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Vous partez à la retraite ? N’ayez pas peur !

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© fizkes
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Dans une société obsédée par le rendement et l’efficacité, la fin de la vie active est vécue par beaucoup comme une mise au placard, voire comme une petite mort. Comment surmonter l’humiliation de se sentir inutile et improductif quand on s’est tellement donné à son travail ?

Le passage à la retraite, quel que soit son âge, est une étape importante. La page de la vie active se tourne. La nouvelle vie comprend bien des possibilités, mais surtout des inconnues qui peuvent parfois faire peur, voire pousser à la dépression.

« Il faut se demander : comment puis-je encore remplir ma vie ? Qu’est-ce que je dois faire pour qu’elle ait encore du sens ? », explique la psychologue Geneviève de Taisne dans son ouvrage Au plaisir des grands-parents. Et de poursuivre : « Pour y parvenir, il faut accepter de faire un passage qui est de l’ordre du deuil : deuil d’être parent, deuil de certaines activités, deuil d’attendre que la société vous donne votre identité, votre être, le sens de votre vie. À un certain âge, on doit se donner soi-même ses raisons de vivre ».

Le travail de deuil est donc un passage obligé. Il faut mourir pour renaître. « J’ai mal encaissé de me retrouver sur le carreau », reconnaît Francis, enfin apaisé après deux ans de sérieuse déprime. « Heureusement, Solange, mon épouse, était là et m’a aidé à lâcher le passé et à regarder l’avenir sereinement ». Plus que jamais, le conjoint vulnérable a besoin du soutien et de l’écoute de l’autre. Raison de plus pour préparer l’échéance à deux, pour ne pas attendre d’être au pied du mur pour en discuter ensemble et partager des projets.

Trouver de nouvelles activités

« J’ai encore du temps à donner », affirme Robert, qui va bientôt partir à la retraite. L’échéance approche, il a quelques projets en tête, et une certitude : « Pas question de rester se tourner les pouces à la maison, j’ai besoin d’action ! » À ses côtés, sa femme approuve… et sourit : « Nous sommes bien d’accord là-dessus : chacun son espace vital ! » Finis les soucis professionnels et les impératifs familiaux, le couple retraité peut enfin profiter d’une liberté bien méritée. À chaque couple sa façon d’accueillir la liberté toute neuve. Certains s’en grisent et vivent une sorte d’égoïsme à deux, d’autres y voient l’occasion de s’ouvrir ensemble à une nouvelle existence. Il faut parfois accueillir un temps de flottement où chacun s’accorde et règle son rythme sur celui de son conjoint avant de prendre ensemble un nouveau départ.

Qu’allons-nous faire à la retraite ? À chaque couple de se poser la question et de réfléchir ensemble avant de se lancer.

« Les goûts et le caractère de chacun entrent en ligne de compte », prévient Laure, qui vit avec son mari une retraite avec plus d’indépendance que ce qu’elle avait imaginé. « J’ai vite compris que je n’arriverais pas à entraîner Bernard dans mes projets. Il s’est forcé une ou deux fois pour me faire plaisir, mais dès que j’ai ouvert la cage, l’oiseau s’est envolé ! », regrette-t-elle, un brin nostalgique. Bernard s’est lancé corps et âme dans une association d’aide aux détenus et s’y dévoue avec une passion dont son épouse se sent un peu exclue.

Qu’allons-nous faire à la retraite ? À chaque couple de se poser la question et de réfléchir ensemble avant de se lancer. Attention au danger de vouloir en faire trop et de partir dans tous les sens… Gare aussi au retrait frileux du ménage qui, par crainte de se faire dévorer par trop d’engagements, ne fait plus rien !

Se consacrer à sa famille

À la retraite, de nombreux grands-parents se consacrent à leurs petits-enfants : le soir, le mercredi, le week-end ou pendant les vacances scolaires. Cette intergénération crée des liens. Monique et Guy consacrent tout leur temps à leur tribu : cinq enfants, dix petits-enfants et les parents de Guy dans la même ville, tout ce petit monde s’entraide et se croise. Toutefois, il n’est pas toujours évident de jongler entre les générations et d’accorder du temps à chacun : « Le lundi, nous réunissons les cousins à déjeuner pour qu’ils se connaissent mieux », explique Guy, toujours partant pour une escapade à vélo avec qui veut le suivre. Ce grand-père confie : « Nous faisons le lien : entre les services rendus aux parents et la présence à nos enfants et petits-enfants, nous avons un rôle prenant… Mais vraiment privilégié ! »

TABLET
Shutterstock | Rawpixel.com

L’augmentation de l’espérance de vie a aussi son revers : lorsque dans le même temps le couple doit accueillir sous son toit un parent âgé, écouter le petit-fils adolescent ou dépanner la mère de famille débordée, il se retrouve écartelé, écrasé par une responsabilité pesante. « Nous n’avons pas un instant à nous », reconnaît Ghislaine, littéralement dévorée par sa famille. Une fille divorcée, son père en maison médicalisée à l’autre bout de la ville – elle court de l’un à l’autre, heureusement épaulée par son mari. « Pas facile dans ces conditions de profiter de cette retraite tant attendue ! » Mais une chose est certaine : bien vécue, la retraite est facteur d’équilibre pour toutes les générations.

Après l’action, vient le temps de l’intériorité

À la retraite renaît aussi la dimension religieuse étouffée par un rythme de vie éprouvant. Certains couples s’investissent alors en paroisse : animation liturgique, catéchisme, groupes de prière… Ils redonnent aussi à la prière une place que la vie de famille et les contraintes professionnelles avaient pu éclipser. « Nous sommes plus disponibles dans notre vie de Foi », confient Louis et Maguy, qui se retrouvent chaque jour pour un temps de prière conjugale et sont partis ensemble en pèlerinage à Jérusalem. Les années ont passé, grandit l’être spirituel. Les loisirs d’une retraite peuvent procurer des joies, mais ils ne satisferont pas toujours ce « plus » qui caractérise la transcendance de la personne humaine. Au soir de l’existence, cette appétence spirituelle se creuse d’une profondeur nouvelle.

Rendre grâce ensemble pour sa famille, louer Dieu de tout le chemin parcouru et déposer à ses pieds conflits et soucis, quel plus beau témoignage d’amour conjugal pour les jeunes générations qu’un couple uni dans la prière et l’action de grâce ? Une vie de couple centrée sur l’Évangile a une ligne directrice et une sérénité qui touchent. Le maître d’œuvre de cette vie renouvelée, c’est l’Esprit Saint. C’est Lui qui purifie, c’est Lui qui sanctifie, c’est Lui qui donne le vrai dialogue aux époux. « La retraite, c’est comme l’eau d’un fleuve qui se jette dans la mer. Peu à peu, elle se décante et devient plus transparente », conclut Louis.

Pascale Albier