses frères tendent à imiter ce qui se fait ailleurs : ils s’installent dans de grands couvents de pierre, ouvrent des bibliothèques, étudient la théologie. Tout cela s'impose progressivement parmi les frères mineurs, en dépit de François qui tente de conserver la pureté originelle de son intuition. 

« Dieu m’a appelé à marcher dans la voie de l’humilité et m’a montré la voie de la simplicité [...]. Dieu m'a dit qu'il voulait faire de moi un fou dans le monde et Dieu ne veut pas vous conduire par une autre science que celle-là. »

François à son ordre, au chapitre de Nattes, 1219

François perd-il le contrôle de son ordre ?

Les biographies officielles ont le défaut d'édulcorer la tension entre François et son ordre. Au XIXe siècle, en phase avec la critique historique à la mode du temps, le pasteur Paul Sabatier a rompu avec l’image traditionnelle et présenté François comme un homme dépassé par la tournure des événements et dont l’idéal avait été trahi.

Serviteur zélé du Pape ou révolutionnaire incompris ? On pense aujourd’hui que la réalité est entre les deux. Devant la nécessité d’une organisation plus solide, François a lui-même organisé son ordre en provinces, et s’est de fait rapproché d’une organisation classique. De plus, il insiste énormément sur l’obéissance due à la hiérarchie ecclésiastique. Jusqu’à saint Ignace de Loyola, François est le fondateur qui insiste le plus là-dessus. Il reste convaincu de la dignité éminemment sacrée du sacerdoce, indépendante des péchés des prêtres. 

Évolution des règles.

François écrit une règle en 1221, qui est critiquée par une partie de ses frères pour sa rigueur, et désapprouvée par le pape. François en rédige une autre, qu’il considère comme le minimum vital pour vivre la vocation franciscaine, règle approuvée par le pape Honorius III en 1223.

En parallèle, François abandonne progressivement la direction quotidienne de l’ordre, en raison de problèmes de santé. La tension entre l’ordre et son fondateur pose une question difficile : le franciscanisme institutionnel peut-il réellement vivre la pauvreté radicale de François ?

Les stigmates et les dernières années d’un homme malade

La retraite sur le mont Alverne

François se retire sur le mont Alverne en 1224. C’est là qu’il bénéficie d’une apparition mystique et qu’il reçoit les stigmates, les marques des blessures du Christ sur son propre corps. Il devient ainsi le premier saint stigmatisé de l’Histoire. 

François est encore jeune, il a une quarantaine d’années, mais sa santé se dégrade. D’Orient, il a rapporté des troubles oculaires qui le rendent presque aveugle. Les traitements médicaux sont particulièrement pénibles. De façon surprenante, c’est dans ce contexte douloureux qu’il écrit le fameux Cantique des créatures. 

Plus qu’un manifeste écologique, ce texte est surtout un hymne adressé à Dieu, qui demeure au centre, et une réponse de l’Homme aux Béatitudes. Ce qui est original, c’est qu’il présente Création comme une fraternité et non comme un décor ou un ensemble de moyens mis à la disposition des humains. François remercie Dieu pour frère Soleil, sœur Lune, etc. Mais aussi « sœur notre mort corporelle » : un passage souvent oublié du cantique.

Le Cantique des créatures

Très Haut, tout-puissant et bon Seigneur,
à toi louange, gloire, honneur,
et toute bénédiction ;
à toi seul, ils conviennent, O Très-Haut,
et nul homme n’est digne de te nommer.

Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures,
spécialement messire frère Soleil,
par qui tu nous donnes le jour, la lumière ;
il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,
et de toi, le Très Haut, il nous offre le symbole.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles :
dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l’air et pour les nuages,
pour l’azur calme et tous les temps :
grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.

Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur Eau,
qui est très utile et très humble, précieuse et chaste.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu,
par qui tu éclaires la nuit :
il est beau et joyeux,
indomptable et fort.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre,
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
avec les fleurs diaprées et les herbes.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux
qui pardonnent par amour pour toi ;
qui supportent épreuves et maladies :
heureux s’ils conservent la paix,
car par toi, le Très Haut, ils seront couronnés.

Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour notre sœur la Mort corporelle
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ;
heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire.

Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâce et servez-le
en toute humilité.

Mourir nu sur la terre

Sentant la mort prochaine, François rentre à Assise, à la Portioncule. Il demande à être déposé à même la terre, où il meurt le soir du 3 octobre 1226. Il est enterré dans l’église saint Georges, où il fait rapidement l’objet d’un vrai culte. 

Postérité : François après François

Une canonisation très rapide

Le pape Grégoire IX canonise François deux ans après sa mort. Pour accueillir le corps, le supérieur des Franciscains, frère Élie, fait construire l’immense complexe des basiliques d’Assise. 

