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Vieillir heureux ? Mais oui, c’est possible !

Patrick

Edifa - Publié le 19/02/20

Nous avons tous peur de vieillir, pas toujours à tort. Faire de notre vieillesse un temps heureux, fécond et positif n’est pas si facile, mais possible. Il faut simplement le vouloir et suivre quelques règles.

Notre société ne nous aide pas à vieillir, car elle est entièrement fixée sur les valeurs de la première partie de la vie : l’efficacité, la productivité, l’apparence… La génération qui aborde la seconde partie de la vie se trouve ainsi devant une image tellement désastreuse de la vieillesse qu’elle peut passer par une période de déprime, connue sous le terme « dépression des seniors ». Ce passage — assez normal — signifie qu’il faut réaménager sa vie, s’arrêter pour aborder la suite avec sérénité. Mais cette dépression est d’autant plus difficile à surmonter qu’aujourd’hui, la vieillesse fait peur, car elle est de plus en plus longue. On se demande donc comment vivre cette longévité, on craint ce que l’on appelle la « mauvaise vieillesse » : peur d’être un poids pour la société, d’être seul, abandonné, dépendant, peur de la maladie et notamment d’Alzheimer. Inévitable, la vieillesse ne nous condamne pas pour autant à la solitude ni à la déchéance. Il est possible de vieillir heureux, une fois qu’on a dépassé ses peurs : tel est l’avis de Marie de Hennezel, psychologue­clinicienne, qui a notamment développé l’accompagnement des personnes en fin de vie.

Quelles sont les tentations pour fuir la vieillesse ?
Marie de Hennezel : Prenons un exemple, peut-être un peu caricatural : le film Mamma Mia !, qui montre des femmes de 60 ans dont l’obsession est de faire comme leurs filles de 30 ans. Elles s’habillent comme elles, dansent comme elles, font de la gym comme elles… Même s’il est très gai, ce film est au fond pathétique. À 60 ans, il faut bien sûr prendre soin de son apparence, mais pas comme ses enfants ! L’autre tentation est de sombrer progressivement dans la dépression, de se plaindre tous les jours. À force de répéter que vieillir est affreux, et sous prétexte d’être lucide, on embraye sur une pente dépressive qu’il est très difficile de remonter.

Mais n’est-ce pas naturel d’avoir peur de vieillir ?
Dans un sens, oui, car ce n’est pas drôle. Sur le plan physique, par exemple. Les femmes constatent progressivement qu’elles attirent moins les regards. Elles doivent apprivoiser leur image d’elles-mêmes : il y a un vrai remaniement narcissique à opérer. Mais c’est seulement un passage. À 70 ans, elles ont passé ce cap et s’acceptent comme elles sont. Le développement de la vie intérieure et la joie d’être en relation leur donnent un rayonnement nouveau.


MEMORIES

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Sœur Emmanuelle disait qu’elle était plutôt coquette étant jeune. Ensuite, elle s’est complètement détournée de ce souci de l’apparence au contact des plus démunis. Quand je l’ai l’interviewée sur la vieillesse, elle approchait de ses 100 ans. Elle avait tous les signes de la vieillesse, et en même temps, elle possédait un rayonnement intérieur, une vitalité extraordinaire. Elle illustre ce paradoxe : en avançant vers la fin de sa vie, l’homme extérieur décroît, l’homme intérieur croît. C’est le sens de la parole de saint Paul : « Même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2Co 4, 16).

Comment traverser cette peur de vieillir ?
Tout d’abord nommer ses peurs. La solitude est une peur qui revient souvent. En vieillissant, une personne âgée aura à vivre de plus en plus d’expériences seule. Si elle est « bien » avec elle-même, si elle a développé une vie intérieure, elle ne se sentira pas seule. Cette question peut être résolue très tôt, en apprenant à avoir des moments de solitude, au lieu d’être toujours dans l’agitation.

