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Peut-on réussir sa vie professionnelle sans être une « crevure » ?

Capture d'écran YouTube - Message à caractère informatif
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Qu’on soit dirigeant ou salarié d’une entreprise, il n’est pas facile de vivre en chrétien dans le milieu professionnel. Stratégie, efficacité, conflits, jalousies, pression… Certains chrétiens ont parfois le sentiment que le travail les éloigne de leurs convictions. Est-il possible de combiner vie chrétienne et vie professionnelle sans perdre son âme ?

Concilier foi chrétienne et responsabilité face aux enjeux et défis du monde du travail est possible, mais à quelques conditions. Alain-Joseph Setton, coach, thérapeute, bibliste et auteur dévoile comment réussir dans le milieu professionnel grâce aux valeurs chrétiennes.

Les valeurs évangéliques peuvent-elles être des obstacles dans le monde professionnel ?
Bien au contraire, ils sont un gage de réussite, et valeurs d’avenir pour l’entreprise. La foi permet de mieux vivre. Elle donne sens à l’existence, aux épreuves et aux conflits. Ils deviennent des points d’appui pour nous transformer et grandir spirituellement. Comme une étoile du berger, les valeurs bibliques aident à mieux gérer ses relations et sa vie au travail. Lorsque l’argent, et non l’homme, devient finalité de l’entreprise, le pouvoir est à Mammon. Je ne plaide pas pour des entreprises déficitaires, mais l’argent ne doit pas faire perdre de vue l’essentiel : l’homme. Il y a un juste équilibre à trouver. Je rencontre des patrons de PME soucieux de dialoguer avec leurs collaborateurs et de partager leurs bénéfices. La taille de l’entreprise joue. Plus elle grandit, plus c’est difficile. La vie professionnelle gagne à être teintée de plus de sagesse. Or, quoi de plus fondé que la sagesse divine ?

Reconnaître l’existence de César ne nous invite pas à négliger notre dimension spirituelle.

L’entreprise a néanmoins ses impératifs : stratégie, réussite, efficacité. Comment les concilier avec son idéal chrétien ?
« Rendez à César ce qui est à César… » Il nous appartient de gérer le monde visible, et pour cela, de nous montrer habiles. Jésus a pu reprocher aux « enfants de lumière » d’être moins avisés que « les enfants de ce siècle ». Reconnaître l’existence de César ne nous invite pas à négliger notre dimension spirituelle. Le tout est de discerner ce qui est juste, en confrontant les différentes composantes de notre être : notre ego et notre aspiration profonde d’enfant de Dieu. Le chrétien dispose d’un plus : il se veut à l’écoute de sa dimension spirituelle. Cette référence lui permet de faire la part des choses. Lorsqu’on ignore cette étoile, l’âme se dessèche, et beaucoup en souffrent aujourd’hui, surtout les jeunes. Coupés de l’essentiel, ils ressemblent aux poissons qui tentent de survivre en eau polluée.

Sous prétexte de charité, les catholiques ne peinent-ils pas parfois à s’exprimer en cas de conflit ?
Mettre des mots sur les maux libère. Pour dire les choses sans blesser l’autre, deux conditions s’imposent : trouver le bon moment, et rester factuel. Même le plus délicat peut être verbalisé, dans un esprit constructif, « gagnant-gagnant ». Comme une plante fragile, une relation professionnelle s’entretient. Vous connaissez le « devoir de s’asseoir » des couples des Équipes Notre-Dame. Il est aussi valable dans le monde de l’entreprise ! Les entretiens annuels en sont une forme. Ils donnent l’occasion d’exprimer ce qui va, ce qui ne va pas, et ce qui peut être amélioré. De façon réciproque, avec son manager comme avec son collaborateur. Un subordonné a le droit d’exprimer sa frustration. Le non-dit est un poison de la relation. Ainsi, tel employé peut remarquer posément : « Cela fait trois fois que vous me demandez de refaire ce travail. J’ai l’impression que mon avis n’est pas pris en compte. Pouvons-nous en parler ? » L’autre prend conscience de son comportement, et peut le corriger. Aidons-nous à nous transformer, à grandir, à devenir plus efficaces. Dans ce but, le dialogue maintient la qualité d’une relation, il désamorce les crises. Tant qu’il existe, il y a de l’espoir.

Pourtant, les critiques ne sont pas toujours constructives et souvent à sens unique. Comment dire la vérité sans manquer de respect ni « casser » la personne ?
Les jeux psychologiques usuels se soldent systématiquement par un perdant, voire deux. Souvent, sous prétexte de critique, on ne souligne que le négatif, sans saluer les 95% de positif. C’est très dommageable. Imaginons une équipe qui travaille trois mois sur un projet. Le jour de la présentation, la direction ne relève que les failles. L’équipe est découragée pour un an, ou plus. Voilà une situation de type « perdant-perdant ». Des croyances négatives sur soi et sur les autres se développent, conduisant au stress, à l’épuisement et à l’inefficacité. Les entreprises gagneraient à développer un mode de relation « adulte-adulte », un dialogue égalitaire et non celui qu’induit le schéma hiérarchique « parent-enfant ». Se parler directement, simplement et avec bienveillance, s’apprend. Cette relation de confiance se montre plus « gagnant-gagnant », responsable, plus chrétienne, en somme.

