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Garder ses amis après le mariage : mission (im)possible ?

BYĆ Z KIMŚ

fizkes | Shutterstock

Edifa - Publié le 07/06/20

Les relations amicales, nées avant ou après la constitution du couple, évoluent et se transforment avec lui. Après le mariage, il est important d’apprendre à gérer seul et à deux ces amitiés pour préserver son couple. Un réaménagement qui se révèle être une belle occasion pour redécouvrir le trésor de l’amitié pour la vie conjugale en construction.

« Au début de notre mariage, je n’osais plus rien organiser avec mes amies, témoigne Anne, mariée depuis deux ans. Je préférais rester avec mon mari… mais surtout, je m’empêchais de faire comme avant. Au fond, j’en souffrais un peu. » Pour Antoine, 34 ans, lui aussi jeune marié, ce fut l’inverse. « Les premiers mois, j’avais tendance à organiser mon temps libre comme avant. » Mais très vite, sa femme se confie à lui : « Elle se sentait exclue et délaissée mais ne voulait pas m’interdire quoi que ce soit », glisse-t-il. Deux témoignages qui révèlent que le mariage nécessite de réaménager sa vie amicale : sortir entre filles comme avant ou partir pour un week-end entre copains, est-ce encore possible, voire souhaitable ? Où se trouve le bon dosage entre l’auberge espagnole et une vie conjugale dans un cocon fermé ?

Entre amis et conjoint, ce n’est pas une histoire de concurrence !

Bénédicte Lucereau, conseillère conjugale, l’affirme : « Les amitiés sont nécessaires à la vie conjugale. Vivre en vase clos, c’est impossible ! » Quant au Père Jean-Miguel Garrigues, il rappelle que l’amour conjugal et l’amour ­d’amitié « relèvent simplement de deux ordres qui doivent rester distincts pour pouvoir être complémentaires ». Car il s’agit bien de complémentarité et pas de concurrence : entre la fusion où l’on ne voit plus ses amis d’avant et l’indépendance totale où ­chacun voit ses amis de son côté, il y a une juste distance à trouver et, « un chemin de conversion à parcourir ».

Avec, comme point de départ, un constat : le mariage opère un tri parmi les amitiés de chacun. Antoine en sait quelque chose. « Quand j’ai expliqué à mes amis que je ne pouvais plus les voir à chaque soirée foot, certains n’ont pas compris : ils ont cru que ma femme m’empêchait de les voir… Je n’ai pas apprécié et peu à peu, on a coupé les ponts. » Mais le plus souvent, ce tri s’opère de façon inconsciente, presque en douceur : « Au bout de quelques refus, certaines copines appellent moins, se souvient Alice, mariée depuis trois ans ».

L’amitié entre époux, base de l’amour conjugal

En effet, si continuer à voir ses amis est nécessaire, Bénédicte Lucereau insiste sur le point suivant : « Rester libre de la fréquence à laquelle on les voit ». Pourquoi ? C’est désormais le conjoint qui a la priorité. « Si tous les jeudis soirs je dîne avec mes amies, explique-t-elle, cela veut dire que tous les jeudis soirs, j’exclus mon mari d’une relation intime. Dans le mariage, on s’engage à faire de son mari son premier confident. » Elle va d’ailleurs plus loin, rappelant que « l’amitié entre époux est la base de l’amour conjugal, pas le sentiment amoureux ». L’amitié est en effet un des moteurs de la vie en couple. « C’est elle qui va durer et se développer. Au fil du temps, ce que l’on allait chercher dans l’amitié avant le mariage va se développer au sein même de la relation conjugale. »

Une dimension pas toujours facile à comprendre, mais pourtant essentielle. « J’ai compris que j’étais vraiment l’épouse d’Hubert quand je n’ai plus ressenti le besoin de me confier autant à mes amies, explique Hélène. Au fond, c’est lui qui me connaît le mieux ! » Pour Alice, très habituée à se confier à ses deux meilleures amies, le changement ne s’est pas fait de soi. « J’ai été très indélicate, j’ai raconté trop de choses, et mon conjoint en a souffert. » Une épreuve qui a fait évoluer leur relation. « Aujourd’hui, j’en dis moins, par respect pour notre vie intime. Quand j’ai besoin d’un conseil, je sais à quelles amies me confier et les limites à ne pas dépasser. » En matière de confidences, il n’y a pas de règle, mais un bon critère : la confiance. Le conjoint peut comprendre que cela fait du bien à l’autre de se confier à un ami. Par amour, il va accepter parce qu’il a confiance en ce confident.

