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Succession : comment faire pour que les biens reçus de ses parents servent le bien de tous ?

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Edifa - Publié le 24/09/20

L'ouverture d'une succession réveille souvent des sentiments anciens que chacun aurait préféré laisser de côté. En préparant son testament ou en héritant des biens de ses parents, il est important de veiller à ce que le partage ne se transforme pas en pugilat.

Les croyants ont-ils un meilleur comportement que les autres lors des successions ? Frère Jean Emmanuel de Ena, Carme, explore la dimension spirituelle de l’héritage et donne quelques repères pour tendre vers de justes partages.

Pourquoi dites-vous que l’héritage est l’heure des bilans ?

Frère Jean Emmanuel de Ena : L’héritage intervient souvent à un moment de remise en cause, à un moment de crise du milieu de vie. C’est l’heure des bilans. Qu’ai-je hérité de mes parents ? Que vais-je accepter de leur héritage et que vais-je refuser, au-delà du matériel ? Car ce dont j’hérite va bien au-delà des possessions, mais concerne la culture, la mentalité, la foi. Autre question : quelle est ma façon de posséder ces biens ? On voit l’argent comme une sécurité matérielle, mais, en fait, c’est la sécurité affective que l’on recherche. L’homme occidental s’identifie souvent à ce qu’il a, non à ce qu’il est : plus je possède, plus je suis. Le riche, c’est celui qui a plus que moi. Jamais personne ne vous dit : « Je suis riche » ! Enfin, je peux m’interroger sur le type de mes relations avec ma fratrie.

Avec ses parents, avec ses frères et sœurs, quelle est l’attitude juste ?

D’abord, remettre la relation entre les mains du Seigneur. Suis-je dans le cas où je n’ai jamais osé dire la vérité à mes parents parce que j’attendais l’héritage, ou bien dans une attitude vraie, au risque d’être moins gâté ?

L’héritage révèle l’état réel d’une famille, au-delà de l’état apparent, avec tous les faux-semblants de l’apparence et toute la politesse qui va avec.

Je remarque souvent, dans nos milieux chrétiens, le syndrome de la parfaite jeune fille ou du parfait jeune homme de pensionnat. Il n’a jamais fait de véritable crise d’adolescence car il a toujours voulu correspondre à l’image parentale. Il ne s’est jamais positionné en adulte. Il a fait ce qu’on lui demandait : ne pas parler d’argent, ne pas se mettre en colère, « s’écraser ». Souvent, l’héritage fait exploser cette fausse identité, et c’est le couple qui en pâtit car le conjoint n’est plus le même ! Quant à ma relation avec mes frères et sœurs, je dois me questionner : quel est la nature de mon rapport avec eux : dépendance, domination, concurrence ? Si je présente ma fratrie au Seigneur, cela va permettre une justesse et une purification des relations.

Les conflits sont-ils tous négatifs ?

L’héritage révèle l’état réel d’une famille, au-delà de l’état apparent, avec tous les faux-semblants de l’apparence et toute la politesse qui va avec. J’ai rencontré une famille riche, catholique pratiquante, où l’héritage a révélé la vraie situation spirituelle des personnes et provoqué une crise d’identité. Ils se sont demandé quelles étaient leurs véritables valeurs et ce qu’ils voulaient transmettre à leurs enfants. Parfois, cette crise est très bénéfique, car elle va jusqu’à remettre en cause la forme de vie elle-même, la valeur qu’on donne aux sécurités matérielles. L’héritage peut secouer !

La parabole de l’enfant prodigue n’a-t-elle pas un éclairage à donner ?

Le fils cadet demande son héritage, comme s’il déclarait son père mort : son rapport à son père est déjà faussé. Comme il se sent coupable, il pense qu’il n’a plus droit à la filiation ; mais la filiation ne se perd pas, car le véritable héritage, c’est la relation père/fils.


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L’aîné, quant à lui, se situe comme un salarié par rapport à son père. C’est le syndrome de l’enfant modèle ; il dit : « Je te sers » et non : « Je t’aime, je suis ton fils ». Comment avoir un bon rapport au frère si la relation au père est mal fondée ? En demandant à Dieu de venir la rétablir ! L’héritage est un moment essentiel qui touche à la mort, à l’être et à l’avoir, à ma relation à Dieu et à ma famille. Je vois des héritages qui se passent très bien grâce à des relations de vérité.

Quelle serait la meilleure façon d’envisager cette transmission ?

Dans les milieux aisés, l’héritage signifie souvent possessions et sécurité matérielles. Des parents se sacrifient toute leur vie pour leurs enfants, au point d’être absents, alors que les enfants auraient préféré leur présence. Quelle hiérarchie des valeurs transmettent-ils ? Ils assurent l’avenir matériel de leurs enfants mais les handicapent spirituellement et affectivement.

Dans l’héritage, il faut se battre, c’est sûr, pour la justice, mais avec cette question en tête : comment faire pour que ces biens reçus de nos parents servent le bien de tous ? Car si je lèse le bien commun, je me lèse moi-même.

Ma foi change-t-elle ma notion de l’héritage, ou bien ai-je la même approche que ceux qui ne croient pas ? Si c’est le cas, ma foi n’est pas vécue comme un critère premier. La parole de Dieu est première, même quand mon milieu me dit l’inverse.

Dans l’héritage, il faut se battre, c’est sûr, pour la justice, mais avec cette question en tête : comment faire pour que ces biens reçus de nos parents servent le bien de tous ? Car si je lèse le bien commun, je me lèse moi-même.

Qu’en dit l’Écriture ?

Le peuple d’Israël n’est que le gérant de la Terre promise. Nous aussi, nous ne sommes pas possesseurs, mais seulement gestionnaires. Tout bien appartient à Dieu, qu’il soit matériel ou spirituel, intellectuel ou physique. Je n’en suis pas la source : elle est extérieure, et je suis appelé à faire fructifier l’héritage reçu.

Nous avons toujours tendance à idolâtrer les possessions matérielles et à leur donner la place qui revient à Dieu. Si Dieu est premier dans ma vie, Il m’aidera à les gérer. Il va sûrement me demander des comptes sur la manière dont j’ai administré mes biens, dans le respect des personnes. Ai-je accepté de vendre mon âme pour donner un héritage important à mes enfants ? Est-ce alors un bon héritage ? Il faut bien distinguer sincérité et vérité. Par ailleurs, la deuxième Béatitude (Mt 5, 5) « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage », lie la douceur et l’héritage. On ne l’obtient pas en l’arrachant mais en le recevant. Avec le Christ, nous sommes co-héritiers de la vie éternelle. Cette vie où je m’installe, n’est pas la seule !


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Propos recueillis par Florence Brière-Loth

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