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Le Seigneur appelle à la sainteté, pas au perfectionnisme

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© Andrey_Popov

Edifa - Publié le 10/10/20

Votre désir de perfection empoisonne votre vie et celle de votre entourage ? Quelques conseils presque parfaits pour en modérer les exigences.

Retour en 1945. Intimidée, Anne descend le grand escalier de la maison familiale. À 5 ans, elle voit son père pour la première fois. Le voici, considérablement amaigri. Il vient de rentrer de captivité en Allemagne. Il l’observe et dit : « Remonte accrocher correctement ta bottine : un bouton n’est pas attaché ». Raconté par sa petite fille, cet exemple extrême est à considérer dans un contexte où l’habitude n’était pas aux grandes effusions. Mais il illustre quelques facettes du comportement perfectionniste : idéal élevé, souci du détail, difficulté d’aimer et de se laisser aimer. Tout petits déjà, « certains enfants anxieux n’arrivent pas à finir un devoir, car ce n’est jamais assez bien », constate Brigitte de Baudus, mère de famille et formatrice à l’Ipef. Cette tendance s’explique souvent par un besoin de se savoir aimé, un désir inconscient de reconnaissance ou une volonté de correspondre à un modèle social.

Vouloir bien faire, qui s’en plaindrait ? Mais le perfectionniste n’est jamais satisfait tant que ses objectifs ne sont pas atteints, tels ce cadre s’imposant un niveau de travail extravagant, cette mère de famille, irrité tant que ses enfants n’ont pas 18 de moyenne générale ou ce père s’épuisant à ranger la maison après son travail. Pour Yves Boulvin, psychologue, formateur en relations humaines et consultant : « Désirer s’améliorer, changer, aller vers le meilleur de soi-même, c’est bien, mais croire qu’on peut être parfait, crée une tension, un stress. Seul Dieu est parfait ». Là est le piège : choisir la perfection comme programme de vie.

Quand le perfectionnisme entrave la relation avec Dieu

Dans une émission de KTO sur la tempérance, la philosophe Chantal Delsol expliquait : « Tout a une limite, y compris les meilleures choses. On s’imagine que la perfection est de ce monde et qu’en poussant à bout une vertu, on la possédera, cela ne marche pas comme ça dans le monde humain ». À vouloir atteindre la perfection ici-bas, on risque d’entrer dans une logique comptable, de faire comme les enfants qui s’appliquent pour obtenir une récompense, de tomber dans l’orgueil de tout maîtriser, le pharisaïsme. Dans la vie spirituelle, cela peut se traduire par le scrupule, remarque Brigitte de Baudus : « Si notre examen de conscience ressemble à un catalogue, si l’on a le nez collé à ce que nous avons fait ou pas, si l’on ne considère pas l’amour que nous mettons dans nos actes, il y a un problème ».

« À vouloir atteindre la perfection ici-bas, on risque d’entrer dans une logique comptable, de faire comme les enfants qui s’appliquent pour obtenir une récompense, de tomber dans l’orgueil de tout maîtriser, le pharisaïsme. »

Quand Jésus nous commande d’être parfaits comme notre Père céleste est parfait (Mt 5,48), il nous appelle à la sainteté, pas au perfectionnisme. « C’est la contrition, l’élan d’amour qui fait aller au Ciel, pas le fait d’être tout parfait », commente Yves Boulvin. L’exemple type, c’est saint Paul, comme l’explique le père Alek Zwitter : « Juif profondément croyant, il était convaincu que l’exécution fidèle de sa Loi l’amènerait à la perfection spirituelle. Après sa conversion, ayant remis à Dieu son imperfection, il a trouvé une source intarissable de paix intérieure, de joie et de force vitale ».


POPE ANGELUS

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Ne pas s’étonner de ses imperfections

Le comportement perfectionniste ressemble à une machine qu’on ne peut arrêter tant que le programme n’est pas terminé. Béatrice, 55 ans, lucide sur son travers hérité de son grand-père, l’officier captif, reconnaît : « Je ne me repose pas tant que je ne suis pas dans le niveau de confort que j’ai imaginé pour moi. Avec l’âge, j’ai accepté de lâcher prise mais se défaire de cette habitude, c’est tout un trajet de vie ». De fait, les personnes perfectionnistes sont souvent victimes du burn-out. Une seule réponse : le réalisme. Il passe par la connaissance de soi et l’humble reconnaissance de ses limites. « Je reçois souvent des femmes se reprochant le soir de s’être énervées contre leur mari et leurs enfants. Je leur demande : “Avez-vous pris un temps pour vous dans la journée ?” », raconte Yves Boulvin. S’autoriser des moments à soi, apprendre à déléguer et prier s’avèrent indispensables pour décrocher.

Prendre conscience des attentes des autres permet aussi d’adoucir certaines exigences. « J’ai remis un dossier à mon patron. Selon mes critères, il était juste convenable. Il l’a trouvé excellent. Je ne m’y attendais pas ! », avoue Béatrice. Les autres mesurent rarement la somme d’efforts nécessaires pour faire un bon dîner, ne se formalisent pas d’un peu de poussière sur un meuble, s’amusent plutôt d’un enfant aux chaussettes dépareillées. Le perfectionniste est particulièrement sévère vis-à-vis de lui-même. À force de ne pas atteindre des objectifs inatteignables, son estime de soi finit souvent par baisser. Mieux vaut alors s’efforcer d’appliquer le sage conseil de saint François de Sales :

« L’un des meilleurs usages que nous puissions faire de la douceur, c’est de l’appliquer à nous-mêmes en ne nous étonnant jamais de nos imperfections ».

Une prière pour se libérer du perfectionnisme

S’il a tendance à s’éreinter tout seul, le perfectionniste fatigue aussi les autres quand il ne leur impose pas ses propres critères de perfection. Comment avoir bonne conscience dans votre transat si à côté de vous virevolte une acharnée du jardin ? Comment se sentir libre si votre mari exige que vous soyez parfaitement apprêtée quoi qu’il arrive ou s’il refait cent fois les comptes du ménage ? Comment ne pas se sentir découragé quand un professeur pointe le seul détail qui cloche dans votre copie ? « Mes fils ont un jour inventé un refrain commençant par “Maman qui stresse, Maman qui flippe…”, cette ritournelle revenant régulièrement en période de suractivité, j’ai réalisé que je leur menais une vie impossible et commencé à laisser de la place à la vie et à l’imprévu », témoigne Félicie, 47 ans.

Plus grave, constate Patricia : « Le perfectionnisme rend froid, pas aimable, inaccessible. Il n’y a pas de place pour les autres dans la perfection ». « Qui voudrait aimer un modèle ?, interroge le père Pierre-Marie. Pour se laisser aimer, il faut accepter d’être imparfait. » Se libérer du perfectionnisme est un long chemin qui passe par un dépouillement et une prière :

« Seigneur, apprends-moi à m’accepter tel que je suis ! »

Pour Brigitte de Baudus, « On n’a jamais fini de le dire, mais c’est quand on est fragile que le Seigneur vient ».

Bénédicte de Saint Germain


WORRIED MAN

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