Certaines théories de management poussent les dirigeants à s’effacer, ils permettent ainsi aux autres de prendre plus de place et de déployer leurs talents.

Viser une place meilleure, un salaire plus important, un travail plus intéressant… signes de motivation ou de jalousie ?
L’envie de progresser est un moteur éminemment juste : nous avons à développer nos talents. Il serait grave de les enfouir ! « Le figuier stérile sera coupé et jeté au feu… » (Lc 3,9). Le monde de l’entreprise devrait être le lieu par excellence où grandissent compétences, maîtrise technique et talents relationnels. Un critère pour distinguer désir de progression et jalousie : le premier pousse à aller de l’avant, l’autre fait tourner en rond. À nous de transformer une envie stérile en admiration, en apprentissage.

L’humilité est-elle de mise lorsque la vie professionnelle taille la part belle aux « grandes gueules » et à ceux qui se mettent en avant ?
Vous connaissez l’expression « plus le singe monte haut, plus il montre son derrière ! » Ces personnes risquent de manifester une inflation de l’ego qui révèle très vite leurs limites. Ce ne sont pas forcément les plus intéressantes ni les plus écoutées. L’humilité ne signifie pas dévalorisation de soi, de ses succès, ou manque de confiance en ses compétences. La vraie humilité est capacité de se remettre en cause, d’écouter l’autre, d’observer et d’analyser, sans être encombré par son ego. Elle est un atout dans la vie comme dans l’entreprise. Certaines théories de management poussent les dirigeants à s’effacer, ils permettent ainsi aux autres de prendre plus de place et de déployer leurs talents. Par ailleurs, toute action commence par une phase d’observation et de réflexion. L’humilité favorise ce temps de recul, qui aide à prendre des décisions au bon moment.

 

Si l’entreprise incite à la perfection et au « zéro faute », peut-on avouer une erreur et rester crédible ?
Nier ses imperfections revient à nier la réalité ! Tout le monde fait des erreurs. Chacun a ses qualités et ses limites. Camoufler sa faute ou la rejeter sur un tiers dessert la personne et son autorité. Elle se condamne à un rôle de persécuteur, donne à l’autre le sentiment d’être victime et l’envie de se venger. À l’inverse, reconnaître ses failles ou le préjudice occasionné témoigne d’une capacité de se remettre en cause qui honore son auteur. Cette grandeur d’âme conforte son autorité car un tel comportement touche l’interlocuteur, même s’il ne verbalise rien. Il l’invite à une forme de reconnaissance.

Le pouvoir c’est comme l’amour : il augmente lorsqu’on le partage

« J’ai une bonne place dans mon entreprise. De jeunes loups guettent mes faux pas ». Comment réagir ?
Un débat intérieur permet de prendre conscience des enjeux. Les voix de l’ego s’insurgent. Notre masque social invite à protester : « Je vais perdre mon statut ! » Nos pulsions prônent l’emportement : « Je vais montrer à ces jeunes de quel bois je me chauffe ! ». Et puis la petite voix spirituelle en nous murmure : « Il faut que je diminue et qu’ils grandissent… » Dans une perspective plus vaste que celle de son ego, on arrive à choisir la générosité : donner, aider l’autre à tracer son chemin. « Le pouvoir c’est comme l’amour : il augmente lorsqu’on le partage », assurait Peter Drucker, théoricien américain du management.

Certaines cultures d’entreprise exercent des pressions tacites et négatives, comme rivaliser de départs tardifs le soir. Comment concilier travail et vie de famille, sans passer pour un tire-au-flanc ?
Toute la difficulté consiste à ne pas devenir prisonnier du message « Sois conforme ». Sois conforme à ta famille, à ton milieu social, à ta culture d’entreprise, etc. Il faut assumer sa liberté. Jésus demeure le modèle suprême de comportement social : il n’a jamais suivi un schéma de conformité. Il a affirmé son identité avec puissance et simplicité. Ma responsabilité consiste à discerner l’essentiel : être conforme à mon milieu de travail, ou bien rejoindre mon conjoint, voir grandir mes enfants, et ne pas me renier moi-même. Rester au boulot jusqu’à 21 h pour faire comme ses collègues bourreaux de travail peut entraîner loin.

L’Évangile invite à annoncer le Royaume. Comment témoigner de sa foi au travail ?
Une demande explicite appelle une réponse progressive, empreinte de délicatesse. Mais la plupart du temps, le prosélytisme prend à rebrousse-poil et induit le rejet. Le témoignage passe alors par la qualité d’être, la cohérence avec ses valeurs, le sens du service, le respect, la valorisation du prochain, la bienveillance. En un mot, par sa capacité à aimer. Qui s’approfondit tous les jours. On peut être le levain dans la pâte où qu’on soit. Si on se relie à Jésus, il peut nous aider à faire des miracles. À une condition : que nous ayons la foi.

Stéphanie Combe

Une vidéo humoristique ( « Message à caractère informatif ») qui peut utilement (et de façon caricaturale) illustrer le propos précédent.

https://www.youtube.com/watch?v=-NzxJGvZzeQ

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