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Vous venez de déménager ? Faites bénir votre nouvelle maison !

FAMILY ORGANIZING HOME
SHUTTERSTOCK
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Faire bénir sa nouvelle maison peut être une bonne manière de poser de vrais repères et d’installer le Seigneur sous son nouveau toit.

« À chaque déménagement, nous avons fait bénir notre appartement. C’est pour nous l’occasion de remercier Dieu et de placer sous sa protection ce que nous y vivons et ceux qui y sont accueillis. » Benoît, la trentaine, n’aurait pas imaginé s’établir dans son nouveau chez soi sans ouvrir sa porte au curé. Sous les yeux de son épouse et de son petit garçon, un prêtre a officié et bénit leur nouvelle maison, pièce par pièce. « Écoute, en ta bonté, la prière de tes serviteurs en ce jour où ils inaugurent leur maison… » Ces suppliques du rituel accompagnant l’aspersion d’eau bénite sont familières au prêtre. Enracinées dans la sagesse de l’Église, ces liturgies familiales rencontrent l’enthousiasme des fidèles. Telle cette famille qui a profité de la venue du prêtre pour confier à Dieu sa nouvelle maison, ou ces jeunes mariés qui ont osé inviter leur curé à leur pendaison de crémaillère.

Une pratique qui s’enracine dans la liturgie du peuple d’Israël

Parmi toutes les bénédictions possibles – un lieu de travail, un commerce, une voiture –, celle invoquée sur le toit et les murs d’un foyer revêt une épaisseur particulière. « Cette pratique s’enracine dans la liturgie du peuple d’Israël, elle rappelle le sang de l’agneau pascal que les Hébreux ont mis sur leur porte avant la fuite en Égypte, détaille le père Emmanuel Roberge. Durant les premiers siècles, temps de persécution, la foi est vécue au sein des foyers, la domus ecclesiae, « maison d’Église ». La première liturgie chrétienne était célébrée à la maison. »

Une place centrale dont témoignent nombre de passages bibliques, depuis l’hospitalité d’Abraham jusqu’aux visites de Jésus à Marthe, Marie, Zachée, etc. Résonne aussi la consigne de Jésus aux disciples missionnaires : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : « Paix à cette maison ». » (Lc 10, 5) Une paix qui vient s’établir entre les murs comme elle s’étend à tous les hôtes. Le jour où leur maison a été bénie, « moment de grâces, de joie et de fête », Marion et Louis-Marie ont invité leurs familles respectives. « C’est une façon de remettre notre lieu de vie entre les mains du Seigneur et de protéger notre famille. Ça nous semble indispensable », témoignent ces jeunes parents.

Parmi les fidèles, certains souhaitent protéger, voire libérer, leur lieu de vie de toute influence malsaine. « On ne sait pas forcément ce qui a pu s’y passer avant notre arrivée… », glisse Benoît. Le père Emmanuel Dumont, exorciste, reçoit de nombreuses demandes de ce genre. « La maison est le lieu d’un combat spirituel comme toute l’Église, précise-t-il. Quand je viens bénir une habitation, j’aime puiser dans l’ancien rituel qui propose une prière pénitentielle, où l’on demande pardon pour ses propres péchés et ce qui a été commis de mal dans la maison. Cela peut aussi être l’occasion de prier pour les personnes qui y sont mortes sans y être préparées. » Le prêtre utilise alors eau et sel bénits, encens et huile pour oindre portes et fenêtres.

Des formules algébriques inscrites à la craie au-dessus des portes

Qui se renseigne sur les rites de bénédiction découvre un trésor patiné par des siècles de piété populaire. En France, dans le Calvados, on pourra être surpris d’apercevoir des formules algébriques inscrites à la craie au-dessus des portes : « 20 + C + M + B + 18 ». Résurgences d’une tradition de l’Épiphanie méconnue en France, elles sont courantes dans les pays germaniques. Ces initiales correspondent à l’invocation « Christus mansionem benedicat », soit « Que le Christ bénisse cette maison », encadrée des chiffres de l’année nouvelle. On y lit aussi les initiales des rois mages, Gaspard (ou Caspard), Melchior et Balthazar. « Les rois mages sont venus adorer l’Enfant-Jésus et en retournant chez eux, ils ont répandu sur leur chemin la nouvelle de cette vie divine », explique l’abbé Guilhem de la Barre.

Du 6 au 13 janvier, le prêtre a parcouru les routes normandes pour bénir une quarantaine de maisons. À la craie, il a tracé cette inscription sur chaque linteau de porte. « La bénédiction des maisons rend visible que, par son incarnation, notre Seigneur Jésus-Christ, le Verbe fait chair, « a habité parmi nous » et qu’il agit en nos âmes dans la vie de tous les jours, dans l’humilité de la vie domestique quotidienne. » L’Église propose cette tradition dans le Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Le chef de famille peut lui-même mener cette liturgie familiale et inscrire la formule idoine à la craie, bénie lors de la messe de l’Épiphanie.

Contrairement à la craie, l’eau bénite, elle, ne laisse aucune trace visible sur les murs. Le logement demeure pourtant dans les mains de Dieu. « Il est donc très important d’exposer aux yeux de tous icônes, statues, bibles ou livres de prière », rappelle le père Emmanuel Roberge, afin de bien signifier la présence du Seigneur dans cette demeure. Des signes qui témoignent que la maison chrétienne, « quasi consacrée », est « une cellule vivante du corps de l’Église ».

Noémie Bertin