Mais les choses se compliquent quand le conjoint n’a pas confiance, quand il a l’impression que les confidences iront à l’encontre de la relation conjugale, ou contre le bien-être de l’autre. « Il me reste une bonne amie à qui je me confie encore depuis notre mariage, car mon mari la connaît bien. Je sens qu’il fait confiance à son jugement. »

Quand et comment réévaluer ses amitiés ?

Pour le Père Jean-Miguel Garrigues, « l’amitié est la révélation à un autre du secret du cœur, elle est le don confiant à un autre de ce que nous avons de plus précieux ». Pour un couple chrétien, il faut donc se poser la question suivante : est-ce que cette amitié ouvre le cœur ? Est-ce que je me sens libre face à cet ami ? Tous ces critères sont précieux, car ils peuvent par exemple aider de jeunes fiancés à choisir leurs témoins comme des amis sûrs qu’ils embarquent avec eux pour vivre l’aventure du mariage.

Dans ce contexte, les premières années de mariage sont donc décisives, car ce qui se joue est capital : c’est le temps de la construction de la « communauté conjugale », selon les termes de Bénédicte Lucereau. « Dans cette construction, le partage des intimités personnelles de chacun compte beaucoup. » Un partage qui, au fil du temps, va permettre ce que saint Jean-Paul II, dans sa théologie du corps, appelle « la communion des époux ». Pour la thérapeute, les amitiés nouées avant le mariage doivent donc être « réévaluées à travers le prisme de cette communauté conjugale en construction ».

Accepter les amis du conjoint, ça ne va pas toujours de soi !

Il s’agit alors de quitter sa vie de célibataire. Quand on se marie très jeune, comme Hélène et Hubert, la rupture est moins visible, puisque « les deux individus finissent de se construire comme adultes ensemble », note Bénédicte Lucereau. Mais quand on se marie après 30 ans, le virage est plus rude, et parfois douloureux. « J’ai eu du mal à ne plus prévoir mes sorties comme avant ! », confie Alice.

Malgré ces difficultés, au dire des intéressés, le tri opéré par le mariage clarifie les relations d’amitié. « Je sais sur qui je peux vraiment compter », renchérit Alice, dont certaines « amies » ont critiqué les changements que le mariage provoquait dans sa vie quotidienne. « Cela m’a ouvert les yeux, explique-t-elle. Je me suis rendu compte que je m’accrochais à ces amitiés alors qu’elles déclinaient depuis plusieurs années. » Le mariage a été pour elle un « révélateur ». En discutant avec son mari, elle a pris conscience que certaines relations étaient assez superficielles et basées sur trop d’obligations. « Maintenant, je lui confie beaucoup plus de choses, car je sais qu’il est le meilleur juge ! »

Autre défi : accepter les amis de l’autre. Cette « conjugalisation des relations amicales chez les jeunes couples », selon les termes du sociologue Matthieu Loitron, n’a rien d’automatique. « Quand on est amoureux, inconsciemment, on attend du conjoint qu’il partage tout avec nous, même nos amis, note Bénédicte Lucereau. Mais ce n’est pas toujours possible ! » Dépasser ce qui peut rebuter chez les amis de l’autre, voilà qui n’est pas facile… Pour y parvenir, la thérapeute donne la piste suivante : « Faire un effort pour découvrir ce qu’il y a d’intéressant chez cette personne, ce qui fait que le conjoint s’est lié d’amitié avec elle. Cela permet d’entrer dans une connaissance plus profonde de l’être aimé ». Dans tous les cas, prévient-elle, « ne jamais mépriser les liens d’amitié de son conjoint, car l’amitié est un véritable cadeau ». D’autant que celle-ci permet de découvrir son mari ou sa femme dans un contexte différent.

Des amis de chacun aux amis « choisis » ensemble

Plus profondément, les amitiés permettent d’« éviter la fusion, elles sont comme de l’oxygène pour le jeune couple, explique Bénédicte Lucereau. À travers les amitiés, le couple enrichit sa relation car il se confronte aux autres ». Mais ce sont aussi elles qui font du couple un foyer. « C’est le même élan du cœur qui permet au couple d’accueillir les enfants et les amis », confie Madeleine.

D’après Alice, l’hospitalité est d’ailleurs l’un des moteurs de son couple : « Quand nous invitons des amis à dîner, c’est aussi parce que l’on est heureux de partager avec eux notre joie de nous aimer l’un l’autre ». Avec son époux, elle a d’ailleurs choisi ce passage de l’Épître aux Hébreux pour leur messe de mariage : « N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges » (He 13, 2). Les amis, c’est enfin ceux avec lesquels on se lie à deux et qui font partie de l’histoire du couple. Ces amitiés communes, Bénédicte Lucereau les considère comme un « cadeau inestimable ». Un cadeau qui se vérifie dans les difficultés et devient un vrai soutien.

Anna Latron


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