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Profiter du carême pour (re)lire les maîtres spirituels

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Edifa - Publié le 16/02/21

Durant ce carême laissez-vous guider par des lectures spirituelles et cheminez vers Pâques avec saint François de Sales ou saint Thomas d’Aquin.

Il est aussi essentiel pour un chrétien de fréquenter les textes de la Tradition authentifiés par l’Église que de fréquenter l’Écriture sainte. Le père Max Huot de Longchamp explique l’importance pour chaque chrétien de redécouvrir les grands classiques de la spiritualité chrétienne.

Saint François de Sales, saint Claude La Colombière, Bérulle, Olier… Faut-il vraiment s’intéresser à ces auteurs anciens au style parfois daté ?
Père Max Huot de Longchamp : Le concile Vatican II nous rappelle que l’Écriture sainte et la Tradition de l’Église proviennent de la même source, de l’unique Révélation que Dieu nous fait de Lui-même. Dans le cas des maîtres spirituels, on peut dire que leur enseignement est en prise directe sur leur expérience de Dieu, et en cela qu’ils sont au cœur de toute la Tradition. L’Écriture elle-même est un premier résultat de cette Tradition, puisque c’est l’Église qui a discerné, puis fixé, le canon des Écritures. Et c’est le même discernement qui lui a fait déclarer officiellement au cours des siècles la sainteté de certains de ses membres, rendant du fait même leur enseignement normatif pour la foi des fidèles. Tout au long de ce processus, « la science divine s’imprime en nous », dirait saint Thomas, nous faisant comprendre ce que nous ne comprenions pas encore du mystère du Christ, nous permettant de toujours mieux le vivre et l’annoncer.

Tous les fidèles catholiques sont-ils appelés à se plonger dans les écrits de la Tradition spirituelle de l’Église ?
Il est aussi essentiel pour un chrétien de fréquenter les textes de la Tradition authentifiés par l’Église que de fréquenter l’Écriture sainte. Un saint Thomas d’Aquin traite simultanément de l’inspiration biblique, de la vie contemplative, de la théologie, et de la prédication : tout cela va ensemble, car c’est dans le même acte que l’on reçoit et que l’on transmet la parole de Dieu. Évangéliser, c’est vivre en continu l’Incarnation à proportion de notre exposition à l’Esprit saint, permettant au Verbe de prendre chair et de se dire en nous.

Cette tradition des maîtres spirituels n’est-elle pas réservée aux intellectuels ?
Ne confondons pas intellectuel et spirituel : un texte spirituel demande à être lu « dans l’Esprit qui a inspiré son auteur », nous dit L’Imitation de Jésus Christ. Cet Esprit, c’est celui dont l’épître aux Romains nous dit qu’Il a déversé la charité dans nos cœurs : vous voyez que la question n’est pas d’avoir fait beaucoup d’études. La parole de Dieu est une déclaration d’amour, et sa logique est celle du cœur, ce qui n’ôte rien à l’intelligence et à la culture, mais en donne la clé.

Pourquoi, selon vous, cette Tradition est-elle méconnue ?
Une cause lointaine me semble le divorce prononcé à la Sorbonne au XIIIe siècle entre la littérature spirituelle et la théologie universitaire. Depuis sept siècles, les professeurs de théologie regardent de haut des auteurs tels que saint Jean de la Croix et saint François de Sales, même si, paradoxalement, ce sont en général ces derniers qui sont déclarés docteurs de l’Église ! On peut aujourd’hui être docteur en théologie sans avoir lu une page de Thérèse d’Avila ou de Jean de la Croix, tous deux docteurs de l’Église !


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Le résultat est que bien des paroisses ou des diocèses proposent des formations bibliques de qualité, mais que bien peu est offert pour apprendre à lire Thérèse d’Avila vous expliquant le développement d’une vie d’oraison, ou saint François de Sales vous parlant des degrés de l’amour de Dieu.

Qu’est-ce qui fait d’un écrit spirituel un texte opportun pour la méditation des fidèles ?
Une canonisation, au moins à l’époque moderne, est un label officiel qui invite le fidèle à suivre sans réserve l’enseignement du saint. Et l’Église renforce encore cette invitation quand le saint est déclaré « docteur ». De toute façon, le premier acte d’un procès de canonisation est de vérifier à la loupe la parfaite concordance de cet enseignement avec celui de l’Église. Commençons donc par les saints, par les grands, sans nous égarer dans les écrits douteux qui souvent jouent plus sur le merveilleux et les sentiments qu’ils ne nous invitent à la foi : « J’ai remarqué que beaucoup ne font point de différence entre Dieu et le sentiment de Dieu, entre la foi et le sentiment de la foi, ce qui est un très grand défaut ! », disait saint François de Sales.

