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Comment réussir sa paternité ?

OJCIEC Z SYNEM
goodluz | Shutterstock
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On ne devient pas père uniquement lorsque l’enfant naît. La paternité se déploie tout au long de la vie d’un homme. Quelques pistes pour la réussir.

Henri l’avoue : il a écrasé une larme devant l’échographie qui laissait deviner la silhouette de son tout-petit. Sans honte, mais simplement humble devant le grand mystère de la vie, il a pris conscience de sa responsabilité de père sur le point d’advenir. « Je m’étais préparé à être père au moment du mariage. Mais c’était plutôt un concept, avant la grossesse de mon épouse. Le temps de l’attente ne représente pas pour l’homme tous les bouleversements vécus par la femme. On se contente de projeter l’image que l’on se fait de l’enfant à venir et celle du père que l’on voudrait être. »

Le sentiment diffus de la paternité commence surtout le jour de la naissance, devant l’immensité de la rencontre. Mais tout le reste est à faire. « Pour la femme, le passage est biologique, pour l’homme, c’est inévitablement plus complexe », explique le père Denis Metzinger, curé de la paroisse Saint Étienne-du-Mont à Paris et vicaire épiscopal pour la famille. « Il lui faut faire un double passage : celui d’homme à époux, puis d’époux à père »

Se découvrir père, l’histoire d’une vie

Si la grossesse d’une femme suffit à éveiller en l’homme cette paternité naturelle, se découvrir père est l’histoire d’une vie. Dès son enfance et son adolescence, le garçon peut s’imaginer père. Il désire connaître la joie de ceux autour de lui dont il découvre la paternité, à commencer par son propre père, mais aussi tous ceux qui marquent sa route par le rayonnement de leur paternité. Plus tard, l’âge adulte le conduit, avec les responsabilités qu’il faut assumer, à développer ce sentiment : je suis capable de servir la vie, de la protéger et aussi de transmettre.

Lorsque l’enfant paraît, nombre de jeunes pères découvrent cette relation si particulière. Elle n’intègre pas seulement des questions d’autorité, de valeurs et de transmission, mais aussi et avant tout un amour agapè, un amour total. « Je serai prêt à donner ma vie en un clin d’œil pour chacun de mes enfants, j e mets cet amour au centre de la communication avec mes enfants, il éclaire tout, il aplanit vraiment tout », confie Jean-François, père de six enfants.

Être père, c’est reconnaître que son fils ou sa fille est vraiment tout autre que soi, reconnaître en même temps que cet être nous reste irrévocablement lié.

Dès le début de la relation, le jeune père est déjà capable de sentir, parfois avec plus d’acuité que la mère, que son enfant est un autre. Alain, trois enfants, se souvient ainsi de l’émotion inattendue qu’il a ressentie lorsqu’il a déclaré son bébé premier né à la mairie : « Voici Mathilde, fille de…, petite-fille de… Ce qui était une formalité m’a fait prendre conscience que ma fille ne m’appartenait pas, mais qu’elle s’intégrait dans une lignée ».

Ainsi, comme l’explique le père Alexis Leproux, vicaire général du diocèse de Paris, « l’amour paternel a ceci de spécifique qu’il associe de façon très nouée le sentiment d’intimité et d’altérité. Être père, c’est reconnaître que son fils ou sa fille est vraiment tout autre que soi, reconnaître en même temps que cet être nous reste irrévocablement lié ».

La paternité n’est pas automatique. Elle se déploie tout au long de la vie d’un homme. Il s’agit d’ailleurs bien plus d’une mission et d’un don que d’un sentiment, trop éphémère.

Profondément ancrée dans cet amour si particulier, la paternité n’est pas automatique. Elle se déploie tout au long de la vie d’un homme. Il s’agit d’ailleurs bien plus d’une mission et d’un don que d’un sentiment, trop éphémère. « On reçoit cette paternité du cheminement de sa vie, conduit par la Providence, celui qui nous associe à l’œuvre créatrice et rédemptrice de Dieu. Il convient de cultiver ce don qui, s’il porte certaines caractéristiques spontanées, exige aussi un long apprentissage », précise encore le père Alexis Leproux.

Les pères ont besoin de retrouver le sens de la gratuité, de l’humilité et de la patience pour remplir cette vocation. Et c’est dans le couple que se cultive le don de la paternité – comme celui de la maternité. Le principal apprentissage du père consiste à « fonder sa relation paternelle sur l’alliance conjugale. Le second est de renoncer à toute projection ou attente de réciprocité » ajoute le père Leproux. Selon lui, « la plus belle porte de la paternité est le cœur de l’épouse, qui dépose l’enfant dans les bras de son père. Elle l’encourage à parler, jouer, prier avec lui. Cette porte peut s’ouvrir de mille manières tout au long de l’enfance ». De ces échanges entre la mère, le père, l’enfant, la famille se trouve grandie.

Hors du cercle familial, le sens de la paternité recèle une dimension universelle. Prêtres, célibataires, enseignants, éducateurs… reçoivent « ce don que Dieu fait à l’homme de contribuer, par sa parole et par son action, à éveiller les personnes à ce qu’elles sont vraiment. La naissance d’un enfant est l’événement par excellence de la paternité, mais l’éveil des consciences et l’éducation à la liberté sont des lieux très profonds où chaque homme est appelé à l’expérimenter ».

Ariane Lecointre-Cloix

Ils se sont sanctifié dans l'exercice de leur paternité :