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A-t-on le droit d’être heureux quand les autres souffrent ?

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© Soloviova Liudmyla

Edifa - Publié le 18/05/20

Le bonheur peut être blessant pour ceux qui en sont exclus. La joie des uns peut faire mal aux autres. Alors que faire : ne jamais montrer sa joie ? Bien au contraire !

A-t-on vraiment le droit d’être heureux ? Pouvons-nous lancer notre bonheur à la tête de ceux qui souffrent, qui vivent des drames ? À cette question qui nous étreint tous un jour ou l’autre, le père Jean-Dominique Dubois répond : « Non seulement le chrétien qui a rencontré Jésus peut être heureux, mais il a le devoir d’être heureux ! Dieu ne veut pas la souffrance de l’homme, mais son bonheur, le faire vivre de sa joie. » Pourtant, le mal se déchaîne et touche les êtres humains partout dans le monde. Par compassion, ne devons-nous pas mettre notre bonheur en sourdine pour rester solidaire de ceux qui souffrent ?

Clémence a vécu ce dilemme après la mort tragique, à 19 ans, de la fille de très bons amis. « Je me suis sentie très mal, comme s’il y avait deux mondes parallèles : un monde où tout allait bien et un autre monde synonyme de drame. J’y pensais sans arrêt, je me sentais démunie, je trouvais ma famille désinvolte, égoïste. C’est très compliqué de se positionner par rapport à l’insupportable. » Il est naturel d’être secoué par un événement dramatique qui nous met face à l’énigme du mal. Mais rester bloqué sur des réactions émotionnelles et de révolte enferme dans un repli sur soi toujours stérile. « La peur est le contraire de la foi ! », rappelle le père Jean-Dominique Dubois. Et d’ajouter : « Nous nous culpabilisons souvent par refus de nos limites et parce que nous avons complètement évacué Dieu. Or, Dieu est allé jusqu’à la mort de son fils pour sortir l’homme de sa souffrance. » Pour le père Jacques Philippe, il faut veiller à ne pas généraliser excessivement le « Tout va mal ». « C’est un sentiment psychologique qui ne correspond absolument pas à la réalité. Certaines choses vont mal, mais d’autres vont bien. Il y a de l’amour, de la générosité dans le monde. Et Dieu ne cessera jamais de nous aimer et de s’occuper de nous. Nous pouvons donc nous appuyer sur une réalité solide et belle pour espérer et trouver le courage d’aimer », précise-t-il.

La vraie joie, celle de Dieu, transfigure tout

Chacun cherche le bonheur malgré les vents contraires. Mais pas toujours au bon endroit… Dans une vie uniquement centrée sur soi, sur son seul intérêt personnel, celui-ci peut facilement disparaître face aux contrariétés et aux difficultés. Le Père Dubois en est convaincu : « La vraie joie, celle que Dieu nous offre, est au-delà des sentiments. Elle va donner au bonheur humain sa vraie dimension, irriguer toutes nos joies humaines et transfigurer nos douleurs. » C’est la joie du Christ, dans la communion avec le Père, la joie d’aimer et d’être aimé d’un amour unique, absolu. « N’oublions pas, continue-t-il, que Jésus est entré dans sa Passion en rendant grâce, non par masochisme, mais parce qu’Il peut enfin sauver les hommes que nous sommes et nous attirer dans sa joie ! »

Comment accueillir ce don ? Par un acte de foi. « Il faut croire que le Seigneur veut vraiment nous en faire cadeau et se mettre à genoux pour le recevoir. À chaque eucharistie, Dieu nous donne toute sa joie. Nous devrions la laisser éclater après chaque messe ! », glisse père Jean-Dominique Dubois. Et de poursuivre : « Dieu m’a vaincu par son bonheur ! Depuis mon plus jeune âge, le Seigneur a mis dans mon cœur une joie extraordinaire qui me dépasse complètement. Je suis devenu prêtre car je ne peux pas faire autrement que de la transmettre ! Je suis un serviteur de la joie. Et mon plus grand bonheur, comme prêtre, est de voir des frères et sœurs emprunter ce chemin de la joie. » Nous sommes, en effet, redevables aux autres du bonheur que le Seigneur nous donne. Il s’étiole si nous le gardons pour nous ou nos petits groupes fermés. « À la fin des temps, nous accéderons tous à la plénitude du bonheur. À nous de jouer notre pèlerinage terrestre en partageant, dans et par le Christ, joies et épreuves. »

Être témoin de la joie pour répondre au mal et à la souffrance

Mais comment montrer sa joie à quelqu’un qui souffre sans le blesser, sans l’agresser ? « Il faut respecter sa douleur et accueillir ses émotions négatives, répond le père Jacques Philippe. Que l’autre se sente compris dans sa détresse. Mais, en même temps, garder cette joie simple et humble qui est la joie de l’espérance, et la transmettre dans la mesure du possible. » Dieu n’abandonne personne dans les épreuves même s’Il semble silencieux. Il envoie son amour, délicatement, par petites touches, et compte sur nous pour diffuser sa paix et sa joie. À chacun d’aller rejoindre les autres avec ses talents et sa grâce propre. « Ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, disait Mère Teresa. Mais si cette goutte d’eau n’existait pas, elle manquerait. »

Pour répondre au mal, à la souffrance, nous devons être des témoins de la joie. « Les gens vous disent merci non pas parce que vous avez trouvé une solution à leur épreuve, mais parce qu’à travers votre amitié, ils ont perçu qu’ils étaient aimés d’une façon unique et absolue, conclut père Jean-Dominique Dubois. Alors oui, soyons heureux d’un vrai bonheur ! »

Solange du Hamel




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