Ne doit-on alors lire que des écrits de saints « officiels » pour nourrir sa vie spirituelle ?
Il est vrai que la Tradition spirituelle compte de nombreux auteurs qui ne sont pas canonisés. Il y a ceux qui, clairement, pourraient être canonisés et ne posent aucun problème de fiabilité, un Père de Caussade par exemple, auteur d’un fameux livre sur L’Abandon à la providence divine ; il y en a d’autres, telle une Jeanne Guyon, qui sont passionnants, mais sujets à caution. Le tout est d’être guidé par quelqu’un de compétent, et qui, notamment, saura indiquer le degré de fiabilité du texte proposé. Guider les fidèles dans leurs lectures spirituelles fait partie des missions de l’Église, dépositaire de la Tradition.

Lire ou méditer, est-ce prier ? Quel est le lien entre la fréquentation des auteurs spirituels et la prière ?
Le chartreux Guigues II, au XIIe siècle, expose le déroulement de la vie spirituelle du chrétien dans les quelques pages de son Échelle du Paradis. Il décrit le moine comme un « ruminant » : comme la vache broute l’herbe, l’avale, puis la régurgite et la mâche avant de l’avaler de nouveau et de l’assimiler, il y a un va-et-vient continuel dans la vie spirituelle entre la parole de Dieu lue et méditée, et sa digestion et assimilation, ce qui correspond à la contemplation proprement dite.


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Toute relation entre deux personnes a besoin de ces moments de parole et de ces moments de silence : deux fiancés se parlent, puis se taisent, puis reparlent avant un nouveau silence qui en dit plus que ce qu’ils se disaient en se parlant, et c’est ainsi que se tisse peu à peu leur vie commune. C’est comme cela que la prière libère peu à peu en nos cœurs la charité que Dieu y verse, que des moments de prière explicite sont nécessaires pour que toute la vie devienne prière. Voilà pourquoi aussi il y a mille façons de prier, avec beaucoup ou peu de textes selon les appétits, avec beaucoup ou peu de mots, de gestes ou d’images, selon les époques et les tempéraments, et que toutes convergent vers cette transformation en Dieu.

Certains textes ne sont-ils pas dépassés par rapport au monde d’aujourd’hui ?
Le monde a changé, tant pis pour lui ! Stat crux dum volvitur orbis ! (« Le monde change, la Croix ne bouge pas ! »), disent les Chartreux.  Si l’Église a développé sa prédication, elle ne l’a pas changée. Bien sûr, les textes vieillissent, et c’est pourquoi j’insiste sur la nécessaire compétence des maîtres de lecture, qui écarteront les obstacles techniques nés de ce vieillissement.

Une session de lecture traditionnelle est réussie quand les participants en repartent non pas d’abord plus savants, mais plus chrétiens.

Mais le ministère apostolique tel que le décrit saint Paul n’est-il pas justement d’apprendre aux fidèles à lire ? Et cela « jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ », écrit-il aux Éphésiens. Voilà l’école des saints ! Et n’exagérons pas le décalage culturel entre un saint Bernard au XIIe siècle et nous : nous avons la chance d’appartenir à une langue et à un pays de grande tradition religieuse, et le succès des textes proposés dans nos livrets prouve que saint François de Sales ou Fénelon restent très lisibles.

Que vous apprend votre apostolat sur la soif spirituelle des fidèles chrétiens ?
Une session de lecture traditionnelle est réussie quand les participants en repartent non pas d’abord plus savants, mais plus chrétiens. Pour cela, il faut donner les mots qui vont libérer la grâce, il faut « parler la langue que Dieu parle », dirait Jean de la Croix. Pour enseigner cette langue, le pasteur est celui qui ouvre l’Évangile à la bonne page, permettant au fidèle de comprendre de mieux en mieux ce que Dieu vit avec lui et en lui.

L’époque s’y prête mieux qu’il y a vingt ans : l’idéologie n’intéresse plus, et l’Église comme institution plus guère ; en revanche, Dieu passionne, et la demande proprement religieuse explose. Chez les chrétiens, cela se manifeste par un retour à la prière, à l’adoration et à la confession. Et chez les autres, je constate que l’intérêt pour la grande littérature mystique devient le fait de gens qui, tout en se déclarant agnostiques, n’ont jamais tant étudié et publié les textes de notre Tradition.

Propos recueillis par Sophie le Pivain


ASH WEDNESDAY,GIRL

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