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En confinement, comment faire face à la colère d’un enfant ?

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© NadyaEugene I Shutterstock

Edifa - Publié le 25/04/20

Au bout de plusieurs semaines de confinement, tout le monde peut ressentir de la colère. Si les adultes savent gérer leurs états d’âme, les enfants, eux, sont vite pris dans un tourbillon émotionnel auquel ils ont du mal à donner du sens. Cris, pleurs et excès de violence surgissent alors régulièrement. Comment canaliser cette colère ? Que dit-elle aux parents ?

Explosions de rage, trépignements, bagarres… les colères des jeunes enfants laissent souvent perplexes et désarmés. Pourtant, la colère est plutôt un signe de bonne santé tant qu’elle reste sous contrôle. Aux parents de savoir l’identifier et lui faire face sereinement. Aux parents également de guider leurs enfants vers plus de maîtrise et de maturité. Voici quelques pistes pour y parvenir.

À chaque âge son type de colère

« Non, je ne veux pas m’habiller ! » Pierre trépigne et fait valser à travers sa chambre chemise et pantalon. Après un bon quart d’heure, l’orage se calme subitement, le petit colérique s’habille en un rien de temps rejoint ses parents dans le salon. « Ces belles colères sont devenues une habitude depuis que Pierre a 3 ans. Je laisse passer la tempête », confie Agnès, sa mère. Tout parent est confronté plus ou moins régulièrement à ces coups d’éclat enfantins. Rien de plus normal, la colère est un signe de bonne santé. « Une réaction naturelle et saine devant la frustration, au service de l’identité », affirme Isabelle Filliozat, psychothérapeute.

On confond trop souvent colère et violence. La violence est destructrice, elle éclate quand la colère devient incontrôlable. La colère, elle, est constructive et affirmation de soi face à l’autre. Florent, 18 mois, se jette par terre parce que sa mère lui refuse un bonbon ? C’est sa manière à lui d’exprimer sa frustration. Un enfant plus grand réagira différemment : à chaque âge sa colère. Crise des 3 ans où la personnalité s’affirme, cap de la lecture où l’enfant raisonne et sait exprimer ses sentiments : l’enfance est rythmée par des étapes. Avec pour chacune un type de colère différent. « La découverte de la lecture est un moment charnière : l’enfant met sa colère en mots, il sait la formuler », rappelle Victoire, mère de cinq enfants, dont l’aînée, Félicité, 8 ans, a un caractère bien trempé. « Quand notre colérique pique une crise, s’amuse sa mère, elle s’enferme dans sa chambre et hurle toute seule en rejouant la scène ! »

Pourquoi l’enfant se met-il en colère ?

Il y a les colères agressives, il y a la violence verbale de l’enfant insolent ou encore le comportement déroutant de celui qui ravale sa rancœur et l’exprime de façon détournée. L’enfant qui se replie sur lui-même, le petit qui recommence à faire pipi au lit, ou le bon élève qui, sans raison apparente, accumule les mauvaises notes en classe, tous manifestent une colère refoulée qui s’exprime d’une manière inattendue. Il faut savoir reconnaître ces signes moins visibles. Il faut aussi se méfier des colères hors normes de certains enfants. Elles échappent parfois à la vigilance des parents et les laissent démunis parce qu’elles trahissent un mal plus grave. « Dans certains cas, la colère s’accompagne de profonds troubles du comportement. Les origines sont diverses : modification de l’environnement familial ou maladie neurologique par exemple. Lorsque la colère révèle des troubles psychologiques chez l’enfant, elle devient pathologique. Mieux vaut alors consulter un spécialiste », conseille un pédiatre.


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À l’origine de la tension, il y a toujours un manque. Le manque d’amour engendre la rancœur, le besoin insatisfait entraîne la frustration. « Paul a pris ma voiture ! », hurle Victor, 5 ans, à la vue de son frère qui fait rouler sa petite voiture sur le parquet. « Les enfants ont un sens aigu de la justice, analyse Victoire. Le sentiment d’injustice provoque la colère… Un peu comme un instinct de survie, la conscience se révolte. En piquant une colère, le petit se libère. Un autre enfant lui a pris son jouet des mains, la colère est son moyen de défense ». Une colère est comme un signal d’alarme : il se passe quelque chose dans la tête de l’enfant, et surtout au niveau de son affectivité. La naissance d’un petit frère ? La séparation des parents ? Autant de chocs affectifs que l’enfant ressent profondément et cherche à extérioriser. « Les enfants sont de véritables buvards, ils absorbent les peurs, les tristesses, les tensions », rappelle Isabelle Filliozat. Et les émotions enfantines n’ayant pas la maturité des sentiments adultes, ils les expriment par la colère.