Vous estimez qu’une vieillesse heureuse résulte d’un travail sur soi. Avez-vous des exemples ?
En premier lieu, il faut accepter d’être mortel. Les personnes qui ont peur de la mort, sans avoir conscience que celle-ci est inéluctable, sont très fragiles. Vivre avec la conscience de notre mortalité amène forcément à pacifier sa vie. Dans ce travail, on se rend compte que l’on porte de lourdes valises, liées au passé. Je les appelle les trois « R » : regrets, remords, rancunes. Quand on vieillit avec trop de choses non réglées, on est sur la mauvaise pente. En effet, ces « valises » deviennent de plus en plus lourdes à porter, car en vieillissant, on se retrouve de plus en plus seul face à soi-même. Cette accumulation aboutit à une image terrible de la vieillesse, celle de personnes âgées qui ne cessent de se plaindre et de récriminer.




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En vieillissant, on ne peut pas faire l’économie d’une sorte de ménage dans sa vie. Quand on l’a fait, on se sent plus léger, on a une liberté nouvelle. Donc plus tôt on le fait, mieux c’est !

Dans ce travail, les chrétiens ont un outil à leur disposition, le sacrement de réconciliation. Il pousse à regarder sa vie et libère. On voit alors ce que l’on doit pardonner aux autres, ce que l’on doit se pardonner à soi-même. Ce sacrement permet de renouer avec la confiance en se remettant sous le regard de Dieu.

Selon vous, pour éviter de mal vieillir, il faut « travailler sur son ombre ». Qu’est-ce que cela veut dire ?
L’ombre est un concept de Jung qui désigne tout ce que l’on a refoulé : les regrets, les remords, mais aussi l’agressivité, la colère. Travailler sur son ombre rejoint le travail sur soi. Il faut faire sortir ses colères, car si on ne s’y confronte pas assez tôt, elles ressortiront plus tard en prenant des allures de délire. Ainsi, une personne très âgée peut changer de caractère du jour au lendemain.

L’ombre recèle tout le négatif en soi mais aussi tout le potentiel. Par exemple, certaines personnes, à la fin de leur vie, ont un immense besoin d’affection et de tendresse. Cela peut être très déroutant pour les enfants qui n’ont pas été habitués à cela chez leur parent. Il s’agit d’une remontée de l’ombre.


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J’en suis convaincue, il est important de prendre conscience de son ombre. Peu importe la manière dont on va le faire : psychanalyse, temps de solitude, retraites, etc. Aller à la rencontre de son ombre fait partie de ce nécessaire travail sur soi.

Dans ce travail, la foi peut-elle aider ?
Si cette foi est vécue et approfondie, évidemment ! Je différencie fortement la foi de la croyance, qui est comme une béquille, car pas intégrée. La foi, c’est la confiance en Dieu, dans le mystère de la vie et de la mort. La foi chrétienne s’appuie sur des textes, et évidemment sur la Résurrection : si elle a été vraiment vécue, elle aidera la personne dans son chemin de vieillesse.

Les personnes âgées très croyantes sont-elles moins « acariâtres » ?
Je ne m’étais jamais posé la question, mais je pense que oui ! Pour le vieux croyant, il y a un au-delà. Cet au-delà fait qu’il n’est pas complètement centré sur lui, donc moins acariâtre. Au fond, toute l’aventure de la vieillesse est une ouverture au-delà de soi. La prière offre cette incroyable ouverture aux personnes âgées. Beaucoup d’entre elles me disent ne pas se sentir seules car elles prennent toutes les personnes qu’elles aiment dans leur prière.

Les récits de la Bible qui mettent en scène la vieillesse montrent la fécondité de l’homme même dans un grand âge : prenez Siméon, Zacharie ou Abraham ! Ces figures bibliques laissent transparaître une image lumineuse de la vieillesse dont on a beaucoup besoin aujourd’hui.

Dans la foi chrétienne, il y a cette promesse que la vie est plus forte que la mort. Sans parler de la foi au sens strict, la spiritualité permet à la vieillesse d’être vécue comme une croissance et non comme un naufrage.

Anna Latron




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