Lors du transfert, Élie, à la surprise générale, fait enterrer le corps sous la basilique inférieure, derrière d’épaisses grilles destinées à protéger la dépouille des tentatives de vol. C’est donc dans une sorte de coffre-fort (ironie pour un promoteur de la pauvreté) et non dans un reliquaire que sont depuis conservées les reliques de l’un des saints les plus populaires de la chrétienté. 

La bataille pour son héritage, entre légendes, fioretti et mémoire officielle

Assez vite, l’ordre se divise en deux courants qui vont malheureusement s’affronter. Les Conventuels et les Spirituels ne sont pas d’accord sur la façon dont il faut vivre la pauvreté. Jusqu’où faut-il imiter François ? Les Spirituels recherchent une pauvreté rigoureuse, alors que les Conventuels optent pour un mode de vie plus modéré, semblable à celui des autres ordres, bâtissant des couvents de pierre, ornant leurs églises et à s’adonnant à l’étude de la théologie. Le Saint-Siège finira par trancher le débat en faveur de ces derniers. 

La biographie de François est au cœur des débats. Thomas de Celano écrit une Vita Prima, qui est très critiquée ; il révise sa copie et publie une Vita Secunda, critiquée également. On trouve que Thomas néglige les miracles qu’il juge secondaires par rapport à la sainteté de sa vie. 

Saint Bonaventure, ministre général de l’ordre, finit par essayer de mettre tout le monde d’accord en écrivant une Vita Maior et en ordonnant la destruction de tous les travaux antérieurs, sans succès. 

Saint François aujourd’hui

Au XXe siècle et au XXIe, à la lumière de la Doctrine Sociale de l’Église, François reste une figure de référence incontournable. Sous Benoît XV en 1916, François devient le saint patron de l’Action catholique, et sous Jean-Paul II, de l’écologie. Assise devient aussi le lieu emblématique des rencontres interreligieuses, en souvenir de l’amitié entre François et Malik-al-Kamil, à comparer à celle qui unit saint Paul au Proconsul de Chypre Paulus. 

En 2013, le cardinal Bergoglio élu par ses confrères a choisi de devenir le pape François, pour placer son pontificat sous le patronage de François d’Assise. D’ailleurs, son encyclique Laudato si’ est une référence explicite au Cantique des créatures.

Questions fréquentes sur François d’Assise

Où sont les reliques de saint François d’Assise ?

Le corps de saint François d’Assise est toujours à Assise, dans la basilique inférieure. Il est placé dans un tombeau fortifié qui date de la translation de son corps, peu après sa mort. Le corps est ainsi resté à l’abri des vols et des envahisseurs (comme les troupes de Pérouse en 1442 qui ont failli s’en emparer). 

En 1476, le pape Sixte IV fait murer l’accès au tombeau, si bien qu’on ne redécouvre l’emplacement exact du corps qu’en 1818, à l’occasion de fouilles qui identifient la dépouille. Depuis, les pèlerins peuvent de nouveau se recueillir devant le tombeau. 

François parlait-il vraiment aux oiseaux ?

Dès les premières biographies, on raconte le sermon de François aux oiseaux. Cette anecdote témoigne du rapport du saint aux animaux. Ce récit, comme celui du loup de Gubbio, participe à créer l’image d’un saint d’une grande simplicité, d’une bonté universelle et d’un tempérament éminemment pacifique. Tout cela ne doit pas faire oublier la dimension exigeante et même dérangeante de François. Car c’est avant tout aux hommes que François s’adresse, et qu'il les appelle vigoureusement à la conversion et à la pénitence. 

Qui a inventé la crèche ?

Saint François d’Assise crée la première crèche vivante connue à Greccio à Noël 1223. Il organise toute une mise en scène de la naissance du Christ dans une étable, avec une mangeoire, de la paille et des animaux. 

François met en scène la naissance du Christ afin de rendre sensible la pauvreté de la Sainte Famille. C’est une période où il trouve que les frères de son ordre se mettent à vivre de façon trop confortable. On peut donc y voir une invitation à la pauvreté et une évocation nostalgique de la pureté des premières années franciscaines. 

Conclusion : François est-il le « second Christ » ?

La tradition médiévale présente François comme un alter Christus. Cela mérite d’être précisé : il ne cherche pas à prendre la place du Christ et à élaborer une nouvelle doctrine. Au contraire, il veut ressembler au Christ, en prenant l’Évangile au pied de la lettre. Ce radicalisme, génie pour les uns, folie pour les autres, explique les difficultés de ses disciples à le suivre. La question reste aujourd’hui ouverte : est-il souhaitable de revenir à la radicalité originelle, ou faut-il plus sagement faire preuve de pragmatisme en conservant l’esprit plutôt que la lettre ?