Les bons gestes à adopter face à un enfant en colère

« Nos enfants doivent apprendre à canaliser leur colère et à l’exprimer de façon adéquate », disait le célèbre docteur Ross Campbell. Ce spécialiste de l’enfance était convaincu : éduquer la colère relève de la mission des parents. Mais comment réagir face à une colère enfantine ? « Rien de plus efficace que d’afficher une parfaite indifférence », raconte Agnès. « Cette méthode a fait ses preuves pour mes aînés ! »

Garder un calme olympien devant son bambin en furie est souvent plus efficace qu’une surenchère de hurlements. Difficile pourtant de rester de marbre quand l’enfant modèle se roule par terre en plein supermarché ou réclame à grands cris le jouet de son aîné. « Je n’ai pas beaucoup de patience, et les colères de mes enfants me mettent en rage. Comment éviter cette escalade de violence ? », s’interroge une mère de deux garçons, de 6 et 4 ans.


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Tout d’abord, il faut identifier le type de colère auquel on a affaire. « Je fais vite la différence entre caprice et vrai chagrin du petit qui a besoin d’être consolé », note Marie, mère de trois enfants. « L’habitué de la colère, je l’ignore. L’autre, je le rassure, il a besoin de marques de tendresse. » Même attitude de la part de Laure, enseignante en classe de maternelle : « Surtout, ne jamais céder aux caprices, mais rester prête à câliner l’enfant en manque d’affection… Et parfois élever la voix si c’est du chantage. Avec l’expérience, on sent vite à qui on a affaire ».

Faut-il punir un enfant qui pique une colère ?

« Et vous, les parents, ne poussez pas vos enfants à la colère, mais élevez-les en leur donnant une éducation et des avertissements inspirés par le Seigneur » (Ép 6, 4). La colère fait boule-de-neige. Pour le docteur Ross Campbell, « ce sont les parents qui fabriquent l’atmosphère dans laquelle les enfants grandissent », un foyer chaleureux et détendu aide l’enfant à mûrir avec confiance et une saine estime de lui-même. « Les enfants sont des miroirs, ils réfléchissent l’amour. L’amour parental inconditionnel et constant est un guide sûr », disait le spécialiste. « Nous veillons à ce que les enfants puissent tout dire en famille, sans se sentir jugés », explique Anne, mère de quatre enfants âgés de 16 à 8 ans. « Mais il est difficile de résister à la tentation du « Tu te trompes » dominateur et d’écouter jusqu’au bout ! ».


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Gronder l’enfant qui pique une colère ? Elle risque de resurgir tôt ou tard. « Notre rôle », insiste Isabelle Filliozat, « est d’utiliser notre intelligence, pour identifier le besoin de l’enfant, l’aider à canaliser son énergie, l’aider à restaurer son sentiment d’intégrité, à se réparer malgré le manque, ou à s’affirmer face à l’injustice. » « Parents, vous êtes le professeur des émotions de votre enfant », disait le docteur Ross Campbell. Colère ou enthousiasme, tout sentiment s’éduque. Mais pour cela, il faut du temps.

Chaque famille a ses habitudes. Chez Catherine et Benoît, c’est la lecture du soir qui ouvre la discussion. Les histoires enfantines, les contes traditionnels, éveillent les petits à l’amour, à la tristesse, à la pitié… Ce sont de merveilleux outils pédagogiques. De son côté Élisabeth, mère de cinq grands enfants, réservait toujours une dizaine de minute par jour à chacun de ses enfants pour écouter leurs confidences.

Calmer ses colères avant de réagir à celles de ses enfants

Le temps donné, la disponibilité du cœur, sont souvent plus éducatifs que de longs discours. Pas question pour autant de tout accepter. Aux, parents, de savoir allier patience et fermeté. « Parents, guérissez-vous ! », disait encore le docteur Ross Campbell. « Les personnes qui ont le plus d’influence en bien ou en mal sur les enfants sont les parents, et le facteur déterminant est la façon dont les parents maîtrisent leur colère. » Il serait impossible de résoudre sereinement les colères enfantines sans savoir calmer les siennes. Un pari exigeant, mais essentiel.

Toutefois, tout parent a ses limites. Une nuit écourtée par le cauchemar d’un petit, la fatigue d’une journée difficile… et voilà qu’on pique une colère brutale parce qu’un des enfants a renversé son assiette. Pas d’inquiétude, tout le monde peut céder à un coup de fatigue. Il faut simplement accepter que les enfants puissent dire aux parents que cette colère est injuste et les parents sachent reconnaître tranquillement leurs torts.

Surtout, le plus important est d’entretenir avec ses enfants un climat de confiance. Alors, les propos un peu durs lâchés dans un moment d’exaspération seront plus facilement pris comme tels, sans être forcément ressentis comme blessants. Enfin, comme le rappelait docteur Ross Campbell : « Plus les parents seront en forme physiquement, spirituellement et émotivement, mieux ils résisteront à la colère ».

Pascale Albier

Tags:
colèreConfinementÉducation
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