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Peut-on demander à Dieu d’exaucer tous nos désirs ?

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© Olena Yakobchuk
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Que pouvons-nous légitimement demander dans nos prières ? Que faire pour qu’elles ne soient pas auxiliaires de nos avidités ? Pour apprendre à canaliser nos désirs, tournons-nous vers la vertu de tempérance.

Selon une certaine étymologie latine (precaria, précaire, prière) prier, c’est exposer à Dieu nos précarités : « Seigneur, celui que tu aimes est malade » (Jn 11, 3). C’est dire avec le psalmiste : « Seigneur, tout mon désir est devant toi » (Ps 37, 10). Certes, les désirs des hommes sont mêlés et confus. Pourtant, qu’ils s’expriment en de violentes clameurs ou en des murmures humiliés, ils parviennent jusqu’à Dieu. L’Écriture l’affirme : « Un pauvre crie ; le Seigneur entend : il le sauve de toutes ses angoisses » (Ps 33, 7). Toute plainte du pauvre, quel que soit le destinataire — désigné ou non — de son cri, est une prière.

Dans les Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand rapporte ce passage de son adolescence où il avait abandonné toute pratique religieuse. La foi elle-même semblait l’avoir délaissé. « Cependant, écrit-il, je priais, car je souffrais et les souffrances prient. » Si tous les désirs de l’homme montent jusqu’à Dieu, il est bien vrai qu’ils ne sont pas tous légitimes. « Vous demandez et ne recevez pas parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions », dit saint Jacques (Jc 4, 3). Par la vertu cardinale de tempérance, nous orientons, purifions et maîtrisons nos désirs.

La tempérance oriente correctement notre prière

Il est bien difficile de savoir ce qu’il faut demander parce qu’il est tout aussi difficile de savoir ce qui est véritablement bon pour nous ou pour autrui. Qui nous apprendra à faire le tri entre les désirs coupables que nous nourrissons plus ou moins secrètement, et l’attente légitime qui nous habite ? En maîtrisant nos passions terrestres, la tempérance oriente correctement notre prière, car prier ne consiste pas à plier Dieu à nos désirs ou à faire changer Dieu d’avis. Dieu est immuable. Il n’y a en lui aucun changement ni l’ombre d’une variation. Notre prière n’a pas pour but de changer le plan de Dieu, mais d’obtenir ce qu’Il a décidé de nous donner, moyennant cette prière.

On propose souvent l’image suivante. Celui qui prie ressemble à un homme dans une barque. Sa prière est comme une corde qu’il envoie pour atteindre le rocher. Dieu est ce rocher. L’homme tire sur la corde accrochée au rocher. Qu’advient-il ? C’est l’homme dans la barque qui se déplace et non pas le rocher. Ainsi notre prière ne change-t-elle pas Dieu mais nous change nous, nous qui prions. Elle nous rapproche de Dieu, comme l’homme dans la barque s’approche du rocher à mesure qu’il tire sur la corde. C’est nous qui sommes transformés par nos prières de demande.

Le Notre Père, école du désir

La prière n’est pas faite pour renseigner Dieu, mais pour nous enseigner nous. Nous n’avons aucunement la prétention de faire connaître au Père céleste ce qui nous est nécessaire, Il le sait bien mieux que nous : « Votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé », dit Jésus (Mt 6, 8). En revanche, en répétant le Notre Père, nous réorientons notre vie dans le sens de ce qui est légitimement désirable, nous remettons le cap sur l’essentiel, et nous nous convainquons de l’immense bonté de Dieu qui nous accorde ce que nous lui demandons.

Saint Augustin le disait déjà : « Si nous prions d’une manière correcte et convenable, nous ne pouvons rien dire d’autre que ce que renferme cette prière du Seigneur ». Inversement, dans le Pater est enchâssé tout ce que nous pouvons désirer légitimement. Dans cette brève formule, tout ce qu’il nous est permis d’espérer est contenu. C’est pourquoi le Notre Père est non seulement la prière parfaite vers laquelle il nous faut tendre comme vers un modèle, mais aussi, en quelque sorte, le tuteur de toute prière. Il redresse et rectifie toutes nos demandes. « Notre prière doit être droite, écrit saint Thomas d’Aquin, c’est-à-dire qu’elle doit nous faire demander à Dieu les biens qui nous conviennent. » La rectitude de notre prière est liée à la rectitude de notre foi et de notre vie : lex orandi, lex credendi, lex vivendi (façon de prier, façon de croire et façon de vivre se reflètent mutuellement) !

Guillaume de Menthière