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Que dire à un enfant qui a perdu un proche du covid-19 ?

Child and Mother Upset
Shutterstock
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Depuis plusieurs semaines, en cette période de pandémie de covid-19, les enfants sont confrontés chaque jour à la mort sur leur écran de télévision. Mais lorsque le deuil frappe « pour de vrai » un être cher, c’est une insupportable tragédie. Plus que pour un adulte, la mort d’un proche est dévastatrice dans l’existence d’un enfant. Comment l’aider à traverser cette épreuve et lui en parler sans occulter la réalité ?

Le chagrin des enfants endeuillés est largement sous-estimé et méconnu. Quand la mort déferle dans une jeune vie, touchant un grand-parent, un père, une mère, un frère, une sœur ou un oncle, le risque est grand de tenir l’enfant à l’écart d’un événement qui a pourtant une si grande importance pour lui.

Réaliser l’irréversibilité de la mort

Il faut d’abord comprendre ce qui se passe dans sa tête. Le jeune enfant a une représentation de la mort bien différente de celle des adultes. Pour les petits, la mort est comme une absence passagère. « Dis, est-ce que Bonne Maman est morte pour toute la vie ? », entend-t-on parfois. Avec cette croyance que la mort est réversible, l’enfant ne peut pas manifester de gros chagrin à la mort d’un être aimé. Il continue au contraire à lui parler, à entretenir avec lui une relation vivante, souvent cachée à son entourage. Ce n’est que vers sept ans que l’enfant réalise que quand on meurt, c’est pour toujours. Pour l’enfant endeuillé, c’est une étape difficile, car il perçoit qu’il ne verra plus le disparu sous sa forme charnelle. « C’est toujours un moment très émouvant quand un enfant endeuillé nous partage cette prise de conscience de l’irréversibilité de la mort », témoigne le pédopsychiatre Guy Cordier.

« Je n’ai pas très bien compris, demande une petite fille, est-ce qu’il y a une vie après la mort ? ». C’est alors que l’enfant se pose d’autres questions. « Est-ce qu’il sait qu’il est mort mon père ? » Questions éternelles et tellement pertinentes… Arrive ensuite la prise de conscience que tout le monde est appelé à mourir. La mort, inexorable, est alors associée à la vieillesse. On meurt quand on est vieux. À hauteur d’enfant, autant dire que cela n’arrivera jamais ! Il reste donc une notion capitale à acquérir. Et c’est vers dix ans, que le jeune intègre qu’il peut mourir lui aussi, à tout moment. La mort n’épargne personne, pas même lui.

Quand la mort touche un enfant de très près, son entourage peut supposer qu’il ne ressent rien, car l’enfant est avant tout occupé à vivre au présent, à jouer, à rire. Dans ces circonstances perturbantes, il a pourtant grand besoin de repères. Il a d’abord besoin de prendre conscience de la réalité de la mort. « J’ai reçu deux ou trois lettres à la mort de ma sœur. Il y en a aucune qui dit “mort” », s’étonne Jérémie. L’enfant a besoin de savoir la vérité. On lui dira que la personne aimée est morte d’une maladie grave ou d’un accident. Et pas seulement « qu’il s’est éteint, qu’il est parti ou qu’il dort pour toujours ». Ces périphrases le plongent dans la plus grande perplexité, alimentant l’espoir d’un retour. Dans une petite tête, quand on est parti au ciel, on peut en « dégringoler » ; ou « prendre l’avion pour voir Maman qui est au ciel ! ».

Savoir se remémorer

« Après la mort de mon père, on l’a peu “évoqué” », regrette Cyrille. Beaucoup d’enfants sont malheureusement privés de la remémoration, cet élan qui pousse à évoquer le disparu, à l’idéaliser, à regarder des photos, à maintenir le lien. « On a besoin de cette évocation », avertit le Dr Cordier, « pour garder une certaine stabilité psychique ». Or, pour la plupart des enfants endeuillés, ce partage est confisqué. On ne veut pas les embêter avec cela. Pourtant, le deuil est le contraire de l’oubli.

Pour aider l’enfant à traverser cette difficile épreuve il est important de l’encourager à évoquer des souvenirs : confectionner un album photo ou une boîte à souvenirs, accorder de l’importance aux dates, aux fêtes où l’absence est particulièrement ressentie. Il faut aider l’enfant à écrire ses souvenirs personnels avec le défunt. Plus tard, devenu grand, il pourra s’approprier cette banque de données qui lui parlera d’une maman, d’une sœur ou d’un papa qu’il a si peu connus. « Nous continuerons toujours à aimer celui qui est mort. Nous ne l’oublierons jamais. Il restera vivant dans ton cœur. » Voilà une phrase importante à dire à un enfant endeuillé.

Les écueils les plus fréquents rencontrés par l’enfant endeuillé

Enfin, aussi surprenant que cela puisse paraître, beaucoup d’enfants se sentent profondément coupables de la mort de l’un de leurs parents, de leur frère ou sœur. Rarement consciente, cette culpabilité s’exprime par des rêves, par des troubles du comportement, où l’enfant cherche à se faire punir, par un syndrome dépressif. « Il est fondamental de savoir que l’enfant éprouve ce sentiment de culpabilité, tout simplement lié à sa condition d’enfant, ajoute le pédopsychiatre. Il faut lui dire qu’il n’est en rien responsable de la mort de son proche. Il est important de lui dire : ‘’Tu n’es pas responsable de la mort de ton grand-père. Rien de ce que tu as dit, pensé ou fait n’a entraîné sa mort’’. »

« Il est essentiel de permettre à l’enfant de s’exprimer sans crainte de déranger. »

Difficulté à appréhender la réalité objective du décès, difficulté à se remémorer, culpabilité, tels sont les écueils les plus fréquents rencontrés par l’enfant endeuillé. Pour l’aider, il est essentiel de lui permettre de s’exprimer sans crainte de déranger. Tout enfant a besoin de savoir qu’il est non seulement normal de ressentir de la colère, de la culpabilité, de la honte, de la peur, mais qu’il est nécessaire de les exprimer. Il faut favoriser l’expression des sentiments attachés à la personne disparue. Sinon ces émotions s’enkystent, favorisent la mise en place de structures défensives.

Se montrer attentif à ce que l’enfant ressent, à ce qu’il exprime physiquement ou verbalement, l’informer, c’est d’emblée lui faire toute sa place et lui permettre de cheminer dans la forêt du deuil. À la racine de ce mot, il y a le verbe latin dolere, souffrir. On ne soigne pas cette douleur, on l’accompagne. Le deuil n’est pas une maladie, mais un long processus psychique de cicatrisation.

Magalie Michel